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Redynamisation de la filière café : ce qu’il ne faut pas ignorer

Au moment où le pays traverse une crise économique profonde, les hautes autorités du pays réfléchissent sur des solutions plausibles pour faire face au problème de tarissement des devises qui asphyxie l’économie du pays et enfonce le bas peuple dans la pauvreté.  Parmi les voies envisagées, la redynamisation de la filière café, une culture d’exportation dont la production n’a cessé de chuter durant des années. Le point sur quelques pistes de solutions.

A l’issue de sa réunion du comité central qui s’est tenue en avril à Ngozi, le parti au pouvoir, CNDD-FDD a édicté quelques lignes directrices pour mener le Burundi vers la vision d’un pays émergent en 2040 et développé en 2060. Presque tous les domaines de la vie du pays ont été passés en revue, définissant ainsi ce qui va guider l’action gouvernementale. 

Pour booster le développement économique du pays et faire face au tarissement des devises, le CNDD FDD veut entre autres miser sur le développement des cultures d’exportations, en l’occurrence le café. 45 mille tonnes est la quantité de café projetée d’ici 4 ans. 

Si la volonté d’augmenter la production est là, exporter 45 mille tonnes d’ici 4 ans semble irréaliste vu la quantité de café produite ces dernières années. Les données de la Banque Centrale montrent une évolution en dents de scie. La production du café vert était respectivement de 25 mille tonnes, 8 mille tonnes, 13 mille tonnes, 6 mille tonnes et 17 mille tonnes pour 2018, 2019, 2020, 2021 et 2022. Toutefois, cette production a sensiblement chuté comparativement aux années antérieures. Elle était de plus de 45 mille tonnes en 1994.

Des mesures fortes s’imposent

Pour augmenter la production du café, comme pour toute autre culture d’exportation, le gouvernement doit suivre de près toute la chaîne de valeur et résoudre un certain nombre de défis qui ont causé la régression du secteur. Et cela devra passer par une rémunération plus juste des caféiculteurs. Ces derniers se sont désintéressés de cette culture au fil des années au profit des cultures vivrières. 

D’une part, suite aux prix dérisoires qui ne correspondent pas à la réalité du moment. Il n’y a pas deux ans, le prix au producteur pour le café cerise était de moins de 800 BIF. Pour la campagne de cette année, il est fixé à 1380 BIF. Ce prix est très bas comparé aux prix actuels des produits de première nécessité. 

Tenez. Un producteur doit vendre plus de deux kg de café cerise A pour s’acheter un kg de haricot ou de maïs. Un kg de haricot coûte actuellement plus de 3500 BIF. Au lieu de s’accrocher au caféier dont l’entretien (la taille, le paillage, etc.) coûte énormément, les agriculteurs se sont tournés vers la production de cultures vivrières qui se fait dans certains cas deux fois l’année. Ce prix dérisoire du café est également à l’origine de la vente illégale du café par les caféiculteurs vers les pays limitrophes où les prix seraient meilleurs

D’autres part, des réformes à tâtons ont eu une influence négative sur la production du café, un secteur qui a connu beaucoup de mutations. Introduite au Burundi dans les années 1920, la filière café est passée de 100% privée, mixte puis nationale en 1980. L’Etat s’est ensuite désengagé de cette filière après 1990. Cette libéralisation de la filière est intervenue dans le but d’augmenter la production et les revenus pour les caféiculteurs, comme l’a signalé en 2022, Emmanuel Niyungeko, ancien directeur général de l’Office Burundais pour le Développement du Café (ODECA). Toutefois, cette privatisation n’a pas donné les résultats escomptés. Des problèmes majeurs se sont observés notamment le retard ou le non-paiement des caféiculteurs, l’absence des structures d’encadrement rapproché des caféiculteurs, une absence de transparence du cadre légal, etc. Le caféiculteur, laissé pour compte, s’est donc tourné vers d’autres cultures. D’où le réengagement de l’Etat dans ce secteur en 2020.

La transparence, une condition sine qua non

Le manque d’intrants est un autre défi que l’usinier et exportateur du café Dieudonné Ngowembona associe à la diminution de la production du café.  Dans le journal Iwacu, cet ancien ministre des finances a expliqué qu’un caféier non entretenu peut donner 1 kg de café alors que celui qui est bien entretenu pourrait donner 10 kg de café. Cela veut dire qu’un producteur dont le caféier est bien entretenu peut gagner 13 000 BIF là où celui dont le café n’est pas entretenu ne gagne que 1300 BIF. D’où la proposition de rendre disponible les intrants agricoles à temps et à bas prix. 

L’Etat doit aussi exploiter et étendre les champs de cultures du café qui se sont rétrécis suite à l’envahissement des constructions mais aussi par des cultures de subsistance suite à la pression démographique. 

Outre la hausse de la production, la transparence est une condition sine qua non dans la gestion des cultures d’exportation. Suivre de près le circuit de vente du café et le rapatriement des devises est un point important. 

A en croire le Chef de l’Etat, le pays enregistre une perte de 47 millions de dollars américains chaque année. Ce n’est pas tout. En 2018, seuls 47 millions de dollars américains ont été rapatriés à la BRB sur 70 millions. Sont-elles là les raisons qui ont poussé le président de la République à remplacer l’équipe à la tête de l’ODECA ? Peut-être.

En tout cas, lors d’un point de presse tenu le 15 mai 2024, Ir Prosper Dodiko, ministre en charge de l’agriculture a fait du  suivi rigoureux des stations de dépulpage-lavage et des usines démarchage un cap important pour la nouvelle équipe dirigeante de l’ODECA.

 

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