article comment count is: 0

Burundi : qui est Chris Ndikumana, ce prédicateur qui draine les foules ?

Il remplit des stades et a inventé la prédication 2.0, où il allie nouvelles technologies de l’information et évangélisation. Malgré un succès retentissant, ses débuts n’ont pas été de tout repos, dans une région marquée par des conflits récurrents. De Bujumbura à Lubumbashi, en passant par l’Afrique du Sud, celui que l’on surnomme aujourd’hui la coqueluche des chrétiens s’est forgé dans l’adversité avant de tracer sa voie. Portrait d’un évangéliste hors du commun.

Au mois de décembre 2024, Yaga titrait une de ses chroniques « Chris Ndikumana : regard d’un non initié ». Au début de cette chronique, l’auteur se posait la question de savoir qui est cet évangéliste filiforme qui attire des foules à l’étranger comme aucun Burundais ne l’avait fait auparavant. Sa croisade en Côte d’Ivoire avait rassemblé des centaines de milliers de personnes venues l’écouter. Malheureusement, cette chronique ne répondait pas exactement à l’interrogation de l’auteur. 

Né le 15 juin 1973 à Bujumbura, au Burundi, Chris Ndikumana est aujourd’hui l’un des leaders spirituels les plus influents d’Afrique francophone. Aîné d’une fratrie de six enfants, il grandit dans un milieu relativement aisé. Dès son plus jeune âge, il se distingue par une personnalité réservée, marquée par la timidité, mais aussi par une noblesse de caractère qui lui attire le respect, malgré les luttes intérieures qu’il traverse en silence. Marié à Nadia Iteka depuis 2010, une Burundaise rencontrée à travers son ministère en ligne, Chris Ndikumana vit à Bujumbura, où se trouve le siège de Kanguka. Il reste discret sur sa vie privée. 

Une conversion fondatrice

L’année 1993 marque un tournant décisif dans sa vie. Âgé de 20 ans, Chris Ndikumana fait une expérience spirituelle profonde. Il se convertit au christianisme de manière atypique : sans passer par une église ou une prédication extérieure, il affirme avoir entendu une voix intérieure lui demandant de se donner entièrement à Jésus. 

À l’époque, le jeune homme nourrit des rêves sportifs, fasciné par des icônes comme Michael Jordan. Il envisage une carrière dans le basketball ou même dans le football. Mais ces ambitions s’effacent peu à peu, à mesure que son appel spirituel se précise.

Exil et épreuves marquantes

Le contexte politique du Burundi bascule dans le chaos en octobre 1993 avec le déclenchement de la guerre civile. Étudiant à l’Université du Burundi, Chris est contraint de fuir le pays. Il se rend en Afrique du Sud dans l’espoir d’y poursuivre ses études, mais sa demande de bourse échoue. Commence alors une période d’errance et de survie.

Il s’installe brièvement en République démocratique du Congo où il s’associe à une entreprise de minerais. Mais la guerre au Congo le rattrape : à Lubumbashi, il est arrêté, battu et laissé pour mort. Un inconnu lui sauve la vie, mais il perd tout. Sa quête de survie le conduit jusqu’au Rwanda.

À Kigali, une rencontre spirituelle change une nouvelle fois sa trajectoire : une chrétienne lui confirme que Dieu l’appelle à retourner en Afrique du Sud. Il obéit. Entre 1998 et 2001, il y réside sans comprendre totalement le but de cette nouvelle étape. 

Le cybercafé reconverti en ministère

De retour à Bujumbura en 2001, il ouvre un cybercafé appelé Blue Net. C’est dans ce lieu modeste que va naître son ministère. À partir de 2006, Chris commence à rédiger et envoyer des messages bibliques par e-mail. Cette approche innovante pour l’époque, mêlant foi et technologie, devient le socle de son futur mouvement.

En 2007, il quitte ses activités professionnelles pour se consacrer entièrement à la prédication. Malgré les difficultés financières, il persévère. L’idée de Kanguka (« Réveille-toi », en kirundi) germe alors en lui. Le cybercafé devient le laboratoire du projet ED, dont la mission est de réveiller l’Église à travers la prière, la foi, l’amour et l’unité. Il conçoit alors le logo Kanguka et commence à bâtir une œuvre d’envergure.

Un ministère porté par la technologie

En 2015, alors que le Burundi est en pleine crise politique, Chris envoie un message vocal de 7 minutes via WhatsApp pour encourager la population. Ce message devient viral. Dès lors, il instaure un programme quotidien de prédication et de prière audio appelé Kanguka, avec comme devise : « Il est interdit de se plaindre ». Ces capsules audios rencontrent un immense succès et sont qualifiées par certains d’« audios miracles ».

Le ministère s’internationalise. Chris développe une application mobile Kanguka et une WebTV, diffusant ses enseignements en kirundi, français et anglais. Chaque jour, il serait écouté par plus de 500 000 personnes à travers le monde.

Croisades internationales et reconnaissance

Depuis 2023, le ministère de Chris Ndikumana a franchi une nouvelle étape en s’étendant bien au-delà des frontières burundaises, à travers de vastes campagnes d’évangélisation internationales qui rassemblent des foules impressionnantes. Le 18 novembre 2023, il marque les esprits en réunissant près de 200 000 personnes au stade Japoma de Douala, au Cameroun. Moins d’un an plus tard, le 6 juillet 2024, c’est au stade de l’Amitié à Libreville, au Gabon, qu’il prêche devant des dizaines de milliers de fidèles, venus de tout le pays pour entendre son message. Le 7 décembre 2024, Ndikumana atteint un nouveau sommet à Abidjan, en Côte d’Ivoire, où sa prédication attire une foule estimée à 500 000 participants, certains ayant même campé sur place la veille. Enfin, le 13 septembre 2025, il exporte le phénomène Kanguka en Amérique du Nord, en prêchant devant 17 000 fidèles au Centre Canadian Tire d’Ottawa, lors d’un événement historique pour la diaspora africaine. Ces rassemblements témoignent de l’ampleur croissante de son influence spirituelle et confirment la dimension internationale que prend désormais son ministère

L’impact de son ministère

Il est aujourd’hui considéré comme un ambassadeur du réveil spirituel africain, salué pour son humilité, son usage intelligent des technologies, et sa constance dans la foi. Son influence dépasse largement les frontières du Burundi et touche désormais toute la francophonie, et au-delà. Bon nombre de ses compatriotes pensent que Chris Ndikumana n’est pas seulement un simple prédicateur.  Il est un bon ambassadeur qui contribue au rayonnement de son pays. Il fait désormais partie de ces citoyens du monde qui n’ont pas besoin de passeport et dont leur seule aura suffit pour leur ouvrir les portes. Aucun Burundais, politicien, artiste, homme d’affaires, etc., n’avait jamais réussi à faire ce que fait Chris Ndikumana. Même si on dit que nul n’est prophète chez-soi, le Burundi devrait peut-être lui décerner une récompense symbolique pour avoir contribuer à le faire connaître à travers le monde. 

 

Est-ce que vous avez trouvé cet article utile?

Partagez-nous votre opinion