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Santé mentale au Burundi : le verre à moitié plein ou vide ?

Il n’y a pas de santé sans santé mentale. En 2020, des défis à relever avaient été identifiés, tout en montrant ce que devrait être la santé mentale au Burundi. Qu’en est-il aujourd’hui ? Coup de projecteur.

« Il était toujours souriant et semblait n’avoir pas de soucis ».Tels sont les propos d’un membre de la famille de Jean Bosco (le nom a été changé pour son anonymat), rencontré au centre des soins mentaux de Gitega. Bosco, un jeune fonctionnaire dans la trentaine, vient d’être interné pour tentative de suicide. En 2020, il avait déjà été hospitalisé pour addiction aux substances psychoactive (SPA).

Tentative de suicide ? Rien n’est surprenant. Souvenez-vous, en 2019, une étude montrait que 4 Burundais sur 10 présentaient des troubles psychologiques. Face à ces troubles, l’échappatoire dans les drogues devient monnaie courante. Selon la récente étude, 79% des jeunes consommateurs de drogues voient dans la consommation de ces dernières une solution aux conditions de vie difficile, et 63% avouent consommer pour oublier les difficultés rencontrées. Selon l’étude de 2019, 6.4% des Burundais ont tenté le suicide, et 3% de ceux-là sont allés jusqu’au suicide.

Statu quo

Pour la famille de Jean Bosco, par rapport à sa dernière hospitalisation, le statu quo n’a pas bougé d’un iota. Sa mère voit le verre à moitié vide. « Avant d’être interné, nous avons passé à l’hôpital le plus proche, et ils n’ont rien fait sauf nous donner directement un billet de transfert », confie sa mère pour expliquer qu’il y a toujours un manque d’intégration de la santé mentale dans les hôpitaux publics.

« S’il a rechuté, c’est parce que nous n’avons pas trouvé un centre d’écoute ou de counseling à l’intérieur du pays, pour le suivi psychologique après son séjour à l’hôpital », ajoute-t-elle, avant de se demander quand est-ce que la prise en charge des malades mentaux bénéficiera de la gratuité des soins comme pour les tuberculeux ou les sidéens.

Par ailleurs, pour les deux hospitalisations, Bosco n’a jamais rencontré un psychiatre. « Il n’y a que quatre psychiatres qui œuvrent au Burundi et tous sont à Bujumbura », regrette un médecin du centre. La famille de Jean Bosco se plaint que le nombre de malades surpasse de loin le nombre de lits disponibles dans ce centre. « Avec 38 lits à Gitega, 16 lits à Ngozi et 154 lits au CNPK, c’est insuffisant », renchérit encore le médecin.

Lueur d’espoir 

Pour le programme national intégré de lutte contre les maladies chroniques non-transmissibles, le statu quo est en train de basculer. Le verre est à moitié plein, selon eux : « Il y a 25 médecins burundais qui sont en train de se spécialiser en psychiatrie à l’étranger, avec obligation dans le contrat de nos bourses d’étude, de retourner travailler au pays », explique Dr Eric, en formation au Sénégal.

En outre, l’accessibilité aux psychotropes n’est plus un défi. « Depuis deux ans, la Centrale d’Achats des Médicaments Essentiels du Burundi (CAMEBU) fait la commande des psychotropes au même titre que d’autres médicaments somatiques », explique Bukeyeneza, pharmacienne de la CAMEBU.

Et au-delà de l’unique centre spécialisé « kwa Legentil » et ses antennes de Gitega et Ngozi, d’autres structures ont vu le jour. Citons l’unité psychiatrique de l’hôpital Militaire, l’unité de l’hôpital Kira, les cliniques privées comme Solis, le centre de la fondation Bonne action Umugiraneza à Ngozi, le centre de santé neuropsychiatre de Cibitoke, et la clinique Ubuntu d’addictologie à Bujumbura.

En plus, de 2021 à 2022, 58 médecins et plus de 450 infirmiers des hôpitaux de Gitega, Ngozi, Rumonge et Bujumbura ont été formés pour la mise en application de la politique d’intégration des unités psychiatriques dans les hôpitaux publics.

La santé mentale concerne tout le monde sans exception. Nous devons en prendre soin tout comme nous le ferions pour notre santé physique.

 

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