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Cibitoke-Buganda : le supplice d’une mineure mariée de force

Au Burundi, l’âge légal du mariage est de 18 ans pour les filles et 21 ans pour les garçons. Pourtant, de nombreux mariages précoces, souvent forcés, sont encore organisés  dans certains coins du pays. Une jeune fille devenue femme  très tôt témoigne des souffrances physiques qu’elle endure dans ce foyer qui est devenu le sien.   

Du haut de ses 22 ans actuellement, Fabiola* est une très belle jeune femme rayonnante, malgré le terrible traumatisme qu’elle traine depuis qu’elle vit en couple. Derrière son sourire se cache le quotidien aux expériences douloureuses marqué par des violences physiques et psychologiques. Mariée prématurément à l’âge de 17 ans, la jeune Fabiola a vu sa vie basculer dans l’horreur du jour au lendemain. 

C’est pourtant une jeune maman souriante entourée de ses quatre enfants que nous avons vue au début de l’entretien. Mais, au fur et à mesure de son témoignage, le sourire a disparu de son visage. Son émotion a fini par crisper tout son corps. Derrière son mariage arrangé, se cachent la maltraitance et le harcèlement sexuel.

Venue pour les études et vite devenue femme

2018, la jeune Fabiola quitte le foyer familial pour se rendre chez sa sœur au petit centre de Buganda. Son rêve est de continuer tranquillement ses études. Ses parents l’y ont envoyée faute de moyens suffisants. « Ils voulaient que ma sœur prenne la relève pour scolarité, car elle était mariée à un grand commerçant », raconte-t-elle. Fabiola s’est vite habituée au train-train de la vie de Buganda, elle qui avait grandi dans les montagnes de Murwi.

Chez sa sœur, il y avait toujours des visites d’hommes venus pour faire affaire, vu que son mari est commerçant. « Ses amis venaient souvent diner à la maison, et la plupart d’entre eux venaient avec des filles à la place de leurs femmes. Ils se saoulaient la gueule jusqu’à commencer à faire des choses déplacées ». C’est dans ce beau désordre qu’un des hommes a commencé à faire des avances à la jeune Fabiola. Une histoire qui a vite dégénérée en partie à cause de sa famille d’accueil. « J’ai raconté cela à ma sœur, mais elle ne m’a pas crue. J’ai par après su que c’est plutôt son mari qui était derrière cette approche », témoigne-t-elle d’une voix enrouée. 

Quelques jours plus tard, un weekend, c’est le mari de la sœur qui amène Fabiola chez le gars qui lui faisait les yeux doux. « Il m’a proposé de l’accompagner quelque part prendre les marchandises, et c’est la que je me suis retrouvée chez cet homme. Il nous a accueilli et a servi à boire. Mais mon beau-frère s’est vite éclipsé et on est resté seuls dans cette maison ». Une première nuit passa, puis toute semaine, dans l’attente que son beau-frère passe la récupérer, en vain. « Ne sachant même pas où je suis, c’est là que j’ai compris que j’ai été mariée à mon insu ».

« Nikozubakwa » et son cohorte les violences 

Les parents sont venus voir leur fille, pas pour la récupérer, mais plutôt pour se mettre d’accord sur la dot avec l’homme. A ce moment, la pauvre Fabiola était déjà enceinte. Apres une difficile première grossesse, son mari commença à changer. « Il commencera à m’accuser de tout et de rien. Il rentrait tard la nuit. Je n’avais même pas droit de demander quoi que ce soit, sinon les coups pleuvaient », raconte-t-elle d’un air chagriné. Un calvaire auquel la pauvre Fabiola finira par s’habituer. Durant les quatre ans qu’elle vient de passer dans ce foyer, ajoute-t-elle, son mari lui a intimé l’ordre de ne plus jamais penser à aller rendre visite à ses parents. « La seule fois où je suis allée chez mes parents  raconter ce que je vis, on a tout rapporté à mon mari qui m’a bastonnée ».

Pendant ce temps, Fabiola continue à croire à ce terrible adage burundais « Nikozubakwa ». Du reste, sa situation ne fait qu’empirer. Apres une heure de discussion, sans que l’on sache pourquoi, son sourire est revenu, peut-être pour cacher ce lourd fardeau qu’elle doit porter seule. Un au revoir rapidement échangé, et Fabiola est vite retournée à ses tourments.

 

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