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Ruziba, les jeunes entre résilience et espoir

Comme tant d’autres coins du pays, cette localité du sud de la capitale économique fait face à l’augmentation exponentielle des jeunes sans emplois. Ces derniers s’adaptent tant bien que mal à cette situation mais gardent un brin d’optimisme.

Âgé de vingt-six ans, Paterne paraît plus mature. On lui donnerait facilement 10 ans de plus. Pâlot et chétif, on ne s’imagine pas que le jeune homme passe ses journées à enfourcher son vélo et à transporter des clients et des bagages. Au lieu de s’apitoyer sur son sort, il se montre philosophe, résilient. « De toutes façons, je n’en mourrai pas. Si c’était mortel, qui serait encore taxi-vélo ? », tempère-t-il.

Taxi vélo, ce n’est pas vraiment le métier de ses rêves comme il le révèle. Diplômé en informatique de gestion, il n’a pas trouvé le moindre employeur pour faire valoir ses compétences. À la question de savoir s’il ne pouvait pas se faire embaucher nulle part à Ruziba, Paterne hausse les épaules et rit avant de répondre. « Ici nous n’avons que des commerçants qui travaillent à l’ancienne. Lui proposer un logiciel pour sa comptabilité ?». Le « taxi-vélo » ne termine pas sa phrase. Le petit rire réprimé qui secoue légèrement ses épaules est révélateur. Le Burundais est friand de ce genre de non dits qui en disent pourtant long sur la parole non exprimée. Il susurre tout simplement, à peine audible : « Mais espérons quand même que la donne va changer. »

Make Ruziba great !

Non loin du parking des bus desservant Ruziba en provenance du centre-ville se trouve un pâté de maisons abritant de petits bars le long de la RN 3. Un détail saisissant : l’écrasante majorité des jeunes assurent le service dans ces petits bistrots. La moyenne d’âge est proche des vingt cinq ans. Jean Claude est l’un d’eux. Il est visiblement un des plus jeunes de la bande.  Ses lunettes rondes lui donnent un petit air intello. En présentant son menu, il y insère du français alors qu’habituellement cela se fait en Kirundi.

Comme Paterne le « taxi-vélo », Jean Claude s’est retrouvé serveur pas par passion « mais pour ne pas rester à la maison sans rien foutre ». Natif du coin, c’est un ami de sa famille qui l’a pistonné pour décrocher ce poste à la fin de ses études secondaires. « Je n’ai pas eu la note suffisante pour intégrer l’université publique et ma famille n’a pas assez d’argent pour payer le minerval dans le privé. »

Malgré cet état de fait Jean Claude ne se voit pas éternel serveur. Il compte sur les potentialités de Ruziba pour se lancer un jour dans ses propres affaires. « Nous sommes au bord du lac et nous pouvons bien servir de point de relais entre la ville et les localités de sa banlieue sud. » Mais pour cela, il ne se fait pas d’illusion, « il faut que les autorités fassent tout pour qu’il y ait un climat propice au développement des jeunes. » Entre autres pistes, il propose une gestion rigoureuse des fonds des coopératives, la détaxation des initiatives entrepreneuriales des jeunes.

Une chose est certaine, tous les jeunes de Ruziba ne succombent pas aux sirènes de la ville. Il y a ceux qui comptent rester dans cette localité et explorer ses potentialités. À l’image de Jean Claude, ils sont nombreux à s’accrocher à l’idée de voir Ruziba émerger grâce aux compétences de ses jeunes.

Cet article s’inscrit dans le cadre du projet EEYP – Economic Empowerment of Youth towards Peacebuilding and Crisis  Prevention in Burundi  soutenu  par  IFA et exécuté par WAR CHILD  et  AJEBUDI-YAGA

 

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