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Jalousie : autopsie d’un univers parallèle

Considérée par certains comme preuve d’amour, la jalousie peut s’avérer dangereuse pour les couples. Parfois, il suffit  d’un rien pour que le doute s’installe chez l’un des partenaires. S’en suit une surveillance tous azimut de l’autre au point de l’étouffer. Le début de la fin n’est alors plus loin. 

« L’homme vit dans un univers socialisé et hiérarchisé dans lequel l’autre est perçu soit comme un partenaire, soit comme un adversaire », explique le psychiatre Alain Braconnier. Avant d’ajouter : « Aimer, c’est désirer que l’être aimé reste à vos côtés et non dans les bras d’un autre. La jalousie, c’est l’attachement à ceux qui nous tiennent à cœur ». Freud quant à lui explique que la jalousie est un « affect normal » et que la refouler la rend d’autant plus puissante. Pas de quoi s’inquiéter jusque-là, mais tout excès étant mauvais, la jalousie peut être maladive et donc dangereuse.

Tout le monde serait potentiellement jaloux et le monde se partagerait entre malades et « porteurs sains » susceptibles de développer la maladie à la suite d’un élément déclencheur. La jalousie amoureuse devient pathologique si elle se manifeste de façon répétitive et durable. Elle génère alors inéluctablement des conflits et des sources de tensions au sein d’une relation amoureuse, qu’on en soit la victime ou l’instigateur. Messages et appels téléphoniques incessants, doutes permanents, espionnage de téléphone, interrogatoires sans fin ne tardent pas à poindre.

Victime de sa propre jalousie

Marc*, 31 ans, est un enseignant à l’une des universités de Bujumbura. Il vient de rompre avec Jeanne*, sa fiancée, il y a de cela un peu plus de deux mois. « On venait de passer trois ans de relation amoureuse. Durant la première année de notre relation, je l’aimais passionnément. Elle aussi m’aimait à mourir. Notre amour était vraiment sincère et réciproque », raconte Marc. Et de poursuivre : « Je n’avais ménagé aucun effort pour lui montrer à quel point je tenais à elle. Je pensais qu’elle avait été créée pour moi et que seule la mort pourrait nous séparer. Mais je ne savais pas quelle surprise nous réservait  l’avenir »

La surprise dont parle Marc n’est autre que la rupture de sa relation avec celle qu’il convient d’appeler désormais son ex. Motif ? « Au fil du temps, le doute s’est  installé chez elle. Elle m’envoyait de nombreux textos plus que d’habitude, voulait savoir où je me trouvais tout le temps, et me demandait avec qui j’étais à tout bout de champ. Quand l’on se rencontrait, elle prenait mon téléphone et le fouillait soigneusement, des questions accablantes me tombaient à chaque fois. Au bout d’un moment, j’ai décidé de me libérer de cette prison ». La jalousie de Jeanne aura alors ravagé une relation dont elle était pourtant si fière.

Autre son de cloche chez Eric*et Yvette*, mariés depuis deux ans. Leur relation amoureuse a duré cinq ans avant le mariage. «  J’ai vraiment confiance en mon  chéri. Il est sage. Il tient toujours ses promesses et honore toujours ses engagements. Je ne l’ai jamais espionné depuis le début de notre relation. Qu’il s’entende bien avec une collègue ou une amie d’enfance ne veut en aucun cas dire qu’il envisage d’aller plus loin avec elle. Lui aussi a confiance en moi et je n’en abuserai jamais », raconte Yvette. Elle sait bien que la jalousie peut se transformer en une souffrance inapaisable.

Le préventif et le curatif

L’infidélité est une triste réalité. Mais tout le monde n’est pas infidèle. D’après le philosophe Nicolas Grimaldi, la jalousie n’a pas le moindre rapport à la réalité. « C’est une manière qu’a la conscience de s’affecter de ce qu’elle imagine en le mimant intérieurement, puis en le vivant. Être jaloux, c’est en somme souffrir autant que si l’infidélité était réelle ». Ne jamais permettre à la jalousie de l’emporter sur la raison et la confiance serait une meilleure attitude préventive. Lorsque la jalousie rime avec souffrance, la consultation d’un thérapeute de couple ou d’un sexologue s’avère également salvatrice.

*les noms ont été modifiés pour des raisons d’anonymat.

 

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