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Faut-il (vraiment) s’inquiéter des maps des jeunes ?

Les moments festifs qui rassemblent les jeunes sont légions : anniversaires, gusohoka… Si certains y voient des risques de déperdition, d’autres relativisent. Une sorte de chocs de génération qui aboutit à essentialiser le bon ou le mauvais côté de ces fêtes selon sa position. 

Liesse, vingt ans est une jeune fille pleine de vie. Etudiante en communication, elle se voit présentatrice télé ou dans un autre métier similaire. « Une sorte d’Oprah Winfrey burundaise », dit-elle en rejetant d’un mouvement de la tête une mèche rebelle.

Assises à ses côtés au bar « l’échiquier », ses trois amies sirotent des limonades bien fraiches et n’ont pas la tête à se dévoiler au blogueur qui fouine ces petites confidences sous prétexte qu’il est un ami de leur amie. Curieusement les commensales de Liesse portent des T-shirts à l’effigie d’une jeune fille. Ce n’est pas une star, ça se saurait. « Une amie qui fête son anniversaire », me dit l’une d’elles, laconiquement.

« Dites la vérité, vous allez à la chasse aux mecs ! », explose Liesse, taquine. Cette blague a le mérite de décontracter l’atmosphère. L’interpellée se relâche et répond du tac au tac : « Ce n’est pas vraiment une chasse, cela se fait tout naturellement. Une soirée bien arrosée n’est pas une veillée de prière », se défend-elle en esquissant quelques mouvements de danse avec ses épaules.

Curieux, je tente de surfer sur cette vague d’enthousiasme. « Donc on peut dire que quand c’est une fête remplie de jeunes, c’est mieux que sur Tinder ?». Une moue me signifie qu’elle ne connaît pas l’application. Après une brève explication, elle capte la référence et avoue : « Ce n’est pas que nous seulement, les garçons aussi sont souvent à la recherche d’aventures et si une passade d’un soir se présente, ils ne rechignent pas. Mais ce n’est pas vraiment ce qui nous motive en premier », soutient-elle avec des airs d’avocat.

Petit à petit, le groupe accueille de nouveaux membres. Tous avec un T-shirt  identique. Je me sens intrus. Je m’éclipse et m’éloigne de ces jeunes qui bougent déjà aux sons nigérians et tanzaniens.

Petite peur chez les parents

Cette propension des jeunes à se retrouver pour faire la fête n’est pas nouvelle, n’en déplaise ceux qui trouvent un plaisir à ressasser le fameux « abana b’ubu [les jeunes d’aujourd’hui] » pour insinuer que la perversion d’une génération est pire que chez la précédente.

« Ce sont des soucis de parents, légitimes d’ailleurs », tranche Emilienne, une mère de trois jeunes filles. La plus jeune a dix sept ans. Chez Emilienne, la vigilance a redoublé. Elle n’est pas « dupe ». Pour cette mère vivant à Jabe, « ces fêtes sont des lieux propices pour d’éventuels moments de débauches ». Les principaux accusés selon elle, « l’inexpérience de la jeunesse et l’alcool qui y coule à flots ».

C’est plus complexe que cela. C’est du moins l’avis d’Aline, une guide scoute de Nyakabiga. Elle s’explique : « Nous organisons souvent des veillées très animées et quand ça coïncide avec un anniversaire, nous fêtons ‘vya vrai’ ». Et si, pour Aline, ces veillées ne se transforment pas en grandes orgies, « c’est que chacun vient avec sa personnalité et si certains affichent certains comportements suspects, ils sont recadrés. Donc les rassemblements des jeunes ne sont pas mauvais, tout dépend de l’organisation ».

Une chose est sûre, les cas d’égarement observés dans ces fêtes dont raffolent les jeunes serviront de preuves pour ceux qui les traitent de tous les mots. Et si, pour trouver un juste milieu, il faudrait aussi s’inspirer des astuces de ceux qui essaient de les rendre « safe » pour ces jeunes. Ce ne sont pas les bons exemples qui manquent, il suffit de ne pas voir le verre à moitié vide.

 

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