article comment count is: 3

Les Burundais et la sexualité : l’omerta ne peut plus durer

Impudique, immorale, des qualificatifs tous azimuts pour qualifier cette personne qui ose parler de la sexualité en public. Pourtant, le nombre de grossesses, y compris celles non-désirées, ne fléchit pas. Quelle est donc cette autre machine qui fabrique tous ces enfants si ce n’est le sexe ? Coup de gueule. 

Pour la petite histoire…

Il y a quelques jours, j’étais dans une formation sur l’écriture sensible au genre. Le formateur, un homme, la cinquantaine, nous a demandé de former des groupes de quatre et de trouver des sujets de reportages. Chose vite faite. Sur les quatre sujets proposés, un parlait de sexualité. Ou pour être plus précis, du plaisir féminin dans un couple. Une question que nous estimions déjà sensible mais qui valait la peine d’être abordée. Du moins, pour nous autres qui estimions que la sexualité fait partie de la vie. Pour nous autres qui pensions que le plaisir féminin dans un mariage compte pour éviter toute frustration dans le mariage. 

Une femme frustrée, ne va-t-elle pas déverser toute sa colère sur les domestiques ? Les collègues ? La femme qui n’est pas heureuse dans son foyer n’est-elle pas une bombe à retardement dans la société vu ses responsabilités au sein du foyer, de l’entourage et par extension au sein de son pays ? Du moins, c’est ce genre de questions que nous nous posions pendant le brainstorming.

Ni sérieux ni intellectuel ?

Quand j’ai prononcé le sujet, j’ai eu droit à un tonnerre d’applaudissements de la part de mes collègues. Sauf que le Monsieur, formateur du jour n’a pas permis que le sujet qu’il qualifiait de « Kamasutra » soit traité. Quelques minutes après l’approbation et l’appréciation du sujet par mes collègues, j’ai regretté ma proposition. Je me suis sentie humiliée. J’en ai voulu à mon équipe. « Pourquoi avons-nous eu cette idée ? Pourquoi c’est moi qui ai présenté ? »

Après avoir fini de nous traiter de tous les noms, le monsieur ne nous a même pas donné le temps de défendre le sujet. « Ce n’est pas digne de personnes sérieuses, intellectuelles », va-t-il trancher sans autre forme de procès.

Et pourtant…

Ne pas traiter ces sujets sur la sexualité paraît si normal par temps cléments. Ignorer les questions à répétition d’un enfant ayant appris des « choses » sur la sexualité par l’intermédiaire de ses amis, la moitié des parents ici l’ont déjà fait. C’est aussi facile de détourner le regard lorsqu’une publicité explicite vous saute aux yeux. Ou encore, aller prendre un verre d’eau ou une bière à la véranda pour éviter de tomber sur ses enfants en train de mater des scènes explicites des telenovelas pendant le week-end.

Ce n’est pas moi qui vous convaincrai mais les chiffres des grossesses précoces , la croissance de la population en mode alerte , les chiffres des enfants de la rue qui gonflent du jour au lendemain sont des preuves tangibles que le sexe ne devrait pas être traité comme une chose vulgaire, répugnante, un non-dit, quoi. D’ailleurs, ne dit-on pas que l’on ne peut pas taire ce que l’on ne peut pas ignorer ?

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (3)

  1. Yaga de juin 2019 titrait avec justesse « la croissance démographique au Burundi : une « bombe » qu’il faut (vite) désamorcer ». Que chacun se pose la question : comment allons-nous la désamorcer si nous sommes incapables de surmonter cette peur ancestrale de parler du sexe, cet élément central de reproduction ?

  2. Notre société dans la région est très hypocrite. Depuis la nuit des temps, quand on analyse nos mythes fondateurs, on y trouve des sujets autour de la sexualité et des comportements incestueux d’ailleurs qui se pratiquent jusqu’à date. Notre litterature orale est riche dans ce sens. Les bergers peuvent témoigner. La polygamie, le viol, la pédophilie, le LGBT, la polyandrie… On trouve de tout dans nos sociétés en Afrique du centrales. Que dire de kukazanurha, de kunyarha …