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Les canons de beauté, un tourment pour Consolate « la Boule »

Quand le corps d’une personne ne correspond pas aux standards de beauté imposés par la société burundaise, il faut avoir un caractère bien trempé pour résister aux moqueries blessantes qui se cachent derrière des remarques qui se veulent bienveillantes. Ecoutez comment  Consolate, ronde et barbue, a mal vécu son adolescence. 

2005. J’ai 8 ans. Née dans une famille de quatre filles, je vis mon enfance dans l’ombre de mes sœurs. Elles, élancées et tailles de mannequins. Moi, taille pas très économique. Petite boulotte de la famille, certaines tantes me surnomment « la Boule ». Ce surplus de graisse n’est pas sans conséquences. Quand maman cuisine de la viande, mes sœurs en mangent alors que moi, je dois me rabattre sur les légumes. À la place du lait, c’est de l’eau pour moi. Un grand traumatisme. Pour eux, l’urgence était de maigrir. Société oblige, j’ai maigri.

2011. L’adolescence frappe à la porte. À côté des seins qui bombent la poitrine, je développe une pilosité bizarre. Des poils ornent mon thorax à mon grand désespoir. Des « Une fille à barbe, uri ikigore kigabo ? Nankana ngo ufise ibitsina vyompi ? » à tout bout de champ. J’ai failli abandonner le lycée, voire m’étrangler. Jusqu’à la fin du lycée, et même à l’université, je n’ai jamais goûté au plaisir de « posséder » aucun copain. Les garçons me fuyaient comme de la peste. Dur à supporter, je me suis réfugiée dans la prière.

La rencontre

Début 2020. Ma vie bascule. Du haut de mes 23 ans, je suis en deuxième année à l’Université Lumière de Bujumbura. Ignorée de tout le monde comme toujours. La possibilité d’être aimée un jour par un homme n’effleure même plus guère mon esprit. Un soir, en rentrant chez moi, un homme me complimente sur ma tenue. C’est Tom, le coiffeur du quartier. Surprise, je n’attends pas une éternité pour sauter sur cette opportunité. Illettré ou pas, je m’en fiche. Numéros échangés, je propose notre premier rendez-vous qui d’ailleurs se passe divinement bien. Je n’arrête pas de penser à lui. Enfin, un homme dans ma vie.

Mais, une chose m’inquiète. Tom ne veut pas me présenter à ses amis. Après un mois avec lui, je me retrouve enceinte. Moi qui croyais être stérile à cause des stéréotypes, la grossesse me fait sauter de joie. C’est presqu’une délivrance. 

Le désarroi

Mi 2020. Enceinte, Tom n’a d’autres choix que de m’épouser. « Avoir un foyer et  fonder une famille, n’est-ce pas un meilleur moyen d’en finir avec le sentiment de rejet et de manque d’amour qui t’ont hanté toute la vie ? », me murmure une voix dans ma grosse tête. Le mariage se prépare à la hâte. Mais quelques jours avant la date fixée, j’attrape Tom avec une autre fille dans notre futur lit nuptial. « Toi, je t’épouserai car tu es enceinte, sinon je regrette d’avoir couché avec toi alors que je ne peux même pas sortir avec toi en public à cause de ton physique ».Un mariage de pitié, une bonne action donc ! Je refuse. « Si tu refuses, qui va t’épouser ? », ma famille enfonce le couteau dans la plaie.

2021. Je suis seule avec mon fils. J’ai fini par apprendre qu’avoir de la barbe chez une fille n’est pas de la laideur, mais une maladie qu’on appelle hirsutisme. Grâce à mon médecin, j’ai intériorisé le principe de l’acceptation de soi. Mon souhait, que la société cesse de me stigmatiser à cause de mon physique.

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