article comment count is: 2

Burundi : les investissements directs étrangers en chute libre

Au Burundi, les investissements directs étrangers ont connu une courbe descende depuis des années. Le climat des affaires, peu favorable, est à l’origine de cette situation qui étouffe l’économie nationale. Le renforcement de la gouvernance est l’une des conditions indispensables pour relever l’entrée des IDE au pays.

Le Chef de l’Etat, Evariste Ndayishimiye a reçu en audience à Gitega, le 16 août 2023, Andrew Hunter, directeur « d’une entreprise australienne de consultance, qui cherche et rassemble des investisseurs pour le mettre en contact avec les Etats afin d’accroître les investisseurs étrangers ». Une lueur d’espoir pour la relance de ce secteur moribonde et pourtant indispensable à l’économie du pays ? 

Au cours de l’année 2021-2022, l’Agence de Développement du Burundi (ADB) a validé 50 projets d’investisseurs. Parmi ceux-ci, seuls 6 projets, soit 12 % étaient issus des Investissements Directs Etrangers (IDE). En réalité, ils ont connu une chute libre depuis les années 2010. Les IDE sont passés de 47 millions USD en 2014 à 7 millions USD en 2015, selon une étude du bureau sous régional de la Commission Economique pour l’Afrique de l’Est (CEA).

Ils ont continué à chuter jusqu’à 1 million de USD en 2019 avant de connaître une légère hausse jusqu’à 10 millions USD en 2021 et 13 millions de USD en 2022, selon les rapports sur l’investissement dans le monde de la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED). 

Les pays de l’EAC affichent des chiffres élevés

Au moment où les IDE sont au niveau bas au Burundi, les pays de l’Afrique de l’Est enregistrent de bons scores selon le rapport 2022 de la CNUCED. 

La République Démocratique du Congo vient en tête. Les flux d’IDE vers ce pays sont passés de 1,6 milliard USD en 2020 à 1,8 milliard USD en 2021. Les IDE sont soutenus par les entrées dans le secteur minier. Le pays est le premier producteur mondial de cobalt et le premier mineur de cuivre en Afrique. Les prix du cobalt ont augmenté avec la demande croissante pour son utilisation dans les smartphones et les batteries de voitures électriques.

Un des pays attirant le plus d’IDE en Afrique de l’Est, l’Ouganda, affiche aussi de bonnes statistiques. Les IDE ont augmenté de 30,6 %, passant de 874 millions USD en 2020 à 1,1 milliard USD en 2021. Des progrès ont été réalisés dans le développement de la réglementation des services financiers (en particulier dans les assurances et le marché des capitaux) et dans la privatisation du secteur bancaire pour attirer les IDE. Riche en ressources naturelles, les IDE vont principalement aux secteurs du café et des mines.

Les entrées d’IDE en Tanzanie ont atteint 922 millions USD en 2021 et ont connu une augmentation par rapport à l’année précédente (685 millions USD). La Tanzanie est l’une des destinations préférées des investissements étrangers en Afrique et figure parmi les 10 plus grands bénéficiaires d’IDE en Afrique.

Pour le Kenya, les flux s’évaluaient à 448 millions USD en 2021. Toutefois, ils ont diminué comparativement à l’année précédente (717 millions USD) et sont à leur niveau le plus bas des cinq dernières années.

Au Rwanda, les IDE s’évaluaient à 212 millions USD en 2021. Les investissements ciblent principalement les secteurs des mines, de la construction et de l’immobilier, des infrastructures et des technologies de l’information et de la communication. 

Investissements Directs Etrangers dans l’EAC (2021) en millions de USD

RDC  1800
Ouganda1100
Tanzanie922
Kenya448
Rwanda212
Burundi10

Le climat des affaires peu favorable, le nœud du problème au Burundi

L’instabilité politique qui a prévalu ces dernières années n’encourage pas les investisseurs étrangers à venir au Burundi. Selon les experts de l’ONU, la crise politique de 2015 a entraîné une régression de la croissance. 

Les infrastructures de base qui font défaut empêchent aussi les hommes d’affaires étrangers à placer les capitaux au Burundi. Le déficit énergétique, l’état défectueux des routes, la non exploitation de la voie lacustre et l’absence des voies ferreux sont, entre autres, des facteurs qui limitent l’afflux des IDEs dans le pays. 

La CNUCED ajoute aussi le contexte macroéconomique du pays. La pénurie récurrente de devises et la dépréciation continue du Fbu sont des défis majeurs. La récente perte par le Fbu de 35 % de sa valeur ne donne pas de confiance aux investisseurs étrangers. 

Le coût élevé des services publics, les politiques commerciales ambiguës, la corruption, la main-d’œuvre peu qualifiée, le programme de privatisation limité sont d’autres défis qui empêchent le flux des IDEs au Burundi, selon Banque Africaine de Développement (BAD). 

Miser sur le renforcement de la gouvernance

La construction en cours de barrages hydroélectriques, le soutien international à la politique agricole du pays et le développement de la production de terres rares devraient attirer les investissements étrangers. Cependant, les différends autour des renégociations de contrats qui ont conduit à la suspension des opérations des sociétés minières étrangères en avril 2021, pourraient freiner les investissements futurs selon Coface.

Selon le FMI, les priorités du gouvernement restent de soutenir la reprise économique et sociale et de répondre aux besoins de financements et budgétaires extérieurs. Les politiques macroéconomiques devraient se concentrer sur une politique budgétaire prudente notamment la stabilité des prix et du secteur financier, la viabilité extérieure et l’augmentation de la couverture des réserves de changes, l’amélioration de la compétitivité et le renforcement de la gouvernance.

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (2)

  1. « Miser sur le renforcement de la gouvernance »

    Il faudrait d’abord s’entendre sur ce qu’on comprend par « gouvernance ». Car les gouvernances du Kenya et de la Tanzanie n’ont rien à avoir avec celle du Rwanda qui ne connaît pas ce que c’est une alternance de régime. L’Ouganda pareil!

  2. C’est très intéressant mais je crois qu’il y a un autre aspect qu’il faudrait prendre en considération qui concerne le manque de rigueur oú la plupart se plaint contre le ralentissement des services surtout dans institutions étatiques au sein desquelles les mêmes investisseurs cherchent des différents services pour alimenter leurs activités.merci