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La contraception, ça se pense à deux

Le choix d’une méthode contraceptive est une responsabilité qui devrait être partagée dans le couple. Toutefois, force est de constater que, sur un sujet aussi sensible, certains partenaires préfèrent se la jouer solo. Au risque d’hypothéquer l’harmonie qui prévalait jusque-là dans le foyer. Mais ne faut-il pas être deux pour danser le tango ?

« J’aurais aimé adopter une méthode contraceptive mais mon mari refuse», confie Joséphine, la trentaine, rencontrée à l’hôpital de Gitega. Mariée à 18 ans, elle vient d’accoucher de son huitième enfant. Fatiguée par des grossesses rapprochées, elle avait songé à se faire ligaturer les trompes à l’accouchement. Mais la méthode nécessite l’accord du conjoint. « Mon mari a catégoriquement refusé de signer le papier et m’a même menacé de divorcer, si je venais à le faire à son insu ». Joséphine a fini par laisser tomber. 

« Au lieu de divorcer, je ferai tout ce qu’il veut », affirme-t-elle. Aujourd’hui, elle vient d’avoir son huitième bébé, et vu son jeune âge, un neuvième ne saurait tarder. Et pourquoi pas le dixième.

Des initiatives personnelles sources de conflits

La question est rarement abordée au sein des couples. Les Burundais sont souvent absents. Ils ne partagent pas, ou très peu, cette responsabilité. Planifier les naissances devient alors source de conflits dans le foyer.

Jeanine est une jeune maman de 28 ans. Ayant remarqué la réticence de son mari pour la contraception, elle s’est mise sous injection contraceptive, sans le consentement de son conjoint. Monsieur voulait un autre enfant et la femme a fini par avouer. Celui-ci l’a quitté, et a pris une autre femme qui pouvait lui donner encore plus d’enfants. Une punition à la femme qui s’est rendue stérile à son insu.

Situation inverse pour Vianney, habitant le quartier Musinzira, dans la ville de Gitega. Lui, dit avoir été trahi par son épouse qui voulait un autre enfant à son insu. « On avait planifié pour deux enfants, mais ce bébé est le quatrième et ma femme ne cessait de m’assurer qu’elle prenait des contraceptifs », affirme-t-il, refusant les félicitations de ses collègues pour la naissance de son fils. Inutile de préciser que, depuis la venue au monde du petit dernier, le torchon brûle entre les époux. 

Pas qu’une affaire de femmes

Tous les couples ne sont pas pareils. Mathieu et Clotilde font figure d’exception. Juste après le quatrième accouchement, le médecin a demandé à Clotilde ce qu’elle voulait pour ne pas retomber enceinte dans la foulée. En effet, l’accouchement par césarienne avait été laborieux. Elle n’a pas répondu et a décidé d’en discuter avec son conjoint.

« Je lui ai confié que je voulais m’arrêter à quatre enfants », déclare-t-elle. Son mari l’a écoutée avec intérêt et a été surpris qu’elle n’ait pas osé en parler avant. Cet échange a été très riche pour leur relation. « Pour la première fois, nous avons vraiment pris le temps d’échanger sur ce thème de la régulation des naissances et sur les moyens de contraception. Je me sentais rassurée de ne plus être seule à y penser, et mon conjoint heureux de partager ce souci avec moi ». Après réflexion, et en commun accord, c’est monsieur qui a fini par se faire vasectomiser.

Il est vrai que, lorsque le sujet de la contraception est abordé, les hommes peuvent toujours arguer qu’ils ne disposent que de peu de moyens contraceptifs, tandis que les femmes, elles, ont le choix entre une vingtaine de méthodes. Vrai. Mais, en faisant la contraception une affaire du couple, on tentera de rompre avec l’idée reçue que la contraception est une question exclusivement féminine.

 

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