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Du baby-sitting au racolage, l’odyssée de Diane

Certaines travailleuses du sexe se retrouvent à la rue et des opportunistes sautent sur ces proies faciles. Naïves et vulnérables, elles sont manipulées par des proxénètes véreux. Diane* en sait quelque chose. Son histoire est loin d’être isolée.


Bwiza, dixième avenue. 18 heures. C’est un samedi, somme toute, comme les autres. Un concert de bruits de marteaux des mécaniciens qui réparent des voitures, des speakers de buvettes qui diffusent de la musique aux sonorités congolaises. Les badauds s’attroupent à la moindre rixe.
A l’horizon, le soleil qui a perdu son ardeur semble se cacher derrière les monts Mitumba. La soif emmagasinée pendant cette longue journée, elle, reste. Assis autour d’un comptoir, les yeux rivés sur un écran, un groupe d’hommes refont les matches de football en vidant des bouteilles de bières.
Seule dans un coin, une jeune fille fait figure d’intruse. Un sourire amusé, elle regarde ces fans invétérés parler foot en disant « nous » pour parler de leurs équipes favorites. De temps en temps, elle tire un trait de « Energy » avec une paille, mais passe le clair de son temps à pianoter sur son téléphone.

Au début était une bonne…

Diane est bien connue des habitués du bar. Ses formes généreuses et son teint clair ont fait d’elle une starlette du coin. Sa profession, travailleuse de sexe, y est également pour quelque chose. Elle ne le cache d’ailleurs pas. Diane répond subtilement aux vannes un tantinet déplacées des consultants de football improvisés.

Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est essayer de comprendre comment elle en est arrivée là. Pour entrer en matière, je lui propose une bière. Elle accepte volontiers. Quand je lui dis que je suis journaliste et que je dois produire sur des filles de sa condition, elle me demande pour quelle radio je travaille.

– Ah, tu écris ? fait-elle, indifférente et apparemment ennuyée par mes explications sur les nuances du métier de journalisme pour la rassurer sur l’anonymat, okay pas de problème.

Après une demi-heure de discussion, je lui propose une deuxième bière. Celle-ci semble m’ouvrir plus à son intimité. Elle se permet de me parler de certaines personnes présentes avec des noms d’oiseaux. Celui-là est radin, je ne sais qui est cocufié par son ami sans le savoir, etc.

Je saisis l’opportunité et lui pose la question qui me taraude. Elle me lance un « vous les journalistes, toujours à poser des questions » en riant. Je me demande si je ne l’ai pas vexé. Son rire continu me rassure.

-Moiiiiii, – elle a une manie de prolonger les syllabes sur les mots qu’elle choisit, avant, j’étais une bonne à Nyakabiga et voilà.

Je ne me contente pas de cette comète d’information. D’un signe des mains, je lui demande de poursuivre son récit à peine commencé.

-Aaah, les journalistes, reprend-elle.
…et maintenant une travailleuse de sexe

Dans une forme de pudeur feinte, Diane dit « être devenue travailleuse de sexe à cause d’un homme qui l’a trompé en profitant de sa naïveté » avant de déclarer, comme s’il s’agissait d’une vérité implacable : « Les hommes sont de mauvaises créatures ».

Mais pourquoi donc une telle opinion. Elle a dû souffrir pour être si catégorique. Elle avale deux gorgées de sa bière et me conte sa mésaventure.

Celle-ci remonte à 2015, « j’étais maigre comme un clou », précise-t-elle comme pour marquer la différence avec son embonpoint actuel. Bonne dans une concession de Nyakabiga, la jeune fille qu’elle était ne rêve que de se faire un peu de sous pour envoyer de l’huile de palme à ses parents.

Dans les parages, un monsieur lui fait les yeux doux. C’est un chauffeur de bus. Il lui donne souvent de l’argent. « Je n’étais pas dupe. Je voyais ce qu’il voulait mais je pensais aussi qu’il avait des sentiments pour moi ».
De leur relation naît une petite fille et Diane déménage. Croyant que ce bébé serait le lien qui les unirait, monsieur commence à être absent. « Il disait que les manifestations avaient sapé son business, qu’il n’avait plus de voitures et bien d’autres sornettes que je ne croyais pas ».

Criblée de dettes, Diane est tentée par une aventure que lui proposait un ami du père de sa fille. Il lui proposait de « passer une seule nuit avec un camionneur de passage et lui donnait de partager l’argent ». Diane hésite. « Cela ne me ressemblait pas trop. J’avais peur de plus sortir de cette spirale. Mais je n’avais pas vraiment le choix ».
Pendant plus de six mois, elle sera une « employée » de ce proxénète avant de voler de ses propres ailes. La principale raison de cette « rupture » ? « J’étais devenue une marionnette de cet homme. Il m’envoyait chez des clients avec qui il avait lui-même discuté le prix ».

Depuis, Diane est autonome et dit ne plus se soucier d’être « une poupée de quelqu’un » et qu’elle compte même lancer un petit business.

– Maintenant il faut que je bouge, tu as ce qu’il faut, hein ?

Dans un mouvement vif, elle se lève pour une pièce faiblement éclairée aux néons.

 

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