article comment count is: 1

Entrepreneuriat des jeunes : un manchot

On ne compte plus les rencontres entre le président de la République et les jeunes entrepreneurs. Derrière les beaux discours, un parent pauvre : la formation d’une main d’œuvre de qualité.

Le 14 septembre 1998, le pape Jean Paul 2 publiait l’encyclique Fides et ratio définissant les relations entre la foi et la raison. Son incipit stipule que « la foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité ». Une posture pertinente d’autant plus qu’une foi sans raison mènerait à la bigoterie et une raison qui n’est pas amie avec la foi comme dirait Benoit 16 déboucherait sur un relativisme obtus.

Pourquoi ce truchement par le Vatican ? Ce haut lieu du dogme parvient à accepter un mutualisme entre deux variables qui ne vont pas l’un sans l’autre malgré un truisme qui militerait pour le primat écrasant de la foi.

Trêve de vaticaneries. Retour sur Buja et voyons quelles leçons nous pouvons en tirer. Ce 10 février, le président Ndayishimiye rencontrait le gotha des jeunes entrepreneurs. Comme à l’accoutumée, dans ce genre de grand-messes, les forges d’hashtag n’ont pas chômé. La dernière trouvaille : InkerebutsiDay. Trop forts, ceux-là !

Sans vouloir manquer de respect à ces vénérables nkerebutsi aux idées autant brillantes qu’innovantes, la plupart parmi ceux que nous vendent les communicants à l’éloge facile sont encore loin, voire très loin des épopées qui leur sont attribuées.

Mais, pour paraphraser Confucius, le plus grand périple commence par un petit pas. Mon grand-père Ribakare a dû répéter maintes fois la sagesse rundi : « Data na mama, izo zibika zari amagi ». Avec raison.

Une aile bat de l’aile

La doxa actuelle autour de ces jeunes pouces très en vue privilégie une hagiographie autour de leurs actions. Portées par des jeunes sans sous, ce sont souvent des affaires familiales ou associés à quelques amis, à l’état embryonnaire. 

Pour pouvoir décoller, les jeunes entreprises doivent impérativement avoir une main d’œuvre performante pour implémenter leurs projets.

C’est là où le bât blesse. Pour revenir à l’image de Fides et ratio, les entrepreneurs ont besoin de cette aile pour décoller. Une aile assez forte et outillée pour voler haut et résister aux turbulences de la concurrence.

Dans ces galas entre entrepreneurs, ces derniers rivalisent d’éloquence pour pitcher leurs projets. Les médias en font leurs choux gras. Les ONGs brandissent en trophées deux ou trois réalisations d’un jeune qu’elles soutiennent.

Rares sont cependant des journées de grande envergure où l’on discute de la qualité de notre système scolaire qui, somme toute, reste un vivier à main d’œuvre. Nul doute que pour conquérir le marché local ou international il faut absolument des employés bien formés. Gasape ne fera le poids face aux géants de son domaine qu’entouré de bons ingénieurs. La dauphine de la miss Burundi aura besoin d’une tapée de biologistes, des marketeurs et que sais-je encore pour faire de son poisson une denrée internationale.

Never sans l’école

Les Zuckerberg et autres Musk ne font pas marcher leurs boites avec des gens qui ont roulé leurs bosses dans des écoles qu’un de mes anciens professeurs à l’université du Burundi qualifie de « Nararumbaraye ». Entendez des établissements vétustes, sous-équipées, sans bibliothèque, sans laboratoires, sans le moindre ordinateur, etc. Dieu sait combien il y en a au Burundi.

Les autorités disent avoir instauré des facultés stratégiques. C’est de là où devraient ressortir les grands ingénieurs de demain. Ceux-là qui travailleraient pour ces agri-entrepreneurs pour essayer de dompter la nature et comme ça, chaque bouche aurait de quoi manger.

Il y a quelques semaines, des ingénieurs israéliens ont réussi la prouesse de « sauver » le lac de Tibériade en drainant des eaux de la Méditerranée. Les agriculteurs et éleveurs jubilent. Pouvons-nous espérer de tels grands travaux des lauréats de la Faculté des sciences de l’ingénieur qui étudient dans des locaux  dans un campus Kiriri qui se trouvent  dans une déliquescence sans nom et risquent de s’écrouler ?  Des agronomes pour dompter la nature capricieuse qui peut réduire à néant le plus beau projet d’un jeune entrepreneur, ça ne tombe pas du ciel.

Sans la prétention de le déclarer Urbi et orbi, je suis de l’avis du twitto Daniel Ngabire qui, rappelant l’importance de l’éducation dans la promotion de l’entrepreneuriat, a écrit que « un développement durable aura toujours besoin d’un système éducatif fort et performant ». Sans cette aile, l’entrepreneuriat des jeunes ne serait qu’un manchon car l’entrepreneur et sa main d’œuvre performante sont les ailes du même oiseau pour utiliser l’allégorie du pape.

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion

Les commentaires récents (1)

  1. Merci de l’article qui semble éditoriale. Il ne faut pas limiter de tels articles sur internet seulement car il y’a d’aucuns qui n’y passent jamais. Et puis le français très soutenu, il nous faut des dictionnaires pour capter le minimum. Je propose de continuer de tels critiques, mais aussi pensez à rédiger même en kirundi et mettre n’importe où toute personne sachant lire puisse lire. Merci.