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1966-1992 : plus de 25 ans de monopartisme et de recul démocratique

L’assassinat du Prince Louis Rwagasore, l’affaiblissement du pouvoir royal affecteront l’avenir du Burundi. Malgré son accession à l’indépendance, le 1er juillet 1962, des ambitions personnelles vont vite se manifester à l’intérieur du parti Uprona qui, entre temps, sera déclaré parti unique. 

Avant son renversement, Ntare V avait signé, le 23 novembre 1966, un arrêté-royal instituant l’Uprona parti unique national du Burundi. Un extrait du préambule de cet arrêté royal, disait ceci :

« Considérant que le parti unique s’identifie en définitive avec la Nation et qu’il est par conséquent la forme la plus authentique de la démocratie, (…). Par sa primauté, l’Uprona inspire l’action des organes politiques de l’Etat, (…). Toute décision nationale en marge du programme gouvernemental est soumise d’abord au comité directeur du parti. » 

Les associations à caractère politique créées sur base de l’ordonnance du 8 mai 1959 seront dissoutes et les récalcitrants punis d’une peine de servitude pénale de 5 mois au maximum et d’une amende ne dépassant pas 20.000 BIF. 

Pour les adhérents, la peine est fixée à une servitude pénale de 2 ans au maximum et une amende ne dépassant pas 10.000 BIF. Un ministère d’Etat chargé du parti est d’ailleurs créé en 1966 avec à la tête Jean Ntiruhwama. La devise « Dieu, roi et patrie » change pour adopter celle de l’Uprona « Unité, Travail et Progrès ». Son siège est transféré à Bujumbura.  

Uprona, instrument du régime ?  

Malgré un bon programme intégrant la promotion d’une véritable démocratie pour tous sans distinctions d’ethnie ou de sexe, la réalité se révélera autre. Malgré une population plongée dans la peur, des voix n’ont pas tardé à dénoncer que le parti était devenu une propriété de Micombero : manque de transparence politique, aucune élection locale, etc. : « Quand on a annoncé que le parti Uprona devenait un parti unique, on pensait qu’on allait vivre mieux. Mais c’est l’exclusion qui a commencé », se souvient Dismas Ndiho, un homme de Muramvya. 

Très vite, c’est la désillusion : « On était embrigadé comme de petits enfants, sans poser de questions. » Il dénonce aussi une exclusion sur base ethnique, clanique ou régionale. Ce retraité de la fonction publique indique par exemple, que sur 9 provinces, un seul hutu était gouverneur. 

Des exclusions sur base ethnique ont été appliquées jusqu’à la tentative de coup d’Etat de 1969 dont les instigateurs étaient des militaires Hutu. 

Les choses empireront avec la crise de 1972. Une répression aveugle s’est abattue sur les Hutu, après des attaques rebelles au Sud du pays contre des ménages des Tutsi. Des événements qualifiés de génocide contre les Hutu du Burundi par la Commission vérité réconciliation (CVR). Les membres du mouvement Jeunesse Révolutionnaire Rwagasore (J.R.R) sont par ailleurs indexés dans la répression et l’arrestation des Hutu à exécuter.  

Le renouveau mais… 

Que ça soit pendant le régime Jean Baptiste Bagaza (1976-1987) ou celui de Pierre Buyoya I (1987-1993), le parti Uprona est resté maître. Tout était inspiré de la philosophie du parti. Dans l’ouvrage ‘’IIème République, Respect des engagements’’, il est écrit : « Si le travail ardu du peuple burundais a été déterminant dans la réussite de l’action engagée le 1er novembre 1976, il convient de souligner également l’important concours du parti Uprona qui a garanti un climat de sérénité et d’entente nationale ».

L’Uprona tiendra son premier Congrès national à Bujumbura, du 26 au 29 décembre 1979. Dans sa tâche de reconstruction nationale, l’Uprona sera épaulé par trois mouvements intégrés à savoir l’Union de la Jeunesse Révolutionnaire Burundaise (UJRB), l’Union des Travailleurs du Burundi (U.T.B) et l’Union des Femmes Burundaises (U.F.B). Le rôle réservé au parti Uprona étant de concevoir, orienter, animer, former et contrôler le processus révolutionnaire issu du mouvement du 1er novembre 1976. 

Un système d’encadrement de la population est mis en place. Au sein de l’U.J.R.B, un mouvement pionnier est né. Il devait, entre autres, essayer d’inculquer aux jeunes pionniers, des notions de justices, d’amour patriotique, de valeurs morales et de culture nationale, conformément aux objectifs et principes du parti.

Si les républiques militaires ne changeront pas la donne de ce monopartisme, les dynamiques, qui s’annoncent depuis la fin de la deuxième république, annonceront des changements inévitables. Ainsi lorsque Buyoya dépose Bagaza, la fin du monopartisme s’annonce, surtout que suite à la crise de Ntega Marangara, Pierre Buyoya se retrouve contraint de s’ouvrir à la démocratisation.  Et cela sera concrétisé en 1992 avec l’adoption d’une constitution reconnaissant le multipartisme, signant donc la fin du parti unique. 

 

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