article comment count is: 0

BRICS: le Burundi, gagnerait-il à y adhérer ?

La famille des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) vient de s’élargir. En marge du 15ème sommet tenu à Johannesburg, 6 nouveaux pays dont deux de l’Afrique ont rejoint ce club économique qui veut imposer le nouvel ordre mondial. Que gagnera l’Afrique en général et le Burundi en particulier ?

Du 22 au 24 août 2023, s’est tenu à Johannesburg en Afrique du Sud le 15ème sommet des BRICS. A l’invitation du président sud-africain Cyril Ramaphosa, Evariste Ndayishimiye, président du Burundi et également président de la Communauté des Pays de l’Afrique de l’Est (EAC) a pris part à ce sommet. 

Un des points marquants de ce sommet est l’adhésion de 6 autres membres dans ce club économique des « non-alignés », à partir de janvier 2024, sur une vingtaine de pays qui avaient demandé de le rejoindre. Les nouveaux adhérents, dont 2 pays africains, sont l’Egypte, l’Ethiopie, l’Iran, l’Argentine, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis.

Ce que vous devriez savoir sur les Brics 

Ce sont les pays qui veulent rééditer à leur avantage la géopolitique mondiale. Au début des années 2000, Jim O’Neill, économiste américain d’une banque d’investissement Goldman Sachs, observe les perspectives de croissance des quatre pays dont la Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine et crée l’acronyme BRIC. Cet économiste estimait que ces pays pourraient devenir les premières puissances mondiales en 2050. Il estimait que leurs économies pourraient rivaliser avec celle du G7

C’est en 2006 que ces 4 pays s’unissent pour former le BRIC. Ce dernier s’approprie progressivement de l’idée et l’oriente en termes géopolitiques, avec un premier sommet organisé par la Russie en 2009. Rapidement, en 2010, l’Afrique du Sud rejoint ce groupe, devenant désormais BRICS. 

Du poids économique

La population des BRICS s’élève à 3,24 milliards d’habitants, soit plus de 40 % de la population mondiale. Le G7 représente seulement 10 % de la population mondiale. 3 puissances nucléaires et deux membres permanents au Conseil de sécurité des Nations Unies à savoir Chine et Russie. 

Leurs produits intérieurs bruts combinés s’élèvent à 26 milliards de dollars, précise Le Point. Les quatre pays fondateurs figurent parmi les 15 grandes puissances économiques mondiales, Chine 2è, Inde 5è, Russie 8è, Brésil 11è, l’Afrique du Sud 39è.

Selon la RFI, le poids économique des BRICS pourrait rattraper celui du G7. Cette année 2023 serait l’année où le PIB cumulé des BRICS a égalé ou même dépassé celui du G7. 

Cependant, les pays du BRICS estiment ne pas être représentés à leur juste valeur dans les organisations internationales, entre autres, la FMI et la Banque Mondiale, et voulent donc un rééquilibrage. L’ordre de la géopolitique mondiale reste, selon eux, dominé par l’Occident.

Les BRICS veulent surtout construire leurs propres institutions, comme la Nouvelle Banque de Développement (NBD) qui est actuellement dirigée par Dilma Rousseff, ancienne présidente du Brésil. 

Vers la dédollarisation ?

La volonté de trouver une alternative au dollar reste vivace malgré que l’idée de créer une monnaie commune ait pris du plomb dans l’aile, suite à la complexité de sa mise en place. La question de la monnaie unique n’était pas à l’ordre du jour, comme l’annoncé Anil Sooklal, ambassadeur sud-africain auprès des BRICS et de l’Asie. Les BRICS veulent s’en rapprocher via l’augmentation des échanges dans les monnaies locales des pays membres. Intervenant via une vidéo à partir de Moscou, le président de la Russie Vladimir Poutine a précisé que les objectifs et le processus de dédollarisation avancent. Avec l’entrée des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran, les Emirats Arabes Unis figurant parmi les dix premières réserves mondiales du pétrole, les BRICS pourraient détrôner les pétrodollars.  

En outre, le président du Brésil a insisté que les BRICS continueront de s’ouvrir à d’autres membres et à être la force motrice d’un nouvel ordre international. « Les BRICS doivent œuvrer en faveur du multilatéralisme et ne pas créer de petits blocs. Nous devons intégrer davantage de pays dans la famille des BRICS », ajouté Xi Jinping, président de la Chine (détenant environ 70 % du PIB du groupe)

Toutefois, Julien Vercueil, professeur d’économie et vice-président de l’Inalco, affirme que le dollar et les partenaires de l’ouest restent en jeu. Les nouveaux pays entrants entretiennent, sauf l’Iran, des relations bilatérales avec les pays occidentaux. Encore plus, l’Egypte est toujours sous le coup d’assistance des programmes du FMI.

D’ailleurs, après l’annonce des nouveaux adhérents dans les BRICS, les USA ont informé qu’ils continueront de collaborer avec leurs partenaires à travers le monde. Pascal Niyonizigiye, expert en relations internationales, rappelle aussi que la Chine est le premier créancier des USA.  

Quid des pays dits Amis des BRICS ?

Evariste Ndayishimiye, président du Burundi et en même temps président de l’EAC a pris part à ce 15ème sommet. En marge de ce sommet, Ndayishimiye a pris part au dialogue de haut niveau réunissant les dirigeants des BRICS et les « Pays Amis des BRICS ». Il souhaite « un nouvel ordre mondial fondé sur les principes de respect, d’égalité, de solidarité et d’inclusion ». Neva salue l’initiative d’inclure l’Afrique et les pays du Sud et souligne les partenariats gagnant-gagnant. 

Dans une table ronde des dirigeants de la Chine et de l’Afrique qui a souligné l’importance d’opérationnaliser la ZLECAF, Ndayshimiye a plaidé pour l’appui des projets intégrateurs initiés dans l’EAC, notamment le chemin de fer reliant la Tanzanie, le Burundi et la RDC. « Le libre-échange n’est pas possible s’il n’est pas précédé par la mise en place d’infrastructures adaptées ».

Par ailleurs, ses récentes visites, fin juillet en Russie et en Chine, montrent que le Burundi veut de plus en plus renforcer ses relations avec ces pays. Un expert explique que le Burundi a un intérêt exponentiel d’exporter le café et le thé en Russie pour développer son économie. 

Pour le Professeur Pascal Niyonizigiye, le Burundi a intérêt à engager une coopération diversifiée avec plusieurs pays à travers des principes de non-alignement positif. Selon lui, dans le monde, les Etats comptent beaucoup plus sur la satisfaction de leurs intérêts.

Sur RFI, Azali Assoumani, président des Comores, en même temps président en exercice de l’Union africaine, souligne que l’Afrique est en train de lutter pour un multilatéralisme positif qu’il faudra mettre en place. 

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion