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Gabon : la fin de la dynastie Bongo ?

Après le coup d’Etat survenu le 26 juillet au Niger, c’est au tour du Gabon, le 30 août, où une douzaine de militaires a annoncé la dissolution « de toutes les institutions de la République » et la « fin du régime en place ». Un militaire a, dans la foulée, été nommé par les putschistes pour diriger la transition. Les observateurs s’interrogent sur les conséquences de ce coup de force qui secoue l’autre pré carré de la France. 

Le Gabon est riche. Très riche. « Le Gabon est l’un des pays les plus riches d’Afrique en PIB par habitant (8 820 dollars en 2022), grâce à son pétrole, son bois et son manganèse notamment, et une faible population (2,3 millions d’habitants). Il est parmi les tout premiers producteurs d’or noir d’Afrique subsaharienne », écrivait Le Point à la veille du scrutin électoral de ce 26 août. D’après les résultats des urnes annulés par les putschistes, Ali Bongo Ondimba (aujourd’hui en résidence surveillée avec sa famille) aurait été réélu pour un troisième mandat avec 64,27 %. 

Ce pays, qui donne sur l’océan Atlantique, a été pendant longtemps le joyau de la France. Omar Bongo (le père) depuis 1967 a noué des relations profondes avec la France. « Il fut un pilier de la « Françafrique », système de cooptation politique, réseaux et chasses gardées commerciales entre Paris et ses anciennes colonies du continent », écrivait encore Le Point.

Bongo père avait ses entrées à l’Elysée, il aurait même influencé, à une certaine époque, la politique de la France. Bongo fils prendra ses distances avec l’ancienne puissance coloniale. Il s’est rapproché de plus en plus de la Chine sous son règne. En avril dernier, il s’était rendu, malade, en Chine. Il a rencontré Xi Jin Ping. « Depuis neuf années consécutives, la Chine est le plus important partenaire commercial du Gabon », nous fait savoir Cision PR Newswire.

Traditionnellement, chouchou de la France, le Gabon s’est tourné vers la Chine. Le coup d’État qui a porté le Général Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête du Gabon aura quelles répercussions sur la région ? Surtout, au moment où la crise nigérienne est toujours à la Une !

L’incertitude après les évènements… 

Difficile de prédire la suite de tous ces évènements. Brice Clotaire Oligui Nguema par exemple était un proche de Bongo père. Il a été son aide de camp de 1967 à 2009. Il est originaire du Haut-Ogooué, le berceau des Bongo. Longtemps, au service d’Omar Bongo, il perdra son poste en 2009, lorsqu’Ali Bongo est arrivé au pouvoir. Dix ans d’une traversée du désert avant de revenir au pays (il occupe le poste d’attaché militaire dans plusieurs pays d’Afrique) « pour remplacer Frédéric Bongo, demi-frère du président, à la tête des renseignements de la garde républicaine et ses bérets verts », fait savoir RFI.

Un économiste politique (qui a requis l’anonymat) et observateur de la situation politico-économique en Afrique, fait savoir que « même si les panafricanistes et les Gabonais jubilent que la famille Bongo quitte le pouvoir, il y a de fortes chances que le pays ne revienne pas aux mains des Gabonais ». Mais il n’est pas sûr de la tournure des événements. 

Effet domino ?

Le coup d’État au Gabon aura des répercussions sur les affaires régionales. Pays d’Afrique centrale (il partage certaines organisations régionales avec le Burundi), il fait partie des pays africains actuels où le pouvoir en place a été démis par l’armée. Le message est clair : nul n’est à l’abri. Sur les réseaux sociaux, les internautes prédisent que « le Cameroun sera le prochain pays à subir un coup d’État ». Vrai ou faux ? Les coups d’État n’avertissent pas de toutes les façons.

Nonobstant, beaucoup de pays africains (principalement de l’Afrique de l’Ouest), depuis la crise au Mali, commencent à prendre leurs distances avec l’Occident. Le Niger est dans une partie de bras de fer avec la France. La Russie regarde, observe. La Centrafrique (pas si éloignée du Gabon) a accueilli le groupe paramilitaire russe Wagner depuis quelques années.

Ce serait donc difficile de prédire l’avenir du Gabon, et de l’Afrique en général. L’Occident n’est pas prêt de lâcher son influence. Quant aux BRICS, principalement la Chine, ils auront leur part à jouer. Allons-nous vers une nouvelle guerre froide qui se déroulera sur le sol africain comme dans les années 1970, 1980 ? Le temps nous apportera la réponse.

 

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