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1972 vu par un Gen Z

Chaque fois que la date  du 29 avril 1972 approche, elle apporte son pléthore de discussions intergénérationnelles. Et la génération Z (personnes nées entre 1996 et 2010), qui ignore tout de cet épisode de l’histoire du Burundi reste dans la confusion. N’est-ce pas là un danger qu’il faudrait prévenir au plus tôt ? L’auteur des lignes qui suivent s’inquiète d’une génération qui ne saura jamais où aller puisqu’elle ne sait d’où elle vient.

 Revenir sur 1972. Parler de ce qui s’est réellement passé. Qui étaient les victimes ? Les bourreaux ? Comment dédommager les familles des victimes ? Le 20 décembre 2021 la CVR (Commission vérité-réconciliation) a procédé à la qualification des crimes commis au Burundi en 1972 et 1973 devant les deux chambres du parlement.

Une opinion parue en 2023 doute « de l’objectivité de la CVR » tandis qu’une autre du même auteur saluait une année plus tôt la « la sagesse du président Ndayishimiye » et son gouvernement qui « a décidé de ne pas officialiser pour le moment les conclusions partielles de la CVR qualifiant de génocide les massacres de masse perpétrées en 1972 contre les Burundais de la communauté Hutu ».

50 ans après, 1972 divise et dérange toujours.

Une génération perdue

Malheureusement, pour la génération Z, 1972 est un épisode assez éloigné. Elle connaît difficilement cette période sombre de notre histoire. Pareil pour 1993, relativement plus proche. Les seules versions que les jeunes burundais connaissent de leur histoire, ils les tiennent de leurs proches et de leurs parents. Rarement des livres, eux-mêmes en majorité très subjectifs et mal documentés pour ne pas dire biaisés.

Il n’est pas rare de croiser un jeune burundais, hutu ou tutsi, se lamentant de « ce que les autres leur ont fait en 1993 ou en 1972 ». Et cela peu importe s’il était encore né au moment de l’éclatement de la crise. 1993, c’était quand même il y a 31 ans.

Devons-nous blâmer un jeune qui se pose des questions quand on l’interdit d’épouser l’amour de sa vie parce qu’ils ne partagent la même ethnie ? Pour les Gen Z hyper connectés et ouverts sur le monde, la quête de la vérité devient essentielle. Comment savoir où l’on va si on ne sait pas d’où l’on vient ?

Une génération de  laissés-pour-compte

 Pendant que les adultes se déchirent pour savoir qui détient la vérité ultime sur ce qui s’est passé, les jeunes observent, se perdent. Ils sont écartés du débat. Et pourtant, ce sont eux le futur de ce pays. En 2040, les jeunes d’aujourd’hui seront dans la quarantaine. Qu’est-ce que vous, adultes et « sages » de ce pays, allez léguer à la génération Z ? Des mensonges ? Des théories pseudo-scientifiques sur qui est tutsi ou qui est hutu ? Allez-vous nous léguer un pays sans histoire ? Il est à craindre que cela soit le cas.

Qu’est-ce qui manque pour s’entendre autour d’une seule version de l’histoire de notre pays ? Si l’histoire est écrite par les gagnants, y en a-t-il réellement au Burundi ? Puisque chaque ethnie a perdu les siens.

L’exercice est complexe, difficile mais reste nécessaire. Si cela n’est pas exécuté convenablement, les machettes quitteront les foyers et seront encore utilisées pour massacrer les voisins, les condisciples, les collègues, etc. Les rivières sont encore jonchées de cadavres, les maisons vont brûler, on aura encore des orphelins et des veuves par milliers.

Est-ce ce futur que les milléniaux (nés entre 1981 et 1995), les boomers (nés entre 1946 et 1964) et plus particulièrement la Gen X ( personnes nées entre 1965 et 1980) vont léguer à ce pays ?

Terminons avec ces tweets qui reflètent assez bien le ressentiment de la génération Z.

 

Posez-vous des questions.

 

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