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La société SOGEA-SATOM dans le viseur de l’Etat ?

Le ministre en charge des infrastructures a mis en cause publiquement les travaux de l’entreprise de construction SOGEA SATOM, suite aux manquements observés dans la réhabilitation de la RN3, tronçon Rumonge-Gitaza. Il dénonce la détérioration des routes, quelques années seulement après leur construction. Toutefois, la société SOGEA-SATOM est-elle la seule fautive ?

Le ministre en charge des infrastructures, Dieudonné Dukundane a effectué lundi le 12 février 2024, une visite sur le chantier de réhabilitation de la RN3, tronçon Rumonge-Gitaza. La réhabilitation de cette route avance à pas de tortue. Les travaux d’aménagement et de bitumage accusent un retard. Le ministre indexe le cumul des échecs à la SOGEA-SATOM.

Pour rappel, les travaux de réhabilitation de la RN3, tronçon Rumonge-Gitaza (45Km) ont été lancés en grande en novembre 2021 par l’ex Premier ministre Alain Guillaume Bunyoni. Ils étaient financés à hauteur de 66 millions d’USD de don de la Banque Africaine de Développement (BAD).

On apprendra du ministre Dukundane que le contrat initial a été révisé. Pour le moment, toutes les parties prenantes se sont concertées de construire « 30 km plus durables » et avec 18 milliards de Fbu additionnels de la part du gouvernement du Burundi. Mais après plus de 2 ans, les travaux n’avancent que très lentement. Seule une dizaine de Km (Rumonge-Kagongo) a été construite. Selon le ministre des infrastructures, à l’heure actuelle, SOGEA-SATOM réclame 18 milliards de Fbu pour faire moins de 20km et 11 milliards dus à la variation des prix du matériel. Pour lui, avec ces paramètres, le projet ne va jamais atteindre ses résultats. 

Dieudonné Dukundane a par la suite suspendu le paiement des frais additionnels couverts par le gouvernement. Et de préciser que le gouvernement envisage des discussions avec la BAD pour la révision du contrat de la société de construction ou le cas échéant, pour sa résiliation. M. Dukundane va très loin dans ses accusations : « Il s’est avéré que les routes qu’elle [SOGEA-SATOM] a déjà construites ne durent même pas 10 ans ». Comme illustration, il évoque les routes Gitega-Karusi-Muyinga, Bubanza-Ndora et Nyamitanga-Ruhwa qui sont déjà en piteux état. 

Des enquêtes indépendantes sont incontournables

Il faut l’avouer et le saluer. Ce n’est pas dans l’expérience des Burundais qu’un ministre fait publiquement une telle déclaration. La construction de ces routes a englouti des milliards de FBu, mais au final ces dernières se sont dégradées après quelques années. Comment imaginer qu’une route d’une grande importance comme la RN5, reliant 3 pays dont le Burundi, la RDC et le Rwanda,  réceptionnée en 2015, s’est détériorée depuis 2019 ?

Si le ministre actuel semble déterminé en accusant officiellement la société SOGEA-SATOM, plusieurs interrogations sont à se poser sur le rôle des différentes parties prenantes dans la construction de ces routes. « Le gouvernement du Burundi n’a-t-il pas recruté une mission de surveillance payée pour le suivi, en vue de garantir la bonne exécution des travaux confiés à SOGEA-SATOM durant ses 15 ans d’exercice au Burundi ? », questionne Faustin Ndikumana, directeur national de la PARCEM. Il se demande en outre pourquoi les services techniques ont-ils réceptionné ces travaux alors qu’ils comportaient des insuffisances au niveau de la qualité ?

Pour la PARCEM, « dans les administrations aussi corrompues », des paiements illicites sont exigés par les autorités aux entrepreneurs qui gagnent les marchés. « Certaines autorités voient en l’exécution des travaux par ces sociétés, une occasion de détourner des fonds publics. »

Des inspections indépendantes s’imposent sur cette situation. La Parcem propose que des institutions comme la Cour des Comptes, l’inspection générale de l’Etat, le Parlement mènent des études indépendantes pour apporter la lumière sur cette situation.

 

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