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Marché des capitaux au Burundi : un moteur de développement encore fragile

Alors que les marchés de capitaux africains se modernisent et s’intègrent davantage sous l’impulsion de l’EAC et de la BAD, le Burundi tente de suivre la dynamique. Encore dominé par les titres du Trésor et fragilisé par des défis de confiance, de transparence et de gouvernance, ce marché peine à financer pleinement l’économie. Peut-il réellement devenir un moteur de développement pour le pays ? Analyse.

Le marché des capitaux en Afrique connaît une transformation profonde en 2026, marquée par une volonté d’intégration régionale sans précédent et une modernisation technologique accélérée. Porté par une croissance économique continentale projetée à 4,1 % en 2026, le secteur financier cherche à s’affranchir de la dépendance aux prêts bancaires à court terme pour mobiliser l’épargne domestique.

La question du marché des capitaux en Afrique en 2026 ne se résume pas à une alternative entre croissance et crise ; elle décrit un équilibre instable où les deux phénomènes coexistent. Le montant des capitaux levés est un moteur puissant, mais sa concentration par les États crée un goulot d’étranglement pour le secteur privé.

Au Burundi,  le marché des capitaux est encore embryonnaire. Il reste toujours limité au marché monétaire interbancaire ainsi qu’au marché des titres du trésor (bons et obligations du trésor). Depuis la signature du Traité établissant la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC) en 2007, la République du Burundi s’est engagée dans un processus de réformes visant à moderniser son secteur financier et à renforcer son environnement des affaires. Dans ce cadre, des initiatives ont été entreprises pour le développement du marché des capitaux burundais, en accord avec les objectifs de l’EAC en matière d’intégration financière régionale.

En février 2026, les responsables des bourses de la région se sont réunis à Arusha pour relancer le projet d’infrastructure des marchés de capitaux (CMI), qui vise à connecter huit bourses. Ce projet, soutenu par la Banque africaine de développement, doit permettre à terme des échanges transfrontaliers plus fluides et une meilleure liquidité. Néanmoins, ces avancées structurelles au niveau du marché financier contrastent avec un environnement économique national qui reste très fragile. Malgré une volonté affichée d’attirer les investissements, le pays reste difficile pour les affaires en raison du contexte politique tributaire à la crise de 2015, de la corruption que certaines organisations dénoncent parfois, du manque de transparence réglementaire, de la faiblesse des infrastructures (énergie, internet, routes, etc. ) et des difficultés à rapatrier les bénéfices.

Le Burundi est-il prêt ?

Vivre dans un pays sans marché financier fonctionnel, c’est comme essayer de faire rouler un véhicule avec moteur puissant, mais sans système de transmission. L’énergie est là, mais elle ne parvient pas aux roues. Le pays est ainsi condamné à être un spectateur de  l’enrayement de sa propre économie. Il possède les ressources (matières premières, jeunesse, idées) mais il n’a pas l’entonnoir pour transformer ces ressources en capital productif.

Le marché financier ne peut s’épanouir que s’il parvient à importer ou à créer ce qui fait défaut à l’échelle nationale. Un marché de capitaux, contrairement à un prêt bancaire relationnel, repose sur des piliers immatériels qui sont précisément ce qui fait défaut au Burundi, notamment la confiance, car un investisseur qui achète une action ou une obligation ne prête pas à un voisin qu’il connaît, mais à une entité lointaine. Il a besoin de croire en la véracité des comptes de l’entreprise et en la capacité de l’État à faire respecter les engagements. Le climat de méfiance post-crise généralisée dans la société burundaise est un poison pour ces progrès.

A côté de cette confiance, souvenons-nous que sans transparence, le marché n’aura pas d’informations fiables, publiées en temps utile (rapports annuels, états financiers). La corruption prospère dans l’opacité et la rétention d’information. Cette faille dans le système a tout intérêt à ce que l’information reste floue. Dans ce contexte, l’investisseur fait attention à la situation de l’’État de droit, puisqu’en cas de litige, l’investisseur doit pouvoir saisir une justice indépendante et efficace. La situation problématique dans laquelle se trouve la gouvernance et certains mécanismes judicaires dont l’indépendance est remise en question rendent l’investissement extrêmement risqué.

Où iront les fonds mobilisés ?

Des marchés de capitaux locaux  diversifiés et bien réglementés sont une source essentielle de financement pour les États et d’autres acteurs du secteur financier. En Afrique, les marchés de capitaux ont le potentiel d’appuyer le financement des activités prioritaires dans des secteurs essentiels pour le développement comme le logement, les infrastructures, l’agroalimentaire et les petites entreprises. Ainsi, l’économie est essentiellement axée sur l’allocation efficace des ressources. Si la répartition initiale des ressources dans une économie n’est pas efficace, la situation des individus au sein de cette dernière peut être améliorée via une réaffectation. Les marchés des capitaux existent pour faciliter ce processus de réaffectation. Sans ces marchés, de nombreux investissements qui contribuent à la croissance d’une économie n’ont pas lieu. Les entrepreneurs et leurs idées novatrices ont besoin d’un accès au financement pour les concrétiser. De même, les gouvernements ont souvent besoin de financements que leurs recettes propres ne couvrent pas afin de mettre en place de grands projets essentiels à l’économie nationale. Les marchés des capitaux offrent donc aux entrepreneurs et aux gouvernements la possibilité d’être mis en relation avec des investisseurs individuels ou des entreprises afin d’accéder aux capitaux qui leur sont nécessaires.

Aujourd’hui au Burundi, la quasi-totalité des fonds levés officiellement via le marché des capitaux (BSE) va à l’État burundais par le biais des obligations du Trésor. L’argent sert à financer le budget national et ses projets. L’ambition est que ces fonds aillent aussi aux entreprises privées pour financer leur croissance et à des projets spécifiques via des obligations, contribuant ainsi plus directement au développement économique et à la création d’emplois.

Si demain, les capitaux servent à rembourser d’anciennes dettes ou à payer des dépenses de fonctionnement, le marché devient une « pompe aspirante » sans retour sur investissement. S’ils sont orientés vers la production (usines, irrigation, énergie), ils génèrent la richesse nécessaire pour s’auto-rembourser.

En définitive, le marché des capitaux est un levier de croissance à condition que l’État ne soit pas le seul à en profiter. En 2026, le défi n’est plus seulement de lever des fonds, mais de s’assurer que ces fonds drainent des secteurs productifs.

 

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