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Acher Niyonizigiye : « Il est temps d’enterrer le tabou sur les menstruations »

J’ai récemment lu les réactions de certains internautes à la campagne organisée par Yaga pour réclamer la détaxation des tampons hygiéniques que les femmes utilisent lors des menstruations. Certains commentaires étaient plutôt critiques et leurs auteurs soupçonnaient des intentions cachées derrière cette campagne. C’est probablement pour cette raison que les organisateurs de la campagne ont dû s’expliquer. Voici ce que j’en pense.

En y réfléchissant un peu plus, je trouve que cette campagne nous a projetés une image désagréable de nous-même. Elle nous a forcés à confronter nos tabous, nos préjugés et notre nonchalance face aux problèmes qui concernent « les autres ». 

La campagne nous défie profondément, car elle force nos regards sur une réalité que nous aimons ignorer. Nous sommes un peuple qui a trop de tabous, et qui prend les menstruations comme quelque chose dont il ne faut pas parler. C’est pourquoi je salue le courage des organisatrices et/ou organisateurs.

Les maux derrière le tabou

Partant de là, je voudrais dire que la problématique de l’hygiène féminine liée aux menstruations est chez nous une tragédie savamment cachée, et délibérément ignorée. Je suis sûr que les jeunes femmes dont nous avons vu les photos sur les médias sociaux n’ont pas de problèmes de se procurer les tampons hygiéniques. Mais, avouons-le, celles qui peuvent s’en procurer sont moins de la moitié des filles de ce pays. Ces dernières souffrent d’humiliation et de honte dans le silence et le délaissement.

Les tampons hygiéniques ne sont pas comme le sucre, le parfum ou le vin. Quand on n’a pas les moyens, on peut se passer de ces produits et continuer sa vie normalement. Mais, pour les tampons hygiéniques, qu’on le veuille ou non, on doit s’en servir une fois le mois. Elles doivent faire partie des dépenses régulières et inévitables pour nos concitoyennes. Ne pas s’en procurer ou ne pas être capable de s’en procurer, c’est être exposé à des problèmes graves. Et pourtant, un homme typique burundais ne comprendra jamais qu’il peut rater une bouteille de bière pour acheter des tampons hygiéniques à sa fille qui a atteint la puberté. Sa tête est hermétiquement imperméable à cette logique.

Réminiscences

Ceci me rappelle une histoire que j’avais oubliée, mais que cette campagne a ramenée à la surface. On était à l’école primaire, et une fille qui était assise au fond de la classe est sortie brusquement sans demander la permission de sortir. L’enseignant était confus et en colère. Quand elle est revenue, elle était tachée de sang. L’enseignant a immédiatement changé de mine et lui a donné la permission de rentrer à la maison. Toute la classe se moquait d’elle et la raillait, surtout les garçons. La fille n’a pas terminé le trimestre. Elle a simplement abandonné les études.

Au moment où nous en faisons un débat comme les autres, cette problématique est en train de ronger la dignité de certaines des filles de notre peuple et de mettre brutalement un terme à leurs ambitions. Je parie que faute de pouvoir se procurer les tampons hygiéniques, certaines de nos filles continuent de se faire railler et humilier et finissent par abandonner les études. Certaines utilisent des pièces des vieux habits pour gérer cette période difficile, des habits dont l’hygiène laisse à désirer. Et par hygiène insuffisante pendant leurs menstruations, il est possible que certaines développent des infections qui peuvent être fatales. Oui, le pays a besoin de taxes. Mais la dignité et la santé de nos sœurs, nos voisines, nos cousines, nos concitoyennes en général sont trop importantes pour se jouer sur la balance des taxes. En effet, le manque d’accès aux tampons hygiéniques pendant les menstruations est un problème de santé publique.

Une question de volonté

En outre, il y a des produits de luxe qui peuvent amortir le choc fiscal qu’une telle détaxation produirait. Ce que l’on perdrait en abandonnant les taxes sur les tampons hygiéniques peut être récupéré ailleurs. Les conséquences de l’incapacité de s’acheter les tampons hygiéniques quand on en a besoin sont trop lourdes pour la nation. En vérité, le problème n’est pas l’impossibilité de les détaxer. Il est ailleurs. Un adage anglais dit que celui qui veut faire quelque chose trouve les moyens de le faire, et celui qui ne veut pas le faire trouve des excuses.

 

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Les commentaires récents (1)

  1. Commentaire *
    Cet article inspire. Mais tu n’as précisé cet « ailleurs » où le pays peut récupérer les taxes. Il fallait rendre les choses claires.