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#NtaKoriMuKwezi : ce cauchemar mens(tr)uel

Il est des sujets qui s’invitent rarement dans nos foyers. Des traumatismes qui, quoi que collectifs, se vivent dans un isolement accablant. Sans quitter nos bulles de citadins, nous nous forgeons l’idée de faire partie de familles soudées et solidaires avec les plus vulnérables de ses membres. Jusqu’au jour où la voix d’une cousine vient perturber une grasse matinée pourtant méritée.

«Aaaah biraje kandi! » (Elles reviennent encore, ndlr), s’exclame Kigeme avec une voix pleine d’amertume. Effrayée, je lui demande : «Biri hehe? » (Où sont-elles ? ». Et elle de me répondre avec dégoût : « Ni ibishoze » (Il s’agit des règles, ndlr). Étonnant de la part d’une fille d’une vingtaine d’années. Et une pensée me traverse l’esprit. Enfants, on nous disait que les enfants venant des milieux ruraux « batifyinisha »(ne sont pas gâtés, ndlr), comment celle-ci pouvait-elle faire toute une scène pour une chose qu’elle était censée déjà maîtriser ?

Il est encore très tôt le matin et elle vient de perturber ma grasse matinée. Je suis chez ma grand-mère pour quelques jours après mes examens de deuxième session histoire de me reposer et Kigeme, ma cousine doit aller à l’école. Elle sort du lit, va à l’extérieur se laver et revient me rejoindre encore sous la couette. Je n’arrive pas à résister à l’envie de lui demander pourquoi elle ne va pas à l’école. 

À ma grande surprise, voici ce qu’elle dit : « J’ai mes règles et je saigne beaucoup pendant cette période. Mais avec les morceaux de pagnes que j’utilise, je finis par tacher mes habits. Le pire, c’est quand ce bout de tissus tombe, ce qui m’est déjà arrivé trois fois alors que l’on faisait du sport. Tout le monde s’est moqué de moi, y compris certains enseignants. J’avais envie d’abandonner l’école, mais je ne savais pas quel motif j’allais présenter à ton père vu que je ne peux même pas lui parler de mes règles ». En effet, depuis la mort de ses parents, papa avait décidé de prendre en charge ses frais de scolarité et l’alimentation pour elle et grand-mère.

Comment n’ai-je pas su ?

Kigeme poursuit :« Je préfère donc rester à la maison pour éviter cette humiliation. J’ai dix morceaux de pagnes que j’utilise pendant mes règles. Ils se mouillent très vite les trois premiers jours et je peux les changer jusqu’à six fois par jour. Je les lave quotidiennement, mais le climat n’est pas toujours favorable et ils ne sèchent pas bien. Je n’ai alors d’autres choix que de les porter comme ça ».

Indignée, je réplique : « Tu ne sais pas que ça peut t’entraîner des allergies, des infections urinaires et vaginales, une mauvaise odeur vaginale, et même te rendre stérile ? Ces morceaux de pagnes ne sont pas hygiéniques et ne peuvent pas bien absorber tout ce sang. C’est pour cela que tu te taches facilement. Tu dois utiliser les serviettes hygiéniques ! »

« Je sais tout cela, m’a-t-elle répondu. Ma meilleure amie Rosa est actuellement hospitalisée pour la troisième fois pour une infection urinaire. Le docteur dit que c’est parce qu’elle ne change pas ses pagnes. Mais où veux-tu que nous trouvions 2000 francs de cotex par mois ?». J’ai alors baissé la tête, honteuse. Jamais auparavant, je n’avais considéré les serviettes hygiéniques comme un besoin, vu que je pouvais me les procurer facilement.

Nous avons failli

J’ignorais la souffrance de ma pauvre cousine. Puis un sentiment de culpabilité m’envahit. Comment n’ai-je pas pu me rendre compte plus tôt de sa souffrance ? Même ma mère pourtant si proche d’elle n’avait pas pu s’en apercevoir. J’ai pensé à toutes ces filles et femmes qui traversent la même situation qu’elle. Mes larmes se sont mises à couler. En tant que femme, famille et même pays, nous avons failli à notre devoir envers ces filles et femmes vulnérables que nous voudrions voir demain être des mamans responsables mais que nous n’avons pas pu épauler en mettant à leur disposition des serviettes hygiéniques à un coût abordable pour toutes ou, pourquoi pas, les offrir gratuitement.

Si les préservatifs sont subventionnés, pourquoi ne pas faire autant pour les serviettes hygiéniques qui sont un élément incontournable pour toute jeune fille en âge de procréer ? Aidons toutes ces jeunes femmes qui, comme Kigeme et Rosa, n’ont pas les moyens de s’offrir des serviettes hygiéniques et qui par conséquent sont exposées à toutes sortes de risques sanitaires parmi lesquels des infections répétitives qui peuvent coûter le droit de donner la vie.

 

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