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Charroi zéro : 8 ans après, que retenir ?

En 2013, l’Etat a mis en place cette politique dans le but de réduire un parc automobile qui lui coûtait cher. L’objectif chiffré était d’économiser quelques 10 millions de dollars américains. Ces économies devaient être investies dans les secteurs sociaux. Huit ans après, quels en sont les résultats ? Ce blogueur a revisité cette politique. 

Convaincu que le parc automobile de l’Etat phagocytait ses recettes, le gouvernement avait initié ce projet en 2013 pour rendre efficientes ses dépenses. Pour avoir une idée de l’état d’avancement de cette politique, il faut visiter la loi des finances récemment promulguée. Mais avant cela, un bref aperçu de cette politique.

66 véhicules réservés aux hautes personnalités de l’Etat

Selon le décret du 30 janvier 2013, le charroi de l’Etat a été réduit au strict minimum. Au total, 66 véhicules sont prévus pour déplacer les personnalités suivantes : le président de la République (15 véhicules), la Première dame (3 véhicules), le président de l’Assemblée Nationale (4 véhicules), la dame du président de l’Assemblée (un véhicule), le protocole d’Etat (20 véhicules). 

D’après toujours ce décret, les fonctionnaires qui utilisent leurs moyens à des fins de service public doivent bénéficier des indemnités kilométriques. Il s’agit notamment des ministres, ceux qui ont le même rang, les directeurs généraux, et ceux qui sont nommés par décret.

 Ces indemnités sont classées en trois catégories. Dans la première catégorie se trouvent les Chefs de cabinet et les conseillers principaux à la présidence, à la vice- présidence, à la présidence du Parlement et du Sénat et aux ministres, et les secrétaires généraux du Parlement et du Sénat. Tout ce beau monde perçoit 600 mille francs burundais d’indemnités kilométriques.

Les assistants des ministres, les secrétaires permanents, les conseillers à la Présidence et à la vice-présidence de la République et aux cabinets du Parlement sont dans la deuxième catégorie. Chacun reçoit une indemnité de 500 mille francs burundais. Enfin, les directeurs généraux des ministères, les directeurs au sein des ministères et les directeurs des départements au parlement et au sénat reçoivent 400 mille BIF chacun. 

Moins de 3 milliards BIF économisés en 3 ans

Dans son étude « Politique de charroi zéro au Burundi: Quelles avancées dans l’affectation des budgets? », publiée en décembre 2017, l’IDEC s’est interrogé sur son efficacité. De 2013 à 2014 le budget alloué au parc automobile de l’Etat est passé de 18, 7 milliards de BIF à plus de 17, 3 milliards BIF. Pour 2015 et 2016, le gouvernement a dépensé plus de 17, 6 milliards BIF pour son charroi. En trois ans, le gouvernement a donc économisé moins de 3 milliards BIF. Alors que les économies escomptées étaient estimées à 30 millions USD en 3 ans.

Huit après, où en sommes-nous ?

Entre temps, la cour des comptes a constaté que l’Exécutif a renouvelé son charroi, ce qui paraît comme une remise en cause de la politique de charroi zéro avec une réintroduction du charroi de l’Etat  pour une somme de 2,4 milliards de BIF. 

En 2018, lors de l’adoption du budget de l’Etat pour l’exercice 2018-2019, Domitien Ndihokubwayo, ministre des Finances, avait avoué que cette politique n’a pas atteint ses objectifs. C’est donc un fait, la politique de réduction des dépenses liées au parc automobile n’a pas produit les résultats escomptés. Selon la loi des finances 2021/2022, la ligne « indemnités de déplacement des ayant droit aux véhicules de services fonctions » prévoit plus de 3,5 milliards de BIF. La présidence de la République, le cabinet du vice-président, le cabinet du premier ministre, l’assemblée nationale et le sénat reçoivent plus de 1,9 milliards, soit plus de 53,4% des indemnités de déplacements.

Huit ans après l’instauration de cette politique, la réalité interroge. Les indemnités kilométriques vont crescendo. Elles s’établissaient à un peu près de 1,5 milliards BIF en 2013 contre plus de 3,5 milliards en 2021, soit une hausse de plus 133%.

Pourquoi cette politique a-t-elle échoué ? Pour répondre à cette question, il faudra peut-être faire une étude d’évaluation pour savoir ce qui n’a pas marché. 

 

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