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Ces stéréotypes sur le dépistage volontaire du VIH/SIDA

Une blogueuse de Yaga nous donnait récemment des astuces pour bien vivre avec le VIH. Mais avant de pouvoir appliquer ces astuces, il faut déjà savoir si son état, en passant par la case « dépistage ». Malheureusement, au Burundi, le dépistage volontaire est souvent perçu comme une anomalie. Témoignage.

« Arazi icoyiyotsa, mbega kuvaho yabereyeho, ubu niho acipimisha ? Kuber’iki yipimishije sida ?» (Elle sait ce qu’elle a fait, depuis tout ce temps, c’est seulement maintenant qu’elle trouve opportun de se faire dépister ? Pourquoi le sida ?ndlr), tels sont les ragots qui rythment la vie quotidienne d’Anitha* depuis qu’elle a décidé de se faire dépister. Mais surtout, depuis le jour où la nouvelle a filtré. Elle ne sait par quel moyen. « Mon plan avait été bien concocté pour ne rien laisser filtrer. Le dépistage en soi n’a rien d’aussi scandaleux. Mais je savais que les préjugés n’avaient pas besoin de raisons valables pour affluer. Et voilà que mes craintes se concrétisent », regrette-t-elle amèrement.

Anitha aurait pu supporter sans problème ces ragots, si seulement ils n’avaient pas escaladé jusqu’à tomber dans les oreilles de sa mère. « Ma maman a à son tour transmis ces cancans à mon papa. Et ce fut le début d’un interrogatoire sans précédent. Entre autres, qui est cet idiot qui m’a engrossée (ou pas), si c’était par consentement ou de force, comment j’ai pu, moi qui étais l’exemple du quartier, (une ironie du sort qui me fait pouffer. Justement, au nom de cette exemplarité, j’aurais même pas dû me dépister en catimini), ou encore si j’ai attrapé icokiza, ce fléau, (la première des préoccupations de ma mère). Et moi, je n’ai pas eu le courage de réfuter toutes ces accusations. Qu’aurais-je fait ou dit face à leur air si convaincu ? Si ce n’est que rester là à compter mes doigts dans le silence. En tous cas, le dépistage a été une erreur que je ne referais jamais », conclut-elle.

Un frein à l’éradication de ce fléau

De même que pour Ella* et Gracia*, deux amies d’Anitha, tout comme ses deux petites sœurs, les choses sont claires. Pas questions de s’embourber à leur tour dans un scandale de dépistage volontaire.

En plus de l’inaccessibilité aux informations sur la santé sexuelle à laquelle sont confrontés les jeunes de leur âge (15 à 24 ans, les plus actives sexuellement aussi), vient s’ajouter cette assimilation erronée du dépistage à une récente relation sexuelle. Et pas n’importe laquelle : celle avec un·e séropositif·ve. Ce parallélisme à tort mine toute idée de dépistage surtout chez les jeunes et ne présage rien de bon pour une jeunesse bien portante.

 

*pseudo

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