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De la victime au « seule coupable »

Certes, les médecins sont tenus au secret médical, mais il y a ces cas qui nous touchent au plus haut point. Cette patiente, d’une quarantaine d’années, avait consulté un médecin pour des coups au visage. Lorsqu’elle est revenue deux ou trois semaines après, elle avait été poignardée sur le côté. Les questions se sont bousculées dans la tête du médecin : pourquoi tant de haine contre elle ? souffrante, mal au point, elle s’est alors confiée.

C’est mon mari qui me frappe. Un jour, quand j’étais encore jeune, ma mère m’a envoyé livrer des haricots (kugemura) chez l’une de ses amies qui habitait un centre voisin. Arrivée l’après-midi chez cette amie de ma mère, j’ai déposé les haricots, puis j’ai repris le chemin de retour. 

Quelques pas après, un parfait inconnu m’a arrêté et m’a proposé de partager un verre avec lui. Après quelques refus, j’ai fini par accepter son invitation par politesse. Un seul gobelet de « urwarwa » puis deux, je l’ai remercié pour enfin rentrer mais il a insisté, disant qu’il me déposera avec son vélo. Naïve que je suis, j’ai accepté de rester avec lui. Je ne sais pas ce qui m’a pris de lui faire confiance à un tel niveau.

Après quelques heures, il s’est enfin décidé de m’emmener. Quelques pédalées après, j’ai constaté qu’il prenait une mauvaise direction et donc je lui ai indiqué la bonne. Et il a répondu qu’il voulait juste passer par un raccourci. Un petit instant après, le vélo s’est arrêté devant une maisonnette. Il est descendu et m’a dit d’en faire autant, ce que j’ai refusé catégoriquement. Tout à coup, il s’est mis à m’expliquer gentiment que c’était chez lui et qu’il avait une faim de loup qu’il allait juste manger un bout et me raccompagner après. J’ai continué à protester mais en vain. J’ai cédé et l’ai rejoint dans sa maisonnette. Une fois dedans, l’homme a fermé la porte : ce fut le début de mon cauchemar.

Ce soir-là, j’ai été violée. Le matin, arrivée chez moi, j’ai raconté en sanglots toute l’histoire à ma mère. Mais j’avais à peine terminé de me confier qu’elle m’attaquait. Je n’avais jamais été blessée autant. Elle n’arrêtait pas de crier, de me traiter de tous les noms d’oiseau et elle accompagna toutes ces insultes par « Genda wubake rero, mwasangiye uwo mwanya wose utabishaka ? » (Va vivre avec lui alors. Avez-vous passé tout ce temps ensemble sans ton consentement ? Ndlr). Après quelques semaines, toute la famille s’est réunie et jugea bon de me marier de force. Je croyais que c’était une blague jusqu’à ce que je sois expulsée de la maison. Et c’est comme ça que je fus mariée à mon bourreau.

Aujourd’hui, j’ai 4 enfants. Depuis le jour où j’ai mis les pieds dans sa maison, il me frappe comme une bête et ne nous nourrit jamais mes enfants et moi. Et si je me propose d’aller travailler dans les champs des autres pour gagner notre repas, il me frappe davantage. Mes enfants sont devenus des mendiants. Ils fouillent et ramassent des déchets, à la quête de la nourriture.

Jetée dans la gueule du loup 

Cette dame a été condamnée par sa propre famille et par tout son entourage.Toute sa vie a été bousillée par ses proches. A leurs yeux, elle n’était pas une victime mais plutôt la seule responsable. Pendant plus de 25 ans, elle a connu toute sorte de violence : violence sexuelle, physique, psychologique, exploitation financière, …Jusque-là, personne n’a levé le petit doigt pour la défendre ou l’aider. Cette histoire nous rappelle que ce cas est loin d’âtre isolé. Beaucoup de victimes ont peur de parler de leurs tristes histoires par peur. Peur de la société, peur d’être jugé et mis à l’écart. Par peur que leurs proches ne remuent le couteau dans la plaie. 

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