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Mariage précoce : « La législation burundaise y est pour quelque chose »

Alors que l’âge légal du mariage au Burundi est de 18 ans pour une fille et 21 ans pour un garçon, cette législation peut être bafouée légalement, occasionnant des mariages précoces légaux, qui ne sont pas sans conséquences. Témoignage.

C’était un samedi comme un autre, c’était un jour de mariage. Parmi les couples présents à l’état-civil, une jeune mariée attirait l’attention du public. Non pas par sa beauté, non plus par son maquillage ou sa robe de mariée, mais par son apparence infantile. J’étais très impatiente d’entendre son âge. Et, je ne m’étais pas trompée. Elle avait 16 ans. Un mariage devant la loi avant 18 ans ? La question me taraudait.

Heureusement, le frère de la mariée était un ami. Il m’a expliqué que sa sœur a été violée par un ami de la famille, est tombée enceinte, et l’affaire réglée à l’amiable. L’agresseur a accepté de l’épouser, et les parents de la fille, chrétiens pratiquants, se sont laissé convaincre pour éviter la honte. Ils ont alors marqué leur accord à la mairie pour le mariage de leur fille.

Est-ce possible ?

Je vous vois dire que la loi burundaise est claire. Pas de mariage pour une fille de moins de 18 ans et 21 ans pour un garçon. Vous avez raison. Et d’ailleurs, c’est l’article 88 du code civil, à la partie des qualités et conditions requises pour contracter un mariage. Mais, dans le cas où les mariés n’ont pas encore atteint cet âge légal, les articles 89, 90, 91 et 92 leur donnent le droit de se marier légalement, quand il y a consentement des parents ou de l’un des parents. Et en cas de refus de l’un des parents, le conseil de famille peut être saisi d’une demande en consentement au mariage, introduite par l’un des parents ou les futurs époux. Voilà ce qui a permis à cette fille de se marier précocement et légalement.

Selon Bertile Bumwe de l’association Solidarité des Femmes Burundaises pour le Bien-être Social et le Progrès, les raisons comme les grossesses non désirées où les filles se retrouvent dans l’obligation d’épouser le géniteur de l’enfant, des croyances comme « umwigeme atize  yorongorwa kare » (une fille non instruite ferait bien de se marier tôt, ndlr), et la pauvreté de certaines familles qui entraînent des mariages de raison, poussent certains parents à marier précocement leurs filles, par le truchement de la loi.

Une aubaine pour toute sorte de violences

Selon Bertile, ces filles mariées précocement voient leurs droits à l’enfance et à l’éducation volés. Pourtant, l’éducation des filles est le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté. A cause des mariages précoces, elles sont maintenues dans des conditions de pauvreté et d’impuissance,  ce qui  engendre et renforce les violences basées sur le genre comme les violences conjugales et la dépendance économique vis-à-vis de son mari, sans oublier la mortalité maternelle élevée et la fistule obstétricale chez les filles qui se marient et accouchent avant 18 ans.

A mon humble avis, la solution contre les mariages précoces serait de s’attaquer aux causes, car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et face à cette législation, le gouvernement devrait aussi légiférer contre le mariage précoce, car jusqu’aujourd’hui, aucune politique n’est mise en œuvre pour apporter des solutions à cette état de fait.

 

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