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Musulman et monogame. Oui, ça existe.

Il est vendredi 16h sur cette véranda d’une cafétéria, près de la grande mosquée de Gitega. Je suis là parce que je suis un grand amateur du café noir, fort et bien chaud, une spécialité de cet endroit très fréquenté par des fidèles musulmans. Ce jour-là, entre défenseurs de la polygamie et Madjaliwa, monogame, le débat est très animé.

« Tu n’es pas musulman toi, avoue-le ! », lui lance sans tourner autour du pot le plus fervent du groupe. Et de lui rappeler que l’islam autorise les hommes à se marier avec plusieurs femmes, à l’instar du prophète Mohamed lui-même. Un autre, enturbanné, tasse de café en main, estime que s’il ne pratique pas la polygamie, c’est qu’il trompe sa femme. Avant de convoquer la mémoire de son père, ses oncles et ses grands-pères, tous polygames.

Contre-attaque

Partisan de la monogamie, j’encourage Madjaliwa à se justifier. Ayant grandi dans une famille polygame, il se défend de par son expérience que même si la polygamie est autorisée par la religion musulmane, elle ne permet pas de trouver le réconfort, l’amour, la complicité et le respect que tout le monde recherche dans le mariage. « On ne peut pas être heureux dans un ménage à trois, où chaque femme veut coûte que coûte être la préférée du mari », dit-il en substance.

Comme pour le soutenir, j’articule mon argumentaire au-delà de la religion. Partant du revenu moyen d’un Burundais qui est de 0,8$/jour, s’aventurer à faire vivre trois femmes est un parcours du combattant, occasionnant souvent la malhonnêteté pour les faire vivre. Ce qui est contraire à l’Islam. En plus, face au boom démographique, la polygamie contribue négativement à l’invivable situation qui guette le Burundi à l’horizon 2100 avec 75,2 millions d’habitants. Par ailleurs, le Burundi étant un pays laïc, où la loi civile prime sur les convictions religieuses, les musulmans devraient également observer scrupuleusement la loi qui prône la monogamie.

Que dit le Coran ?

Pour nous départager, l’imam de la mosquée intervient. Pour lui, le Coran prend acte de la polygamie comme assistance sociale envers les veuves et orphelins. Il limite le nombre de femmes à quatre épouses, mais impose au mari de les traiter de manière égale. « Si vous craignez d’être injustes envers les orphelins ou à l’égard de vos épouses, n’épousez que deux, trois ou quatre femmes parmi celles qui vous plaisent. Si vous craignez encore de n’être pas équitable, n’en prenez qu’une seule », stipule le Coran dans sourate 4, verset 3. 

Selon l’Imam, la monogamie ne diminue en rien la foi et la polygamie n’est pas obligatoire. Chaque musulman a le droit ou le choix de rester monogame. Même  chose pour les musulmanes. Il suffit pour cela d’exiger au futur époux, dans le contrat de mariage, la clause de rester monogame leur vie commune durant. « C’est permis dans l’Islam », ajoute l’imam.

 

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