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Nkurunziza et le « Belated Happy Birthday » du CNC à Iwacu

Comme tous les vendredis, à 9 heures tapantes, les gratteurs de papier de Yaga se sont réunis pour échanger à bâtons rompus sur ce qui a fait l’actualité du « pays du lait et du miel ». Impossible de rater ça pour une rédaction qui se respecte. L’anniversaire de la mort du président Pierre Nkurunziza a occupé une grande partie de la réunion de rédaction Yaga. Que dire qui n’a pas été dit sur celui qui a désormais acquis le statut du « Guide suprême et éternel » ? Et la correspondance du CNC à Iwacu âgé de 16 ans ?

Il a traversé nos vies, que dis-je ?, celle de toute la nation burundaise comme un funambule. Il s’en est allé, nous sommes restés. Sa conquête du pouvoir, sa façon de gouverner, son amour immodéré pour le sport, ses phrases incisives, mettons tout cela de côté pour juste dire que c’était juste un homme avec ses qualités et ses défauts. Mais que dire sur Nkurunziza qui n’a pas encore été dite ? C’est cette question, proche de la quadrature d’un cercle à laquelle le gotha de Yaga a essayé de répondre dans la réunion de ce vendredi.

Que dire quand la RTNB vient de diffuser, presque en continu (j’exagère un peu) le contenu sur ce sujet ? Certains collègues se sont étonnés qu’on n’ait pas pu anticiper. Sauf que le grand chef avait tout anticipé, mais qu’il n’avait pas pu trouver un bon angle pour aborder le sujet. Revenir sur les grandes décisions que feu président Nkurunziza a prises et qui ont transformé la société ? Oui, la gratuité des soins pour les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Oui, il a augmenté de 34 pour cent le salaire des fonctionnaires. Oui, il a impulsé la construction des stades dans les provinces, oui, oui, oui et oui il a fait des choses. Mais Yaga, comme les autres médias en ont parlé, et un collègue a tenu, mordicus, à ce qu’on parle des bonnes réalisations. Sauf qu’un collègue qui s’était apparemment levé du mauvais pied a glissé malicieusement un petit « Et alors ? » Et de nous rappeler que les gens ont l’habitude que Yaga traite de deux personnalités quand il s’agit de leurs anniversaires : Melchior Ndadaye et Rwagasore. « Si on parle de feu président Nkurunziza, devra-t-on également parler de Buyoya, de Bagaza, etc ? ».

Iwacu et nous

Une douzaine de paires d’yeux se sont tournées vers l’intervenant qui, pour faire bonne figure, a accepté qu’on traite le sujet par après. L’auteur de ces lignes qui se terrait dans un coin avec un air intrigué, a levé le doigt pour souligner un petit point : « Ce n’est quand même pas un non-événement la mort d’un président en fonction ». Le collègue barbu a opiné et a accepté qu’on produise quelques contenus à ce sujet. Mais comment, sans tomber dans le piège du militantisme qui animera plus d’un, ce jour-là ? All the question is here.

Une heure à palabrer, à s’invectiver et à s’écharper, l’auguste assemblée a pu enfin passer à un autre sujet. On croyait être au bout de nos peines, sauf que l’autre sujet a créé autant de polémiques que le précédent. Iwacu indexé par le CNC qui le soupçonne de manquements dans le traitement des informations ?

Me sentant poussé des ailes, parce que soi-disant le plus ancien de cette bande de jeunots, j’essaie de donner un ton solennel à mes propos : « Iwacu, les gars, c’est le gardien du temple de la liberté de presse. C’est l’un des rares journaux indépendants qui nous restent. Il faut qu’on en parle ». Des questions se sont quand même posées par rapport à la correspondance du CNC. D’abord, la lettre n’était pas datée, ce qui a poussé certains autres collègues à s’interroger sur son authenticité. Mais après une brève vérification, on a compris que c’était une vraie. Traitement tendancieux et diffamatoire de l’information ? Iwacu ? À l’approche des échéances électorales ? Ce n’est pas bon signe quand le CNC hausse le ton de cette manière. Et puis, en ce qui concerne les 3 articles incriminés, si on a bien vu, deux d’entre eux sont des interviews où, par essence, on laisse l’interviewé donner son point de vue librement sur une situation donnée. À la limite, nous aurions compris si c’est la personne interviewée qui avait été mise en cause, fortiori si elle est experte hautement qualifiée dans son domaine et qu’en plus, elle est majeure et vaccinée.

Mais, bon. Le vin est tiré ; par et pour qui ? Efforçons-nous à voir les choses d’une autre manière. Supposons que le CNC avait envisagé étendre ses souhaits d’un joyeux anniversaire pour les 16 ans d’Iwacu et que le secrétariat, involontairement, a enfilé une mauvaise vieille carte. Et là, « woba ari umuganda uguye ibere » ; expression tant adorée d’un collègue. J’en profite aussi pour glisser un « Happy Belated Birthday, Dear Iwacu ! » Que de la longévité !

 

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