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Masturbation féminine, une menace pour le couple ?

Souvent passée sous silence, la masturbation féminine existe pourtant bel et bien au Burundi comme ailleurs. Une pratique qui se conclurait parfois par un aller simple vers une addiction que certains mariés doivent supporter en silence. 

La première fois que Natacha* s’est masturbée, elle avait 16 ans. Elle était dans sa chambre avec une amie plus âgée et plus expérimentée qu’elle. Sur le coup, elle n’a pas trop compris ce qui se passait, mais elle a tout de suite adoré. Elle a donc continué. « Je me masturbais plus de quatre fois par jour. Une pulsion irrépressible à laquelle je devais succomber m’envahissait. Mais je me sentais sale. Je me souviens que quand j’étais à l’internat, je m’éclipsais pour aller aux toilettes. Parfois même, j’étais en retard au salut du drapeau ». La masturbation était devenue une addiction pour Natacha.

Vanessa*, 30 ans, est allée un peu plus loin. Il y a huit ans, suite à une rupture douloureuse alors qu’elle faisait ses études universitaires à l’étranger, elle s’est jurée de ne plus se remettre en couple avec un homme vivant à l’étranger. Elle a alors eu recours aux accessoires sexuels de pénétration pour se faire plaisir. Au bout d’un moment, « je ne parvenais plus à me satisfaire avec les doigts. Pendant les deux ans qui me restaient avant la fin de la faculté, j’ai eu recours au sextoy. Je l’ai fait jusqu’à mon retour au pays natal ». 

Du miel empoisonné…

Quand Natacha s’est mariée, la situation s’est alors compliquée. Elle a commencé à sentir des douleurs lors de ses rapports sexuels avec son mari. Elle ne ressentait aucun plaisir et cela lui faisait mal au cœur. « Je n’en pouvais plus. J’étais triste et dégoûtée par mon mariage », confie-t-elle. Pourtant, puisque le plaisir obtenu par la masturbation était plus important que lors du devoir conjugal, elle a continué à se masturber. « Je sentais un plaisir que je ne sentais jamais avec mon homme. C’était l’unique moyen pour moi d’atteindre l’orgasme ».

Vanessa croyait pouvoir se passer de sextoys une fois mariée. Aujourd’hui que c’est chose faite, le constat est amer. « Après environ une année et demie de mariage, je trouve mon prince charmant moins performant au lit ». Impossible de se plaindre, « puisque je sais que la cause est moi-même. Physiquement et émotionnellement, mon homme est avec moi. Mais l’orgasme pour moi, c’est après coup, dès qu’il a le dos tourné et que je tourne les yeux vers cet objet caché dans un endroit que je suis la seule à connaître ». Et de lâcher : « Sérieusement les murs de ma chambre tiennent beaucoup de secrets».

Qu’en pensent les experts ?

D’après le Docteur Bou Jaoudé, médecin sexologue et président de l’association pour le développement de l’information et de la recherche sur la sexualité, à partir du moment où le plaisir obtenu par masturbation devient plus important que lors des rapports sexuels, le risque de déséquilibrer la relation du couple devient réel. 

Mais, à part ce déséquilibre, la masturbation contribue à 66% aux troubles du clitoris, aux douleurs, à une perte de sensibilité (hypersensibilité) et à l’irritation des voies génitales. Elle peut aussi entraîner des complications ovulatoires. Ces propos sont corroborés par Benny Ndayishimiye, conseiller conjugal, qui fait face à ce genre cas dans le cadre de sa profession. 

Par contre, Maeva Bonjour, sexologue, associe quant à elle la plupart des craintes et superstitions autour des sextoys et autres aspects de la sexualité comme autour de la masturbation par exemple à une peur pour « trop de plaisir et satisfaction dans le sexe, surtout chez la femme ». Dans le cas du sextoy par exemple, « le sextoy peut être une opportunité d’ouvrir un dialogue sur les sentiments et souhaits intimes des deux partenaires ». À condition que les deux partenaires soient ouverts d’esprit et parviennent à discuter ouvertement. Sinon, « un des partenaires peut se sentir « accusé d’incompétence » ou même « remplacé » par le toy ». Ce qui peut être source de conflits dans le couple.

 

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