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Burundi 93-94 : l’impossible consensus pour le fauteuil présidentiel

La mort du Président Ntaryamira a fait voler en éclats le consensus qui avait permis sa désignation. Sa disparition a occasionné des dynamiques qui ont compliqué encore plus la gestion de la crise déclenchée par la mort de Melchior Ndadaye

Du 21 octobre 1993 au 06 avril 1994, le Burundi a connu l’un des pires épisodes de son histoire contemporaine. En espace de six mois, il a perdu deux présidents de la République : Melchior Ndadaye et Cyprien Ntaryamira. Le premier fut emporté par un coup d’état meurtrier. Comme nous l’écrivions dans un récent article, en opérant ce coup de force, les mutins ont décapité l’ordre de succession constitutionnel de l’exécutif qui venait d’être élu. Et au regard du chaos qui s’en s’est suivi, la tenue de nouvelles élections était impensable. Les militaires avaient opéré le putsch kalashnikov dans une main et la constitution dans l’autre, pour emprunter l’expression consacrée à cette tragédie.

 C’est au terme de longues tractations politiciennes pleines de croc en jambes, de contradictions et de compromis, que le second lui succéda. Les négociations opposaient deux blocs. D’une part le Frodebu et ses partis alliés, regroupés au sein des Forces de changement démocratique, endeuillé par le putsch, et l’Uprona ainsi que d’autres partis dits de l’opposition, grands perdants des élections de 1993, mais dont le coup d’état avait redonné une seconde jeunesse.

 Bien évidemment, il n’y a jamais de négociations sans facilitateurs. Pour cette tâche, il y avait les organisations de la société civile, le représentant du Secrétaire générale des Nations unies et le haut commandement de l’armée. Encore elle ? Eh oui, elle était présente, muée en véritable maître des horloges. Une présence ressentie comme une gifle dans la figure du Frodebu, qui naturellement, considérait la grande muette comme étant responsable de cette catastrophe. Pragmatisme oblige. Il n’y avait aucune issue sans impliquer l’armée pour décanter l’impasse politique qui prévalait.

De Charybde en scylla

Le dégagement d’un consensus sur le successeur de Ndadaye, l’amendement de l’article 85 de la Constitution permettant l’élection d’un nouveau président au suffrage indirect par l’Assemblée nationale sont les aboutissants de ces négociations. Une fois le successeur trouvé, le gouvernement révoqua la Cour constitutionnelle. Pour l’ancien président, Sylvestre Ntibantunganya, le gouvernement craignait que cette Cour ne cherche des subterfuges pour s’opposer aux mécanismes qu’il était en train de mettre en place pour désigner un nouveau président. 

Après avoir prêté serment, Cyprien Ntaryamira a rétabli la Cour constitutionnelle. Après sa mort, les craintes de Ntibantunganya vont se confirmer. Le 18 avril 1994, la Cour constitutionnelle déclara que la procédure de désignation du président Ntaryamira était inconstitutionnelle. Par conséquent, l’amendement de l’article 85 de la Constitution devenait caduc alors qu’il permettait la désignation facile d’un successeur en la personne du président de l’Assemblée nationale qui était Sylvestre Ntibantuganya. 

Retour à la case départ. Le climat qui prévalait ne permettait pas la tenue d’élections. Avec la formation de la rébellion du CNDD, la situation se corsait davantage. Encore une fois, la classe politique de l’époque entama de nouvelles négociations. Débutées au mois de juin 1994, elles aboutiront à la signature de la convention du gouvernement en septembre 1994. Cette fois-ci, les politiciens s’étaient assuré que rien ne viendrait mettre en cause cet accord du fait qu’il questionnait certaines dispositions de la constitution. C’est ainsi que Sylvestre Ntibantunganya devint président de la République, près de six mois après la mort de Cyprien Ntaryamira.

 

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Les commentaires récents (2)

  1. Merci de m’avoir partagé l’histoire de notre pays. Je voudrais juste savoir comment Pierre Buyoya est arrivé au pouvoir !

  2. Mon souhait est que, dans les jours à venir ses tristes et tragiques événements qu’à connu le Burundi seraient regroupés/cumulés pour être souvenus autrement , et cela en une seule semaine