article comment count is: 0

Natasha, 24 ans, larguée à cause de sa séropositivité

Naître et grandir séropositif dans la société burundaise demande du courage mais quand advient le moment de prendre quelques décisions de la vie comme choisir son conjoint, le courage peut s’envoler et laisser la place au désespoir, au risque de perdre à jamais l’amour de sa vie. Natasha, 24 ans, nous raconte sa mésaventure.

Avant, tout était rose. On était heureux ensemble, on s’aimait vraiment. Notre rêve était de fonder une famille. On formait un beau couple comme les autres, êtait toujours là l’un pour l’autre. On s’était enfin décidé d’élever notre relation au rang supérieur. On s’est donc mis d’accord pour aller se présenter et annoncer la bonne nouvelle à nos familles.

Nos familles étaient fières de nous pour ce pas franchi. Mais au fond de moi, je me sentais coupable, je ne pouvais plus garder le lourd secret. J’ai décidé de dire à mon futur mari que je suis née séropositive. Il était au départ incrédule mais le moment de surprise passé, il ne s’était pas dégonflé. Un jour, il m’a regardé droit dans les yeux, et m’a dit avec une voix suave : « Ne t’inquiète pas ma chérie, on va se faire dépister si c’est vrai, je ne vais pas te quitter pour ça, mon ange ». Et vite, un dépistage pour lever ses doutes, mon résultat est positif, le sien négatif. Il était toujours prêt à honorer sa promesse, à une condition près : ça devait  rester entre nous.

Les préparatifs

Un ouf de soulagement, j’avais peur de le perdre, de me retrouver toute seule abandonnée par un homme que j’aimais tellement à cause de cette foutue maladie que je n’ai même pas cherchée. Nous avons vite avancé avec les préparatifs : impression et distribution des invitations, location de la salle, fabrication des alliances, etc.

Une semaine avant la dot, ma mère m’a demandée si notre belle famille était au courant de ma séropositivité. Je lui ai dit que non. Elle m’a obligée de le dire à ma future belle-mère. Quand j’en ai d’abord parlé à mon fiancé, il a refusé que j’en parle à sa mère. « Si tu le dis à ma mère, tu auras signé la fin de notre relation, elle ne va pas accepter que son cadet se suicide, comme on aime le dire ». J’ai donc décidé de ne pas le dire. Sauf que ma mère n’a pas accepté pas d’être complice. Elle n’a pas traîné et l’a dit à  ma future belle-mère. C’est depuis ce moment que tout a basculé. La belle-famille a refusé la « malédiction » dans leur famille. 

Le début de la fin

Mon fiancé s’est d’abord mis en colère contre moi. Pourquoi avais-je révélé ça à la famille ? Il a essayé de résister comme il pouvait, tellement il ne voulait pas me laisser tomber. Il m’aimait et ne voulait pas me trahir. Mais la pression de la famille était plus grande et très fatiguant. Il recevait des coups de fil même de ses oncles de l’étranger. Quand à ma mère, elle essayera de me convaincre de ne pas imposer cette vie de misère à une autre personne. J’en avais marre de ses remarques, de ses conseils, de ses prières. Je lui en voulais de m’avoir mis au monde, de m’avoir laissé grandir pour me retrouver misérablement seule. On a essayé de faire la sourde oreille et on a continué avec les préparatifs malgré la tension des deux côtés.  

Jusqu’à quand la malédiction ?

Le jour J tant attendu est vite arrivé. Le soir, il devait avoir lieu la dot, j’étais aux anges à l’idée de fonder un foyer. La dot était un prélude avant de nous dire « Oui » pour la vie. Curieusement, très tôt le matin, mon fiancé m’appela. L’appel était si matinal que j’ai eu peur de décrocher. Tellement j’étais stressée par cette journée spéciale. Mécaniquement, mon fiancé m’a demandé de sortir de la maison. Il se trouvait devant le portail. Comme une folle, je suis sortie dans mon pyjama. Il était là, droit devant la  porte, l’air pensif. Il tenait une bague à la main qu’il a vite pris soin de glisser sur mon majeure en laissant tomber une larme. Il m’a prise dans ses bras, m’a serrée fort et m’a demandée de garder la bague en souvenir de notre amour. Sans me laisser le temps de prononcer un seul mot, il a rebroussé chemin et a disparu.

Peu après, il est parti vivre en occident. C’est une année plus tard que j’ai appris qu’il avait déjà fondé un foyer. Depuis ce cauchemar, je me demande toujours ce que j’ai fait au bon Dieu. Mon état de santé est-il une malédiction ? Suis-je condamnée à vivre et mourir seule ?

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion