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Pourquoi le phénomène des « enfants de la rue » perdure-t-il ?

Alors que le gouvernement burundais tente depuis plusieurs mois la réinsertion des enfants en situation de rue dans leurs familles, force est de constater que  le problème reste posé dans plusieurs villes. Ce phénomène persiste. Mais pourquoi ?

Au Burundi, selon les chiffres de Bibliothèques Sans Frontières, 5 000 enfants sont en situation de rue. Retenez bien « en situation de rue » car le phénomène est un peu complexe qu’il ne le paraît. 

Pour Wenceslas Nyabenda, directeur technique de l’association Giriyuja et ancien enfant de la rue, « il faut bien distinguer enfants dans la rue et enfants de la rue ». Les premiers ont une famille, souvent nombreuse, et rentrent chez eux chaque soir. Beaucoup n’ont pas la chance d’aller à l’école, car, bien qu’elle soit gratuite, les fournitures scolaires et l’uniforme ne le sont pas. Ils passent alors leur journée dehors, travaillent parfois pour ramener à manger la nuit tombée. D’où l’importance également de sensibiliser et d’accompagner les familles vers des activités génératrices de revenus. Quant aux « enfants de la rue », certains y sont nés. Ils y grandissent, mendient, volent ou trafiquent. Pour eux, la rue n’est pas une étape, elle est une carrière. Ils vivent dans le présent car demain appartient à Dieu.

Une distinction que ne réfute pas David Ningaza, activiste des droits de l’enfant. Et pour lui, ce phénomène est la conséquence de plusieurs facteurs. Il s’agit pour la plupart des enfants orphelins, des enfants victimes de l’irresponsabilité de leurs parents ou de leur tutelle ou tout simplement victime de la pauvreté de leur famille. C’est aussi des enfants confrontés aux problèmes de pauvreté de leur famille.

La réinsertion et son « échec »

Depuis plusieurs mois, les pouvoirs publics ont entrepris une campagne de sortir de la rue ces enfants qui y ont érigé domicile. Mais le fait est que rien n’y fait. Le phénomène persiste.  Car « chasser le naturel, il revient au galop », pourraient dire certains. 

Le ministre des Affaires sociales, des droits de la personne humaine et du genre en charge de la question le reconnaît d’ailleurs : « Le Gouvernement avait voulu résoudre le problème des enfants en situation de rue mais en vain d’autant plus que la quasi-totalité de ces enfants sont revenus dans les rues dans certains quartiers comme Buterere, Kamenge et Kinama ». Opportun donc de se pencher sur le nœud du problème. 

Où est-ce qui coince alors ?

« L’initiative de réinsertion en soit était salutaire. Et les associations travaillant dans le domaine de l’enfance avaient été associées », reconnaît David Ningaza. Mais, regrette-t-il, pour réussir le pari, certaines conditions n’ont pas été remplies. D’abord, note-t-il, il s’est posé le défi  de la post-réinsertion sociale. Dit concrètement, l’après-réinsertion de ces enfants dans leurs familles n’a pas été pensée. Car, remarque-t-il, il ne suffit pas de déloger ces enfants de la rue. Mais des mesures d’accompagnement doivent être prises. Et cela doit impliquer les collectivités locales, elles qui accueillent ces enfants. 

Qui plus est, ajoute Ningaza, il s’est posé le manque de suivi (ou de suivi-évaluation) de ce programme de réinsertion ou de post-réinsertion ainsi que des moyens de cette réinsertion qui n’ont pas été disponibilisés.

Pour réussir le pari, cet activiste propose l’allocation de moyens conséquents ainsi que l’implication de toutes les parties prenantes, du sommet à la base.  En même temps qu’il faut mener le combat sur le front de la pauvreté, l’autre cause de ce phénomène. 

 

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