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Accouchement à l’adolescence : le calice, jusqu’à la lie

Au Burundi, 7 % des adolescentes de 15-19 ans ont déjà eu au moins un enfant. Parmi elles, 3 % tombent enceinte de leur premier enfant. Pour elles, contrairement aux autres femmes enceintes, l’accès au service de maternité n’est pas une sinécure. Belyse Nzinahora, 15 ans, violée et engrossée, garde un souvenir traumatisant de son accouchement.

Violée à la veille de mon rapatriement du camp de Nduta, je me suis retrouvée enceinte. Je venais de passer trois ans dans le camp des réfugiés en Tanzanie. Dans ma douleur psychologique, je ne voulais pas garder cet enfant. Je voulais avorter légalement. Mais où ? Comment ? Aucun service de ce genre n’existe au Burundi. Et d’ailleurs, la loi est contre. C’est à cause de ça que j’ai pensé à faire un avortement clandestin. Mais, une amie m’a parlée d’une étude de 2018 qui montrait que 33 % des adolescentes au Burundi, ayant commencé leur vie sexuelle mouraient suite aux avortements clandestins. Je n’ai pas eu le courage d’aller au bout. J’ai dû me résoudre à « accepter » cet enfant que je n’ai pas voulu.

Pour le suivi de la grossesse, je devais faire des consultations prénatales (CPN). L’avantage, cette consultation est gratuite. Sauf que c’est difficile d’affronter les femmes enceintes et mariées sur le banc de la salle d’attente quand on est une jeune fille. Les regards n’étaient pas du tout bienveillant. Dans leurs yeux, je devinais leur désapprobation. Il m’a semblé qu’une d’entre elles a même craché par terre. C’était difficile à supporter. Arrivée devant le médecin, même son de cloche. Il me parlait avec un regard désapprobateur qui me culpabilisait. Alors que je devais faire les quatre CPN requises, cette première fut la dernière. La crainte de la stigmatisation m’a privée l’accès à des soins médicaux appropriés.

Mon bassin, mon Golgotha 

Souvenez-vous, j’avais 15 ans et je n’avais donc pas de carte d’identité. Or, sans cette carte, je ne pouvais pas accoucher gratuitement. Alors, j’ai été obligée de soudoyer les agents de la commune, pour décrocher une carte d’identité frauduleuse. 

Sans suivi, ignorée par mes parents et stigmatisée par la société, je n’ai pas su ce que sont les contractions utérines. Après avoir senti des douleurs lombo-pelviennes, je me suis rendue à l’hôpital croyant que j’étais simplement malade. Curieusement, j’ai appris que le col était déjà ouvert, que mon bassin était rétréci. Je devais donc accoucher par césarienne. Mon bassin n’avait pas été examiné parce que j’avais loupé les CPN.  J’apprendrai plus tard que cette situation faisait que 20 % des adolescentes avaient des fistules vesico-génitales après l’accouchement. Sans aucune notion sur la césarienne, et sans aucun soutien, l’accouchement fut un calvaire.

Après une césarienne qui n’a pas été facile à supporter mentalement, vu qu’on ne m’expliquait pas ce qu’on faisait, j’ai craqué. Je n’ai pas voulu regarder l’enfant qui était dans mes bras. C’était à cause de lui que j’endurais tout cela. A un moment de forte dépression, j’ai pensé à le jeter dans les toilettes à la sortie de la maternité. D’ailleurs, je n’aurais pas été la première à le faire. C’est là que les médecins m’ont diagnostiquée une dépression post-partum qui s’est aggravée en psychose puerpérale.

Transférée à Gitega, j’ai été soignée au centre neuropsychiatrique. Aujourd’hui, ma pensée va vers ces jeunes qui vivent l’opprobre des grossesses en milieu scolaire, et surtout celles qui donnent la vie après le viol.

 

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