article comment count is: 1

Le mythe de la virilité, cette arme à double tranchant

Selon l’auteure Olivia Gazalé, dans son livre « Le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes », la masculinité toxique découle d’un mythe selon lequel la femme serait naturellement faible et l’homme fort comme un roc. 

Dans la même veine, la femme serait « naturellement gouvernée par ses émotions, passive, inconstante, fragile et soumise ». À l’inverse, l’homme serait « naturellement maître de lui-même, fort, courageux, actif, dominateur, volontaire et capable de raisonner. » Résultat : des générations et des générations de garçons grandissent avec cette fausse image qu’un garçon ne pleure pas et que celui qui pleure ou qui est émotif est efféminé voire gay. Les Burundais ne pensent pas différemment. Comme le démontre le dicton : « Amosozi y’umugabo atemba aja munda » (les larmes d’un homme coulent vers le ventre, ndlr).

Il n’est donc pas rare de voir des hommes se retenir violemment pour ne pas pleurer même dans des situations tristes et difficiles, de peur d’être mal vus. Dans la même course pour une virilité à tout prix, certains  hommes se retrouvent à se battre pour des broutilles juste pour se faire « respecter » par leur entourage. Malheureusement lancer des hostilités ne veut pas dire en ressortir forcément vainqueur.

Toutes ces observations citées plus haut découlent en grande partie de la culture burundaise, qui est une culture patriarcale. Dans plusieurs familles, le garçon et la fille sont éduqués différemment. Les garçons sont préparés pour être des chefs de famille et doivent réussir à tout prix pour l’honneur de la famille. Ainsi les écarts qui peuvent être commis par les garçons  ou les hommes plus tard pour atteindre cet objectif sont minimisés. Quand un garçon se bat avec ses camarades et qu’il en ressort victorieux, il est en presque félicité et respecté. À l’âge adulte, les dictons tel « Ubugaba bw’umugabo ni bwo buryo bwiwe » (les tares d’un homme sont également ses ressources, ndlr) sont également là pour pardonner ses écarts et bêtises. 

Des hommes pris à leur propre piège…

La pression sociétale qui découle de ce mythe est  que l’homme doit subvenir à tout prix aux besoins de sa famille. C’est lui qui doit gagner plus que sa femme, payer le loyer, ramener le pain quotidien, habiller femme et enfants, etc. Inutile de préciser que lorsqu’il n’y arrive pas, il se sent honteux, frustré, limite émasculé. Certains en deviennent violents ou méprisants envers leurs femmes pour sauvegarder cette position de mâle dominant au sein du foyer. 

N’empêche que le scénario est parfois inversé. Quand l’homme subit des violences conjugales psychologiques ou physiques, il aura honte d’alerter sa famille ou ses amis de peur d’être sous-estimé.

Un homme prisonnier du stéréotype de l’homme fort, insensible et qui peut tout résoudre va tôt ou tard se heurter à l’incapacité d’être tout cela à la fois et rejeter sa frustration sur sa femme. Cette frustration sera accentuée par la crainte d’être méprisé par sa compagne et une simple mésentente sera source de violentes disputes ou, pire, de coups et blessures. Le tout accompagné par un : «  Wibaza ko ariwe uri umugabo muri runo rugo ? » (Tu penses être l’homme dans cette maison ? ndlr).

Une génération de la rupture

Ce mythe de la virilité violente et insensible a donc une incidence et sur l’homme et sur la femme. Et notre génération n’est pas totalement épargnée. Car, malgré que nous soyons plus ouverts sur le monde, plus « open-minded », la pression de la société reste bien présente. S’en défaire n’est pas chose facile. Il en faut du courage et de la volonté pour changer les choses. Mais quand on veut, on peut !

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (1)