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Traumatismes psychologiques : ces signes qui ne trompent pas

Appelé traumatisme psychique, le traumatisme psychologique est une émotion intense et persistante causée par un incident troublant sur l’organisme humain. Bien que courant, au Burundi, il est plutôt ignoré et sous-estimé.

« Reka sha kwigira  umuzungu » (Arrête de faire ton blanc Ndlr). Fréquente est cette remarque lorsqu’on parle des troubles de santé mentale. Combien de fois avons-nous pensé à ça face à une personne en proie à un trouble mental ? Combien de « noirs » avons-nous jugé de « blanc » en les voyant confier leurs peurs et traumatismes dans une émission télé ? Avec le temps, cette maladie est devenue un luxe pour blancs que les noirs ne peuvent se permettre. La peur ronge et le silence   gagne là où se confier auraient été un remède. Plus tabou que le sexe, la culture ne contribue-t-elle pas à ce silence qui nous tue à petit feu ? Car, quoi que nous puissions croire, le traumatisme psychologique quand il est présent il ne se refoule pas. 

Pascasie, mère de 3 enfants raconte l’expérience qui l’a marquée : « Un jour, il y a  eu un cambriolage au bureau postal là où mon mari travaille. La police faisant son travail, elle est venue à l’aube pour effectuer une fouille chez nous. Mes enfants étaient encore très petits pour comprendre ce qu’ils appelaient « pagaille ». Ils étaient là à surveiller tous les gestes des policiers. Après la fouille, ils ont alors emmené brutalement mon mari. Je me suis retrouvée en train de pleurer devant les enfants qui sont plutôt restés bouches cousues. Mon mari n’est plus jamais revenu. » 

Au cours des semaines, leur comportement a commencé à changer petit à petit. Le plus jeune a eu une anorexie qu’il n’avait jamais eue auparavant. Tantôt, il refuse carrément de communiquer tantôt il parle de son papa tout le temps voire même promettre des choses qu’il accomplira quand son papa sera là, il a donc une forte sensibilité à son père. Quant à sa grande sœur, elle a développé une phobie des policiers, chaque fois qu’elle les voit elle se sent menacée. Aujourd’hui, elle ne veut pas entendre parler du retour de son père car elle a l’impression que s’il revenait, ils vont revivre le calvaire. Comprenez donc qu’il ne faut absolument pas parler de papa à la maison.

Pascasie ajoute qu’au début elle voulait les punir comme remède mais aujourd’hui elle aussi se sent apeurée et impuissante.

Des signes et des symptômes éloquents 

Nous sommes souvent confrontés à des situations traumatisantes sans qu’on s’en rende compte et nous nous retrouvons à nous battre seul par peur d’être jugé, ridiculisé ou que l’on prenne notre réaction comme du snobisme. Parce qu’à cause de notre société, de notre culture, nous avons appris à souffrir en silence. Mais devrions-nous ? Bien sûr que non. Et puisque reconnaître sa maladie est un pas vers la guérison, parlons de ces signes.

Selon Alexis Niyibigira, psychologue et coordinateur au sein de l’association Trauma Healing and Reconciliation Services, THARS en sigle, il y a trois principaux types de symptômes d’un traumatisme non traité : d’abord une reviviscence. Celle-ci est caractérisée par le retour d’images et de pensées que la personne traumatisée essaie d’éviter, des cauchemars et hallucinations, une anxiété, un sentiment d’angoisse lorsque cette dernière se rappelle de ce qui lui est arrivé, la perte d’énergie et de motivation, l’incapacité à prendre une décision ainsi que celle de se souvenir de quelque chose. 

Il y  a ensuite les sentiments d’évitement qui sont, entre autres, la régression, le repli sur soi-même, l’isolement total en vue d’éviter les gens, les faits et les discussions lui rappelant ce qu’elle a vécu.  Ainsi, la personne éprouve du dégoût de tout.

Enfin, il y a l’hypervigilance. La personne en hypervigilance anticipe constamment le danger en guettant les moindres détails susceptibles d’indiquer le danger. Elle imagine le pire et s’y prépare. Elle est toujours en alerte et est prête à réagir. De plus, elle a une colère excessive, l’insomnie, l’anorexie, elle a l’impression que les autres ne sont que des traîtres et a des pensées qui divisent.

Un traitement existe… 

En plus de ces trois principaux types de symptômes, il y a également une dépression persistante, une méfiance toujours éveillée, des lamentations excessives, des pensées suicidaires et la déshumanisation de l’autre.

Le traumatisme psychologique tant qu’il est identifié est traitable. Il faut tout d’abord oser reconnaître qu’il existe puis oser en parler, participer à des activités collectives, faire du sport ou des groupes de paroles…c’est utile et efficace.

L’obstacle majeur reste ce dénie de vulnérabilité face aux différents traumatismes. Tant qu’il reste une maladie de « luxe », des « muzungu » dans nos mentalités, quand y ferions-nous face? Et pourtant, de par ces symptômes, il est clair que le  mal être psychologique ne fait aucune différence entre les races et couleurs de peau. 

 

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