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[#OyaNiOya] Le consentement sexuel : est-il temps de tourner le dos aux traditions ?

La tradition est pleine de coutumes et de rituels qui laissent penser que le consentement en matière de sexualité n’était pas le fort des Burundais d’antan. Gutera intobo, guteka ibuye rigasha, gushinga icumu, etc., sont  autant de pratiques que la femme burundaise subissait. Loin d’être reléguées aux oubliettes, les résidus de ces pratiques alimenteraient encore l’imaginaire sexuel du Burundais d’aujourd’hui, d’où des cas de viols et de grossesses non désirées.  

[Sixième article de notre dossier sur le consentement sexuel]

« Qu’est-ce que c’est que cette histoire de consentement ? Une Burundaise éduquée ne refuse pas le sexe à son mari ! Négocier avec sa femme pour avoir un rapport sexuel ? Jamais ! » C’est parfois les réactions des hommes quand on leur parle de consentement. Un Burundais du 16ème ou 18ème siècle vous rirait au nez sûrement si on lui demandait s’il sollicitait l’approbation de sa femme avant de passer à l’acte. Et il tomberait des nus s’il découvrait que maintenant c’est le garçon qui choisit sa dulcinée sans aucun concours de sa famille.

Il tomberait encore raide mort s’il découvrait que maintenant s’il lui prenait l’envie de coucher avec la femme de son fils, il pourrait être mis au ban de la société, avec peut-être 15 ou 20 ans à passer au trou s’il s’entêtait à vouloir le faire de force. Loin de nous l’idée de jeter l’opprobre sur les anciennes pratiques. D’ailleurs un proverbe le dit bien : « Autre temps autres mœurs »

C’est connu, dans le Burundi ancien, le jour où le garçon voyait sa fiancée pour la première fois, c’était pour l’épouser illico presto. C’est sa famille qui arrangeait tout. À ce niveau déjà c’était très problématique par rapport au consentement tel que nous le concevons aujourd’hui. Parfois le garçon ne savait pas que faire de la mariée, et son père se « coltinait » la tâche de montrer comment s’y prendre à son ignare de fils.

Deux choix pour la femme : accepter ou… accepter

Mais déjà pendant les noces ce qui se passait s’apparentait au viol. La mariée était déshabillée de force. Son mari se jetait sur elle pour lui arracher les habits qu’il jetait par-dessus le mur qui séparait le salon de la chambre du lit nuptial. Tout cela était des préludes à la consommation du mariage qui était tout sauf douce. Les tourtereaux se livraient à une rude bataille dans le lit nuptial au rythme des chants et des danses des invités. Et lorsque le nouveau marié ne prenait pas le dessus, le père prenait les choses en main. On l’aura compris, dès le fondement du foyer, la femme subissait (le mot est faible), et la notion même de consentement était totalement étrangère à nos aïeux. 

Ce n’est qu’un exemple car on ne peut pas aborder toutes ces situations, notamment guteka ibuye rigasha où l’homme amenait sa femme ou sa fille au guérisseur pour qu’il couche avec elles dans le but d’en tirer des avantages matériels, ou encore gushinga icumu où un chef venait coucher avec la femme d’un de ses sujets en son l’absence et dans sa maison. Vous vous doutez bien qu’il ne demandait pas son avis à la femme qui n’avait que deux choix : accepter ou accepter. 

« Impfizi ntiyimirwa »

Il y a également ces proverbes qui, au mieux rabaissent la femme, au pire la chosifient. Tous ces proverbes font allusion au sexe et visent à montrer qu’en fait la femme appartient à tous les hommes, qu’elle doit être prête à assouvir leurs besoins sexuels, et rien que ça. « Impfizi ntiyimirwa » : on ne peut pas empêcher le taureau de brouter là où il veut, sous-entendu : la femme ne doit jamais se refuser à l’homme quand celui veut coucher avec elle.

« Iyirinze ntirinda se masera » : quand une vache est en chaleur, elle ne doit pas attendre le taureau de son choix. Ceci pour dire que n’importe quel homme peut avoir des rapports avec toute femme qu’il veut. 

D’autres proverbes traduisent l’acte sexuel en un devoir douloureux que la femme doit accepter. On sent la détresse de la femme face à tout cela alors que personne ne lui vient au secours. Uwutaragirwa agaramye agira ngo ijuru riri hafi….Ce ne sont là que des exemples. 

Des chansons qui en disent long…

Si l’on doit évoquer ces traditions macho où la femme subissait la loi de l’homme, parlons aussi de ces chansons qui dénigrent la femme et tendent à la confondre à son sexe. Umugore sinobigirwa, je mbonye azogwa ku nzira/La femme qui refuse le sexe mourra en errant.

On chante allégrement des chansons qui invitent les hommes au viol même aujourd’hui. On les entend dans les sports de masse ou avec les maçons sur un chantier. 

Par exemple: Nabonye umukobwa, umutima urarahuka, nanje ncandamuraha/J’ai vu une fille, mon cœur l’a désirée et j’ai sauté sur elle.

Des histoires du passé ? Loin s’en faut !

Nous avons parlé au passé. Mais les choses ont-elles complètement changé ? Pas tout à fait. Des hommes d’aujourd’hui pensent comme ceux du 18 siècle que la fille est akarago kabaraye parce que, selon eux, coucher avec la femelle qu’on rencontre là où on va, ou là où on passe la nuit est presqu’un droit. Quand le frère meurt, c’est presqu’une obligation dans certains coins du pays que son frère vienne coucher avec sa femme, qu’elle le veuille ou non. Sans oublier que le petit frère du défunt devient souvent le nouveau mari. 

Ce n’est pas du passé car si la pratique de guteka ibuye rigasha a diminué, il y a encore des « papa » qui violent leurs filles parce que le sorcier/guérisseur leur a dit que c’est le remède miracle pour avoir des richesses matérielles. Il y a des mamans qui se font violer parce que leurs maris le leur exigent à cause des croyances occultes ou parce que leurs ancêtres le faisaient ainsi. Comme quoi, on ne se défait pas de la tradition comme on enlève un linge sale. 

 

Pour lire l’intégralité du dossier, cliquez sur : https://www.yaga-burundi.com/dossiers-yaga/oyanioya/

 

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