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Burundi : après la « révolution », Micombero face à l’exercice du pouvoir

Si en abolissant la monarchie, Micombero affiche les meilleures intentions du monde dans un Burundi en moult difficultés, il se trouve que sa gestion du pouvoir a été parfois désastreuse, au point de virer aux extrémismes. 

Pour commencer, un petit focus sur les acteurs de ce changement de régime. Il s’agit entre autres de la jeunesse estudiantine avec son leader Gilles Bimazubute, des officiers à la tête desquels se trouve un certain Albert Shibura fraîchement sorti de Saint-Cyr. Il s’agit également des jeunes licenciés des universités européennes directeurs aux ministères. Des licenciés souvent hostiles à l’influence des milieux ganwa.

Mais comme on peut le lire dans cette thèse, le rôle décisif dans la conduite de la nouvelle République revient à un groupe connu pour son origine régionale : entendez ici le « groupe de Bururi » qualifié de Hima. Une région dite pauvre et peu favorisée sur le plan scolaire mais qui avait fourni beaucoup de militaires dans un Burundi qui vivait les derniers jours de la monarchie. Du rôle de ce groupe, certains n’hésitent pas à parler d’une politique de revanche, à la fois régionale et ethnique. 

La monarchie sur le « banc des accusés » 

Lorsque Micombero dépose le jeune roi Charles Ndizeye, Ntare V, il avance toute une kyrielle de raisons. Il dénonce entre autres, la tentative de provoquer la mutinerie au sein des forces armées, le népotisme, la corruption, le recrutement des mercenaires pour faire couler le sang des militaires. Et d’avancer que les forces armées ont déjà refoulé l’avant-garde des mercenaires et que d’autres sont en route appelés par Mwambutsa et Ntare, arguant en avoir les preuves et la certitude grâce aux documents saisis par les services de renseignements. Et de jurer que la patrie est trahie, l’armée est déshonorée. 

Ainsi, il en appelle à la défense du pays : « Frères combattants, l’heure du grand combat est arrivée. Armée, officiers, soldats et caporaux, n’abandonnez pas la cause noble que vous devez toujours défendre ! ».

 La « révolution » et ses promesses 

Par ces mots et son coup d’État le 28 novembre 1966 et profitant de l’absence de Ntare en voyage à Kinshasa, Micombero proclame la République et annonce ses projets pour le pays : développement économique et social et assainissement de la gestion. 

De l’avis des historiens, c’est un régime Micombero qui proclame une dialectique révolutionnaire et un multi-ethnisme de façade. Mais en réalité, et très vite après sa prise de pouvoir, il se remarque une ethnicisation et une « régionalisation » de la cour politique et de la société, annonçant par-là la couleur de cette première République.

Pour finir, une mise au point qui n’est sûrement pas de trop s’impose. Un peu comme pour donner raison au commentaire d’un internaute sur notre dernier article,  Micombero n’est en effet pas le seul tombeur de la monarchie. S’il est celui qui prend le commandement, il le fait avec l’aide d’autres individus, des militaires pour la plupart regroupés dans ce qui est appelé Conseil National de la Révolution (CNR). Au tour de lui donc, il y avait le Commandant Sylvère Sota, le Commandant Martin Ndayahoze, le Capitaine Zacharie Harerimana, le Commandant Gabriel  Ndikumana, le Commandant André Ntahonsigaye, le Major Albert Shibura, le Capitaine Damien Nkoripfa, le Capitaine Marcien Burasekuye ainsi que le commandant Jérôme Sinduhije.

 

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