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Gihanga : serveuse, un métier à risque

A une vingtaine de kilomètres de la capitale économique Bujumbura, Gihanga s’est fait un nom pour la viande de chèvre. Moins connues sont les petites mains qui servent des clients dont certains sont des prédateurs sexuels qui ne reculent devant rien. Reportage.

C’est par un samedi ensoleillé que nous débarquons à Gihanga. Tout près du chef-lieu de la commune, des bars s’alignent comme des salles de classe. La viande de chèvre est couverte d’une fine couche de graisse qui lui donne un air doré. Une chèvre suspendue sur une corde, il  y en a presque à chaque coin de rue. Cap sur le bar « Chez Mahuba ». Une très jeune fille est assise sagement sur un tabouret. Elle a un teint noir foncé. Une légère cicatrice barre sa joue gauche, vestige d’un accident de moto qu’elle a eu il ya de cela quelques années. Elle porte un tee-shirt et un short plutôt moulant. Il n’ya pas encore beaucoup de clients, une occasion pour engager une conversation. 

Elle s’appelle Olymen Izodukiza, elle a 23 ans. Au fil de la conversation, nous apprenons que Izodukiza est la fille de Mahuba le proprio du bar. Au départ, elle aidait son père. Après six mois, elle est parvenue à lancer son business, mais continue de donner un coup de main au bar, vu que son échoppe jouxte le bar de son père.

Serveuse, une proie facile ?

Oui, il y en a qui offrent des boissons aux serveuses et qui exigent de s’asseoir avec elles. Deux ou trois bouteilles plus tard, ils commencent à les toucher et à vouloir coucher avec elles. Les filles ne résistent pas toujours, surtout que les serveuses ont des salaires très bas, indique Izodukiza. Et de citer en exemple l’histoire d’une ancienne collègue qui n’a pas su s’abstenir. Elle est partie avec un mec qui l’a vite engrossée. Le mec a disparu et la fille a dû regagner Muyinga où vivaient ses parents. Pour autant, Olymen ne jette pas la pierre aux filles. « Si tu touches un salaire de 30 000 BIF et qu’un client t’offre 20 000 BIF chaque jour pendant une semaine, tu crois que tu vas résister ?», s’interroge la jeune fille.   

Il est une autre conséquence qu’Olymen ne manque pas de souligner : la stigmatisation. Les garçons pensent que toutes les serveuses sont des filles de joie et ne veulent pas les fréquenter, ce qui ajoute du drame au drame. Les serveuses estimant alors qu’il n’y a plus d’issue pour elles et elles tombent dans la prostitution. Heureusement, Izodukiza travaillait avec son père et a pu y échapper. 

Les conséquences, ce n’est pas que pour les filles

Cap sur « Ku kayaga », un bar qui se trouve à peine à 50 m de « Chez Mahuba ». Là-bas, nous trouvons Sylvestre Nsengiyumva, 24 ans, un solide gars qui travaille à la caisse. Sylvestre habite le quartier Vyondo de Gihanga et cela fait plus de 3 ans qu’il travaille dans les bars. Il nous raconte une drôle d’aventure. « En 2019, une habituée du bar est venue me demander si elle pouvait consommer à crédit. Je lui ai fait confiance. Cela a été le début d’une histoire étrange. Elle buvait régulièrement chez nous. Elle m’achetait à boire à chaque fois qu’elle venait.  Rapidement, notre relation a changé de nature. Elle ne venait plus seulement pour boire, mais aussi pour me voir. En plus, c’est très compliqué quand on a bu », indique le jeune homme. Et d’ajouter : « Pour résister, il faut éviter des relations extra professionnelles avec les clients. C’est cela qui crée parfois des problèmes ». Jeanne, une collègue de Sylvestre qui a rejoint la conversation opine. L’histoire d’une ancienne collègue qui a dû recourir à l’avortement clandestin parce qu’elle a eu le tort de céder aux avances d’un client trop éméché n’a pas encore quitté sa mémoire.

 

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