Entre tradition et modernité, les médias burundais évoluent à grande vitesse. De la presse écrite aux plateformes numériques, en passant par la radio et la TV, les habitudes de consommation de l’information évoluent. Tour d’horizon d’un secteur en pleine mutation.
La liberté d’opinion, qui va de pair avec la liberté de la presse est officiellement reconnue au Burundi. Selon Athanase Ntiyanogeye repris par Marie-Fère Soleil dans l’ouvrage Afrique Central, médias et conflits, vecteurs de guerre ou acteurs paix, le premier journal burundais est Rusiziramarembe, ancêtre de journal Ndongozi. Son tout 1er numéro est paru en 1 940. Depuis, le paysage médiatique du pays n’a cessé de se transformer. D’après le répertoire des organes de presse et des organisations œuvrant avec des médias au Burundi (en activité jusqu’au 06 mai 2024), le Burundi connaissait 18 télévisions, 33 radios d’envergure nationale et 27 radios communautaires. Puis, on a 39 agences de presse, 35 organes de presse et 64 sites internet, sans parler des agences de communication. D’abord dominé par la presse écrite, le paysage médiatique s’est rapidement élargi avec l’arrivée de la radio, puis de la télévision en 1984. Mais, comment se présente le paysage médiatique burundais ?
Un petit coup d’œil dans le rétroviseur
En 1993, avec l’assassinat du président Melchior Ndadaye, on assiste à une floraison de médias souvent politiquement motivés. Les journaux comme L’Indépendant, Aube de la démocratie, le Pélican, Nyabusorongo, etc., au lieu de se limiter à leur rôle d’informer, de former et de divertir ont dévié de leur mission pour se mettre d’un côté ou de l’autre des parties en conflit. Les chercheurs, dont Marie-Frère Soleil ont collé à certains médias burundais l’étiquette peu flatteuse de médias de la haine importée du Rwanda après le génocide.
Le véritable tournant s’opère au début des années 2000 avec l’ouverture de l’audiovisuel aux privés, marquée par l’apparition de la radio CCIB FM+. Plus tard naitront la Radio-Culture, Umwizero FM (actuelle Bonesha FM), Isanganiro, RPA, la liste est longue. L’essor des technologies de l’information et de la communication (TIC) a ensuite bouleversé les usages, donnant naissance à une nouvelle ère médiatique, portée par le numérique. Mais concrètement, où s’informent les Burundais ?
Les médias traditionnels toujours en tête
Une étude commandée en 2021 par la délégation de l’Union européenne au Burundi et réalisée par la société Immar révèle que la radio reste le média dominant, avec un taux de pénétration annuel de 89 %. Chaque jour, 37 % des Burundais âgés de 15 ans et plus écoutent la radio. La RTNB arrive largement en tête des stations les plus écoutées (71 %), suivie de Radio Maria (41 %) et de Radio Isanganiro (40 %).
Côté télévision, 60 % de la population y a accès (taux de pénétration annuel), mais seuls 13 % des Burundais la regardent quotidiennement. La RTNB est à nouveau en tête avec 56 % de parts d’audience, suivie par Canal+ Sport et France 24 (20 % chacune), TV Rwanda (12 %) et Rema TV (12 %).
La presse écrite, quant à elle, n’est pas très prisée : son taux de pénétration annuel s’élève à 21 %, mais seuls 0,4 % des adultes lisent un journal papier chaque jour.
Les titres les plus lus sont Le Renouveau (14 %), Ndongozi y’Uburundi (13 %), Iwacu Hebdo (10 %), Ubumwe (8 %), Burundi Eco (6 %), etc.
Le numérique gagne petit à petit ses lettres de noblesse
La presse en ligne gagne peu à peu du terrain, avec une pénétration annuelle estimée à 11 %. En moyenne, 3 % des Burundais consultent régulièrement des médias numériques.
Parmi les plateformes les plus consultées figurent Yaga (9 %), Jimbere (7 %), Iwacu (6 %), France 24 (4 %) et Burundi Eco (3 %).
Réseaux sociaux, le fleuron de la presse en ligne
Un tiers des Burundais se connectent chaque année à Internet, selon l’étude déjà citée et la majorité utilise les réseaux sociaux pour s’informer. Facebook est le réseau le plus populaire (31 %), représentant à lui seul 93 % des utilisateurs. Il est suivi de WhatsApp (28 %), YouTube (19 %) et Twitter (11 %).
Toutefois, en termes de fréquentation quotidienne, WhatsApp arrive en tête (22 %), suivi de Facebook (17 %), YouTube (5 %), et Twitter (1 %).
Quels médias dominent les plateformes sociales ?
Sur Facebook, les contenus audiovisuels les plus suivis sont produits par :
Mashariki TV (7,3 %),
Jimbere (2,8 %),
Akeza.net (2,3 %),
Yaga (2,3 %),
Isanganiro TV (2,2 %).
Sur WhatsApp, les plus populaires sont :
Humura TV (1,9 %),
Kanguka (1,6 %),
Mashariki TV (1,0 %),
Radio RPA (0,8 %),
TV Isanganiro (0,7 %).
Sur YouTube, Mashariki TV reste en tête (2,4 %), suivi par France 24 (1,2 %), BETV (1,1 %), TV Isanganiro (0,8 %) et Iwacu Top TV (0,6 %).
Une transition à surveiller
Le paysage médiatique burundais reste dominé par les médias traditionnels, mais l’émergence des supports numériques rebat progressivement les cartes. La montée en puissance des réseaux sociaux et des plateformes en ligne ouvre de nouvelles perspectives, mais pose aussi des défis en termes de régulation, de fiabilité de l’information et d’accès pour tous.
L’avenir du journalisme burundais dépendra sans doute de sa capacité à conjuguer héritage et innovation.
