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Soins de santé mentale au Burundi : cinq challenges à relever

Après qu’un article paru sur Yaga parlait de la santé mentale et ce qu’elle devrait être, allons plus loin dans la réflexion pour relever ensemble les principaux challenges qui minent ce domaine, et quelles sont les solutions à y apporter. 

En tenue d’Adam ou en haillons, calmes, menaçants, écumant de bave, dépressifs, tendant la sébile, … les malades mentaux ne cessent de s’augmenter. De 2500 cas de troubles mentaux recensés de 2010 à 2015 au centre neuropsychiatrique de Kamenge (CNPK), ils se sont multipliés par neuf en deux ans, passant à 22 808 cas de 2015 à 2017. 

Une étude en 2019 a montré qu’au Burundi, 4 personnes sur 10 présentaient des troubles psychologiques. Des chiffres qui donnent le tournis dans un pays où la part de la santé mentale dans le budget global alloué à la santé n’est que de 0,43 % en 2008 et 1 % en 2019, entravant par ricochet, la prise en charge.

Une amélioration s’impose

D’un, l’intégration de la santé mentale dans les hôpitaux publics est une nécessité. En effet, de 1981 à 2011, le Burundi n’avait qu’un seul centre neuropsychiatrique avec 150 lits. Aujourd’hui, nous comptons deux autres centres ouverts, l’un à Gitega en 2011 et l’autre Ngozi en 2014. Mais malheureusement, ces derniers sont trop petits. « Au centre de Gitega, on ne peut hospitaliser que 20 personnes et à Ngozi, c’est encore moins », explique un infirmier trouvé au centre de Gitega. 

Pour pallier ce défi, la politique d’intégrer les unités psychiatriques dans les hôpitaux publics devrait s’élargir aux autres hôpitaux, autres que ceux ouverts en 2018 dans les hôpitaux de Giteranyi, Muyinga, Gihofi, Rutana, Hôpital militaire et l’hôpital Kira.

De deux, la réduction du coût de la prise en charge par la mise en place d’une assurance-maladie serait salutaire. Par exemple, le CNPK demande une caution de 150 000 Fbu pour soigner le malade mental au moment où 90% de ceux qui fréquentent le CNPK sont des indigents. En l’absence d’une mutualité couvrant les soins mentaux, la pauvreté pousse à l’arrêt du traitement qui est continuel, et entraîne des rechutes répétitives, sans oublier le recours aux charlatans et chambres de prières.

De trois, le problème d’accessibilité aux médicaments psychotropes, entraîne leur cherté. Selon Egide Ndayikeza, pharmacien au CNPK, les psychotropes sont très coûteux, et à part seulement quelques molécules, ils ne sont pas trouvables dans les pharmacies locales. Même la CAMEBU ne fait pas de commandes au même titre que d’autres médicaments somatiques. Par-là, cette inaccessibilité aux psychotropes handicape la standardisation du traitement, ce qui est à l’origine des rechutes chez des patients qui en sont victimes.

De quatre, le manque criant de personnels qualifiés est une entrave. Avec trois psychiatres et une seule filière de santé mentale à l’INSP, cela est insuffisant vu les statistiques des malades mentaux. La balle est dans le camp du gouvernement qui doit rehausser le nombre de psychiatres et infirmiers spécialisés, via les bourses d’études.

De cinq, toutes les personnes souffrant de perturbations mentales n’ont pas besoin d’être adressées à un centre neuropsychiatrique. Les cabinets psychologiques sont là, mais ces cabinets manquent cruellement, et il n’existe aucun centre public de ce genre. Et d’ailleurs, voici ici les raisons de consulter un psy.

La santé mentale étant ce qui permet à l’homme de supporter d’une part les tensions de la vie et d’autre part d’assurer une productivité le rendant utile à la société, il devrait cesser d’être le parent pauvre des politiques étatiques en matière de santé, d’où l’intérêt de relever ces challenges.

 

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