Au Burundi, le décalage entre la durée du mandat présidentiel et celle des autres institutions entraîne des élections quasi cycliques, coûteuses et énergivores. Entre enjeux budgétaires, ralentissement de l’action publique et pistes d’optimisation, le pays se trouve face à la nécessité de repenser son calendrier électoral pour concilier démocratie et développement. Ce blogueur nous partage son point de vue.
Depuis la promulgation de la Constitution du 7 juin 2018, le paysage politique burundais a connu un tournant majeur. L’article 97 stipule que le mandat présidentiel passe de cinq à sept ans, renouvelable une seule fois. Ce changement, présenté comme un progrès institutionnel, a pourtant eu un effet inattendu : il a fragmenté le calendrier électoral.
Alors que le Président reste en poste pendant sept ans, les autres institutions, Parlement, Sénat, conseils communaux, conservent des mandats de cinq ans. Résultat : le pays se retrouve à organiser des élections presque tous les deux ou trois ans, un rythme qui coûte cher, tant en argent qu’en énergie nationale.
Des campagnes qui freinent d’autres activités
Chaque période électorale au Burundi ressemble à une grande fête démocratique… mais aussi à une pause nationale. Entre les administratifs mobilisés pour les campagnes, les services publics qui tournent au ralenti et les tensions politiques qui s’installent, le pays vit au rythme des urnes. De la campagne à la proclamation des résultats, les élections figent souvent l’action publique. C’est une période où l’attention nationale se détourne du développement pour se concentrer sur la conquête du pouvoir.
Le coût de la démocratie
Organiser une élection est un acte démocratique nécessaire, mais c’est aussi une opération lourde sur le plan budgétaire. En 2020, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) avait obtenu 97 milliards de Fbu pour l’organisation des élections générales. Selon les prévisions, celles de 2025 et 2027 coûteront près de 114 milliards de Fbu.
Dans la loi budgétaire 2024-2025, plus de 70 milliards de Fbu étaient déjà réservés à la Ceni. Et pour l’exercice budgétaire en cours, près de 15 milliards de Fbu ont été alloués aux préparatifs des élections. Ces chiffres montrent à quel point la tenue répétée des scrutins pèse sur les finances publiques. Au final, c’est le contribuable qui en supporte la charge, à travers les impôts et les taxes.
Des ajustements nécessaires
Faut-il repenser le processus électoral ? Pierre Claver Ndayicariye, ancien président de la Ceni, a proposé, dans un document sur le financement des élections, plusieurs pistes de solution : la mise à jour régulière des fiches d’état civil, essentielle à l’élaboration du fichier électoral, la rubrique la plus budgétivore selon lui, la promotion du bénévolat, le recours à des matériaux locaux, ou encore la solidarité régionale pour le partage des équipements à moindre coût.
La digitalisation du processus électoral pourrait également constituer une option, notamment pour la gestion du fichier électoral et la formation des agents de la Ceni. Ces ajustements permettraient de préserver la qualité démocratique tout en réduisant les dépenses.
Un débat qui s’impose
Les élections constituent une étape essentielle pour la démocratie. Mais lorsqu’elles deviennent trop fréquentes, elles risquent de transformer le pays en un chantier électoral permanent. Le Burundi gagnerait à ouvrir un débat national sur la rationalisation du calendrier électoral, afin que la démocratie ne soit plus un fardeau financier, mais un moteur de stabilité et de développement.
