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Dissensions au sein des partis politiques : le contraire serait étonnant

Mchezo wa ndani, nyakurization… ces mots vous sont familiers si vous suivez de près les dynamiques politiques au Burundi. Ce que vous ignorez peut-être, c’est que ce phénomène, révélateur des dissensions à l’interne des partis politique, prend de l’âge puisqu’il date des années 1960, au tout début de l’éclosion des partis politiques. Pour l’illustrer cela, retour sur les toutes premières cassures qui ont affecté le parti Uprona. 

Casablanca vs Monronvia. Ces villes vous rappellent quelque chose ? Vous vous demandez pourquoi diable nous attaquons notre papier par des capitales si lointaines ? Ne nous en tenez pas rigueur, mais permettez-nous de vous rappeler qu’au-delà d’être de simple capitales, les deux villes ont représenté un courant ou des courants qui n’ont pas été sans affecter la vie politique du Burundi en pleine crise, au lendemain de la mort de Rwagasore. 

Un peu d’histoire…

Lorsque le 27 juin 1962, la commission de tutelle des Nations-Unies décide de l’accession du Burundi à l’indépendance pour le 14 juillet 1962, c’est ce qu’écrit Aude Laroque dans sa thèse, « les réseaux de pouvoirs déjà forts complexes se divisent encore. Des factions font mains basses dans la politique burundaise : aux “astridiens” (anciens élèves du groupe scolaire d’Astrida) s’opposent les  “séminaristes” (anciens élèves du séminaire de Mugera), des cristallisations au parlement de groupes dits de Casablanca et de Monrovia, en fonction de leurs positions supposées sur l’arène internationale entre le “progressisme neutraliste” et le camp “pro-occidental”. »

Mais en réalité, les divisions s’invitent après la mort de Rwagasore et le pays connaît des divergences autour de sa succession. Pire encore, des camps se forment. Celui de Muhirwa-Bamina s’opposant à celui de Siryuyumusi-Mirerekano. Ce dernier, un temps parti et resté au Congo, il rentre avec une volonté de prendre la direction du parti, à la suite d’une promesse que Rwagasore lui aurait faite. Vrai ou faux ? Possible, d’après Evariste Ngayimpenda dans son livre, qui note tout de même l’absence de preuves matérielles pour l’attester. Et de marteler que ce natif de Muramvya avait énormément servi le parti et jouissait de l’estime de tous les militants : « Il n’est  certes pas exclu qu’André Muhirwa, de sa propre initiative et ambitions personnelles, aurait cherché à éloigner Paul Mirerekano », peut-on toujours dans le livre.  

Ainsi donc, la nomination d’André Muhirwa (Tutsi) comme successeur de Rwagasore, provoquera la déception d’une certaine partie de la population pour qui ce dernier n’était pas le plus légitime. Certains Hutu vivront son arrivée au pouvoir comme le renoncement aux principes qui avaient fondé l’Uprona.

Le conflit est donc ouvert. Il n’est plus latent. L’Uprona est en crise. Le parlement se retrouve divisé. Et des positionnements s’opèrent par rapport aux courants en vogue à l’époque au sein du continent africain : Casablanca pour les progressistes, soupçonnés d’être des soutiens de bloc de l’Est contre Monrovia jugé modéré et proche du bloc de l’Ouest. Il faut dire qu’à l’époque, la guerre froide et l’antagonisme des deux blocs sont à leur comble. Le Burundi ne restera pas étranger à cette dynamique.

Et la faucheuse s’invita

Loin de s’estomper, ces dissensions au sein du parti Uprona virent à l’extrême. Les deux adversaires et les courants qu’ils représentent semblent irréconciliables. Dès la fin 1961, c’est un Mirerekano qui reprochera au gouvernement Muhirwa, successeur de Rwagasore, de ne pas appliquer le programme politique de ce dernier. Le 25 août 1962, il convoque un meeting au stade prince Louis Rwagasore. Il évoque la nécessité des élections, accusant Muhirwa de conduire le pays à la détérioration politique. Pour avoir organisé ce meeting, Mirerekano est arrêté avant d’être libéré par une cinquantaine de gendarmes qui l’escortent jusqu’à son habitation. Mais pas pour longtemps. Car, en 1965, au lendemain d’une tentative de coup d’état contre le roi, il est encore arrêté en compagnie d’autres élites hutues accusées d’être à l’origine de cette tentative. Cette fois-ci, il n’aura pas la vie sauve. Lui et plusieurs dizaines d’autres seront exécutés. 

Si l’insistance est ici faite sur Muhirwa et Mirerekano, il faut reconnaître qu’ils ne sont pas les seuls symboles des dissensions qui minent le parti Uprona à la veille et au lendemain de l’indépendance. Néanmoins, ceci constitue une preuve que les scissions au sein des partis politique sont presque toutes aussi vieilles que le début du phénomène partisan au Burundi. De quoi nous pousser à postuler que les dissensions qui s’observent au sein des partis politiques par les temps qui courent actuellement s’inscrivent dans l’histoire du pays et sont, hélas, en quelque sorte, à l’origine des crises cycliques qu’a toujours connues le Burundi.

 

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