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Burundi : l’info est morte, vive l’intox !

Comme tous les vendredis, à 9h heures tapantes, les gratteurs de papier de Yaga se sont réunis pour échanger à bâtons rompus sur ce qui a fait l’actualité au pays de lait et de miel. En ces temps où la patrie s’achemine vers de grands rendez-vous avec son histoire, l’information (la vraie) est une denrée aussi vitale que la sécurité, la santé publique, l’éducation, etc. Actuellement, il y a moyen de s’interroger sur le flot d’informations distillées par les faiseurs d’opinions. ‘’Imipanga’’, ‘’abahabara’’, le ‘’bon samaritain’’ Sosumo qui va nous fabriquer des liqueurs et produire de l’électricité, … Est-ce un écran de fumée pour détourner les citoyens des vrais enjeux ? Le débat a été houleux à Yaga. 

Au grand étonnement de l’assemblée, la séance a débuté par une information qui a plutôt fait unanimité : les inondations qui ont gâché le Reid el-Fitr des musulmans. Bujumbura s’est réveillé avec une gueule de bois mercredi dernier. Les quartiers de Kibenga-Lac, Buterere ont vécu le déluge. Un blogueur présent à la réunion a raconté : « On s’était convenu avec un ami musulman de Buterere qu’on allait ‘’kufinya pilau’’ (manger du riz ‘’pilau’’) ensemble. Très tôt le matin, en détresse, il m’a appelé pour me dire que tout le quartier était sous l’eau, que c’était mort pour le ‘’pilau’’. Il m’a envoyé une vidéo de sa maison sous l’eau et des rues adjacentes, c’était terrible ! ». Ajouter à cela ce que vit Gatumba, sans oublier les débordements du lac Tanganyika, tout le monde a été unanime à dire qu’il faut agir vite et maintenant. Mais comment, nous espérons y revenir prochainement.

Intox à l’approche des échéances électorales 

Info ou intox ?, se sont interrogés ceux qui étaient présents à la réunion. Un collègue s’est même interrogé sur la nécessité d’en discuter. Les internautes s’en sont gavés : des machettes auraient été distribuées aux jeunes du parti au pouvoir. L’incrédulité est telle qu’on s’est posé les questions fondamentales par rapport à cette information jetée en pâture sur la toile. Des machettes, pourquoi maintenant ? Un des collègues voulait qu’on zappe purement et simplement cette info. Mais lui aussi a fini par se poser des questions. « Qui a intérêt à distribuer des machettes maintenant ? Et puis, la machette n’est pas exclusivement pour tuer les gens. Elle peut aussi être utilisée pour des travaux champêtres. Et puis quoi encore ? Il y a d’autres moyens faciles pour tuer rapidement avec moins d’efforts ». 

Selon ce collègue, c’est une intox distillée à dessein. Et de demander à l’auteur de ces lignes s’il croit sérieusement à cette info sortie de nulle part. « En d’autres temps, ce bruit a couru. Un politicien, à qui on posait la question, a répondu : « None tuzobandanya dukoresha imipanga n’ubu twaronse inkoho ? » (Allons-nous continuer à utiliser les machettes même maintenant qu’on a des fusils ?, Ndlr) Cyniquement, il soulignait le préjugé que véhicule cet intox. De la diversion, un écran de fumée, estiment les collègues, qui se demandent si l’auteur de cette information n’aurait pas mieux fait de donner les preuves de ce qu’il avance.  

Dans la foulée, parmi les nouvelles qui ont fait l’actualité récente de la semaine, la chasse aux ‘’bahabara’’ (les concubines) qui bat son plein dans certaines provinces du pays, a aussi retenu des participants à la réunion. On vous en avait parlé, résoudre les problèmes causés par des phénomènes sociaux, demande de la prudence, du doigté. Il ne faut pas amener une solution qui soit pire que le problème posé. Cependant, au-delà de ces considérations méthodologiques concernant la manière de bien faire la chose, pourquoi maintenant ?

Entre temps, la Sosumo a aussi trouvé une manière de faire parler d’elle. Malgré les difficultés qu’elle connaît et qui l’empêchent de s’acquitter de sa mission première, à savoir produire du sucre en quantité suffisante pour couvrir au moins les besoins internes du pays, elle a annoncé qu’elle allait fabriquer des liqueurs et de l’électricité. A la limite, on pourrait comprendre son souci par rapport à la problématique des coupures incessantes d’électricité. Mais les liqueurs ! On a déjà des soucis avec Karibu, Kick, la liste est très longue. Merci quand même Sosumo de penser à nous, mais priorité au sucre. Le gosier, on s’en occupe nous-mêmes !

Lire entre les lignes… 

A l’heure d’Internet et des nouvelles technologies de l’information, le problème n’est plus le manque d’informations, mais plutôt le trop d’informations facilement accessibles. L’enjeu crucial est de savoir faire le tri entre la vraie et la fausse information, mais pas que ça. Des stratagèmes existent pour maintenir les consommateurs d’information mal informés, sous informés ou tout simplement désinformés. Et il y a des conséquences ! C’est facile pour un média de tomber dans l’anecdotique, le folklore, le divertissement outrancier. Cela revient presque à créer un écran de fumée pour orienter ou canaliser leur attention. Fait à dessein, cela équivaut à détourner les citoyens des vrais enjeux auxquels le pays fait face. 

Actuellement, ces enjeux sont les échéances électorales qui approchent à grands pas, la crise économique dans laquelle le pays s’enlise, la démographie galopante, l’environnement qui se dégrade et ses conséquences, etc. Les médias ne rendent pas service au citoyen, s’il ne lui en parle pas suffisamment. 

Justement, par rapport aux échéances électorales, un autre collègue a souligné le fait qu’au fur et à mesure qu’elles approcheront, les infox où les informations de moindres importances, voire des opérations de désinformations, se multiplieront. A ce propos, Jean François Revel, un collègue de Jeune Afrique a écrit en 2016 : « La civilisation démocratique est entièrement fondée sur l’exactitude de l’information. Si le citoyen n’est pas correctement informé, le vote ne veut rien dire ». 

Chers lecteurs, je vous laisse méditer sur cette réflexion, en espérant vous retrouver la semaine prochaine.

 

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