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La procédure judiciaire fait peur aux victimes de viol

Certaines victimes des violences basées sur le genre gardent le secret par peur des procédures judiciaires. Par peur de ne pas trouver des preuves solides contre les auteurs de ces crimes. Après un témoignage d’une proche d’un prévenu devant le tribunal, Maitre François Kayonde donne les raisons pour ne plus avoir peur de porter plainte.

Tous les regards de la salle sont fixés sur moi pendant que je marche vers un petit podium qui ressemble plutôt à un comptoir. Je me mets debout devant « ce comptoir » pendant que tout le monde reste assis. Mon corps tout entier se met à trembler. Après quelques secondes de silence qui semblaient être une éternité, le juge me demande de me présenter. J’allais dire « umushinwa », le surnom donné à ceux qui ne vivent pas chez leurs parents mais plutôt dans les familles de leurs proches ici à Bujumbura, mais je réponds simplement la cousine du prévenu. « Tu habites chez lui ? » me demande le juge. Je réponds que oui et il continue avec « Quand est-ce que tu as su que ton cousin frappait souvent sa femme? ». Mon regard rencontre celui de mon cousin et je réponds : « Il y a 5 ou 6 mois ». Toute la salle se met à bourdonner. Face à cette réaction le juge exige le silence. Puis il continue. « Comment l’as-tu appris ? »

« Niko zubakwa »

La bonne qu’on avait cette période-là a été la première à me mettre au courant mais je ne l’ai pas accepté immédiatement parce que la femme de mon cousin était toujours souriante, rayonnante. C’était difficile de le juger par son apparence. Mais après ça, j’ai commencé à tirer plus d’attention. Elle avait souvent des bleus sur son corps mais elle les cachait bien et je n’ai jamais osé demander.

Un jour, je suis rentrée un peu tard, j’étais sorti avec des amis et la femme de mon cousin a été obligée de venir m’ouvrir la porte et c’est là que j’ai su que mon cousin la frappait. Elle pleurait déjà, je lui ai demandé, et sous l’effet de la colère encore toute fraîche elle a admis et m’a tout raconté.

Je lui ai immédiatement demandé pourquoi elle ne le quittait pas ou ne le dénonçait pas, pourquoi elle continuait de le chouchouter après tout le mal qu’il lui faisait subir. Et elle m’a répondu « Niko zubakwa ». Après ce jour-là, elle venait souvent dormir dans ma chambre en pleurs. Le jour où ma belle-sœur s’est décidée à le quitter, il l’avait frappé si fort qu’elle avait perdu connaissance. Elle est restée hospitalisée quelques jours. »

Un petit moment après mon discours le procureur me demande. « Mademoiselle, tu affirmes avoir vu de tes propres yeux la victime en train d’être frappée par ton cousin ? ». Quelques secondes après je réponds oui. « Combien de fois ? » me demande-t-il. « Je ne sais pas, je n’ai pas compté ». Alors le juge se met à demander s’il n’y a pas d’autres questions, ce qui est le cas, et me remercie.

Pourquoi ne pas avoir peur ?

Les victimes qui subissent des violences basées sur le genre surtout les violences conjugales osent rarement porter plainte. Le plus souvent, ces violences se déroulent lorsque la victime et le coupable se retrouvent seuls. Les victimes ne ressentent pas le courage de parler de leur viol vu qu’il n’y a aucun témoin. Aussi la culture burundaise oblige parfois les victimes à garder le silence.

Maitre Kayonde explique pourquoi les victimes ne devraient pas avoir peur de porter plainte : « Le crime commis à partir des violences basées sur le genre est différent des autres crimes. C’est une infraction imprescriptible, c’est à dire qui ne perd pas sa valeur au cours du temps. Il est possible de poursuivre l’exécution de leurs auteurs même après un bon bout de temps. »

Ce crime est également inamnistiable. « Aucun juge ne peut donner grâce ou pardonner les auteurs de celui-ci. C’est le seul que le procureur n’a pas droit de classer sans suite », dixit Maître Kayonde. Quant aux preuves, ils ne sont pas par ailleurs difficiles à trouver. « Par exemple, si c’est une femme frappée par son mari, les preuves sont faciles à voir sur son corps ou même des preuves médicales. Déjà pour ce crime toute personne est permise de témoigner contrairement aux autres ».

 

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