La récente annonce du premier ministre Dr Mwigulu Nchemba au Parlement de la République Unie de Tanzanie selon laquelle les diplômes pourraient bientôt être utilisés comme garantie pour des prêts bancaires illustre une réflexion politique audacieuse face au chômage des jeunes. Visant à transformer un actif souvent ignoré, le certificat de formation, en devient un instrument financier valorisé, permettant ainsi aux jeunes de contracter des crédits pour lancer des projets ou entreprises, même sans biens matériels à offrir en garantie. Et si le Burundi emboîtait le pas à la Tanzanie ?
La Tanzanie vient de lancer un débat qui suscite beaucoup d’attention dans la région. Il est désormais possible pour les jeunes diplômés d’utiliser leurs certificats de formation comme garantie pour accéder à un crédit bancaire. Une mesure qui, à première vue, peut sembler surprenante, mais qui révèle une réalité commune à plusieurs pays africains. Des milliers de jeunes sortent des universités, mais restent exclus du système financier faute de garanties matérielles. En Tanzanie, plus de 900 000 jeunes intègrent chaque année le marché du travail. Au Burundi, ils sont au nombre de 150 000 jeunes, selon une estimation de la banque mondiale. La grande majorité se retrouve dans le secteur informel faute d’opportunités formelles et d’accès facile aux emplois stables. Ce changement de la politique tanzanienne, une fois adoptée, au-delà de son aspect innovant, relance une question fondamentale au Burundi. Le diplôme peut-il devenir une passerelle économique au lieu de rester un simple papier conservé au tiroir ?
Et si le Burundi osait une réforme similaire ?
Avec plus de 65%, la jeunesse représente une part majeure de la population burundaise. Pourtant, cette force démographique se transforme progressivement en défi socio-économique. Les jeunes diplômés, surtout ceux des universités et des instituts techniques, rencontrent souvent une difficulté majeure, à savoir l’accès à l’emploi formel limité, tandis que les opportunités restent rares, malgré l’existence des programmes PAEEJ et BIJE en faveur de l’employabilité des jeunes. Face à cette situation, plusieurs jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat. Mais là encore, l’autre barrière concerne l’accès aux capitaux de lancement de leurs mini-businesses.
Selon Orlyne*, une jeune entrepreneure encore en quête de financement, « créer une entreprise demande des moyens. Or, la plupart des jeunes ne disposent ni de terrain, ni de maison, ni d’actifs importants à mettre en garantie. Le résultat est que même avec une idée solide, le projet reste bloqué ». Selon les témoignages de certains jeunes, accéder à ces programmes déjà cités-haut reste exigeant. Voici l’exemple de quelques exigences de cette banque.
La BIJE a-t-elle tenu toutes ses promesses ?
Le Burundi n’est pas resté passif. Le gouvernement a mis en place la Banque d’Investissement pour les Jeunes (BIJE), avec une vision claire consistant à réduire le chômage des jeunes en finançant leurs projets. La BIJE a été créée par le décret nnuméro 100/145/du 23 septembre 2019, pour soutenir l’investissement de la jeunesse, considérée comme un pilier de la croissance économique nationale. Son objectif est d’offrir aux jeunes un accès au crédit, afin qu’ils puissent lancer des activités génératrices de revenus sur tout le territoire. Elle est fonctionnelle depuis le 15 avril 2020.
Cette initiative est importante, car elle reconnaît une vérité essentielle : la lutte contre le chômage ne peut pas dépendre uniquement du recrutement dans la fonction publique. Elle doit passer aussi par la création d’entreprises et des conditions favorables à l’auto-emploi. Mais, un problème subsiste quant aux garanties. Même avec la BIJE, l’accès au crédit reste difficile pour certains jeunes. Dans la pratique, les institutions financières, même publiques, fonctionnent sur des principes de prudence. Avant de prêter, elles exigent souvent des garanties. Pour BIJE, il y a aussi les critères. C’est pour les jeunes regroupés en associations, en coopératives, ou au sein de l’entreprise de droit burundais. Ainsi, de nombreux jeunes se retrouvent dans un cercle vicieux. Ils ont besoin d’un crédit pour entreprendre, mais on leur demande une garantie. Or, ils cherchent justement ce crédit parce qu’ils n’ont pas de richesse à hypothéquer, ou un chiffre d’affaires à présenter. C’est exactement ce dilemme que la Tanzanie tente de contourner en proposant de faire du diplôme une forme de garantie.
Le modèle tanzanien, un cas d’école
En acceptant les diplômes comme garantie, la Tanzanie envoie un message politique fort. La formation devient un capital. Ce n’est pas forcément le papier en lui-même qui a une valeur financière, mais ce qu’il représente ; c’est à dire une compétence, un potentiel de productivité, une capacité de rembourser grâce au travail ou à un projet.
Dans un contexte où la jeunesse manque d’actifs matériels, cette décision revient à dire ceci : « Vous n’avez pas de terrain, mais vous avez un savoir. Nous allons vous permettre de transformer ce savoir en opportunité économique. »
Dans ce combat contre le chômage, le diplôme ne devrait plus être un symbole d’attente interminable. Il doit devenir un outil de création.
