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Ketty ou l’humiliation d’affronter ses violeurs en audience publique

Subir un viol est une abomination. Supporter une audience publique pour confondre les accusés, pendant la phase inquisitoire avec des questions certes utiles mais indisposantes, c’est comme remuer le couteau dans la plaie. Une victime l’a vécu. Voici l’histoire glaçante de Ketty.

Dans l’après-midi du 17 juillet 2013, comme d’habitude, Ketty, la trentaine, rend visite à son ami. Mais, ce jour-là, elle tombe dans un piège. Quatre jeunes hommes l’attendent et la violent à tour de rôle. L’intervention de la police est décisive et les malfaiteurs sont arrêtés. 

La victime est hospitalisée pendant trois mois. Après sa convalescence, Ketty n’est pas au bout de ses peines. Elle doit affronter ses agresseurs à la barre. Même si elle est entourée de ses parents, de ses amis, de ses voisins et assistée par son avocat, l’expérience est terrible. 

Quelques jours avant le procès, son avocat lui propose de plaider pour un procès à huis clos. En effet, le praticien du droit sait que lors des débats, les questions liées aux infractions sexuelles peuvent être embarrassantes pour une femme fragilisée par ce qui lui est arrivé. Mais les parents de la victime insistent pour que l’audience soit publique afin que tout le monde puisse suivre le procès. 

Un remake des scènes humiliantes

Le jour de la première audience publique la salle est pleine à craquer. Les parents de la victime, ses frères et ses sœurs, les voisins, les collègues et les camarades de classe, tous sont là. Pendant l’audition, la Cour pose à la victime des questions très embarrassantes. Elle se souvient encore des questions du président du siège : « Vous ont-ils violé dans la salle de bain ou dans la chambre? » Ou encore : « Vous ont-ils violé à quatre ou à tour de rôle ? » Toutes ces questions déstabilisent Ketty complètement, les juges voulant qu’elle raconte toutes les scènes du viol en détail. Face à ces questions humiliantes, elle ne peut se retenir et fond en larmes. Elle se sent doublement blessée par les questions des juges. Ils la forcent presque à raconter avec moult détails, ce qui s’est passé devant une centaine de personnes.

Les avocats de la défense se sont acharnés sur la victime

A la barre, il a aussi fallu répondre aux questions des avocats de la défense. Ils lui font répéter certaines choses cinq fois à dix fois. Ils la bombardent de questions comme si c’est elle la coupable. C’est non-stop: « Ça s’est passé quelle semaine, quel jour, à quel moment de la journée? », « Vous nous avez parlé de telle heure, est-ce que ce n’est pas plutôt telle heure?». C’est  l’enfer, se rappelle la jeune femme. Agacée, elle finit par leur jeter à la figure: « Si j’avais su, j’aurais pris un carnet avec moi pour noter l’heure de passage de chacun et m’en souvenir six mois après. Apparemment, ce n’est que ça qui peut vous satisfaire ». Pour peu, ils auraient demandé une reconstitution des faits. 

La vie après jugement

Heureusement, Ketty a gagné le procès. Mais ironie du sort, au lieu de contribuer à son apaisement et à la cicatrisation de ses blessures, elle a vécu le procès comme un couteau qu’on remue dans la plaie. « Après le procès, j’ai constaté que je venais de subir une autre blessure. J’ai été trop exposée », confie-t-elle d’une voix monocorde. Sept ans après, le traumatisme que Ketty a subi à cause de cette infamie, ne s’est toujours pas cicatrisé. Si c’est le viol qui l’a plongée dans l’horreur, l’audience publique l’y a enfoncée davantage. Ce que les criminels lui ont fait lui revient en mémoire sans cesse, mais aussi les scènes de l’audience. Elle vit avec un sentiment de honte qui ne la quitte pas. Elle ne peut plus prendre la parole en public.

 

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