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BurundiPay, es-tu le messie qui devait venir ?

Le 23 avril 2026, la BRB a lancé BurundiPay, premier système national de paiement instantané. Disponible 24h/24 et 7j/7, il relie banques, microfinances et mobile money pour faciliter transferts, achats et paiements sans cash. Présentée comme un tournant pour l’inclusion financière, cette innovation devra toutefois affronter la fracture numérique et l’attachement persistant aux espèces. Analyse.

Commençons par le commencement. BurundiPay est un Système de Paiement Instantané (IPS) moderne piloté directement par la Banque centrale. Il connecte en un seul réseau les banques commerciales, les institutions de microfinance et les opérateurs de mobile money, des acteurs qui, jusqu’ici, fonctionnaient dans des silos séparés. Cette interopérabilité totale constitue la principale innovation du système. Elle met fin à certaines pratiques contraignantes, comme le retrait préalable en espèces pour transférer des fonds d’un établissement vers un autre.

Le fonctionnement est simple. L’utilisateur ouvre l’application mobile ou le code USSD de son institution financière, choisit BurundiPay, saisit le numéro de téléphone ou l’alias du destinataire, puis confirme l’opération avec un code PIN, une empreinte digitale, une reconnaissance faciale ou un code OTP. Le système vérifie l’exactitude des informations, la disponibilité du solde et la validité du destinataire. Le compte de l’émetteur est débité tandis que le compte du bénéficiaire est crédité instantanément. Les deux parties reçoivent ensuite une notification SMS. La transaction est finalisée en quelques secondes.

Le système est bâti sur la norme internationale ISO 20022, ce qui garantit sa sécurité et sa compatibilité avec les systèmes financiers mondiaux. Il s’intègre également avec l’infrastructure nationale existante, notamment le système de règlement brut en temps réel (RTGS) et la chambre de compensation automatisée.

Quid des services offerts par BurundiPay ?

BurundiPay ne se limite pas aux simples transferts entre particuliers. La plateforme couvre un spectre large de cas d’usage au quotidien.

  • Transferts d’argent entre particuliers (P2P) : envoi et réception instantanés via numéro de téléphone ou alias.
  • Paiements marchands (P2B) : en magasin via QR code ou code marchand, et en ligne via e-commerce ou Request to Pay (RTP).
  • Paiement instantané de factures : eau, électricité, internet et abonnements divers.
  • Paiements entre entreprises (B2B) : transactions inter-entreprises et règlement des fournisseurs.
  • Demande de paiement (Request to Pay) : possibilité d’envoyer une demande à quelqu’un, qui valide et paie immédiatement.
  • Paiement par QR code : création de QR codes statiques, dynamiques ou hybrides, et scan pour payer.
  • Consultation et gestion des transactions via un portail web : historique des paiements, notifications en temps réel et suivi de la liquidité.

Ce que ça change pour les citoyens et les institutions

Pour le citoyen ordinaire, le gain est immédiat. Fini les queues interminables pour payer sa facture Regideso, fini le retrait en liquide uniquement pour transférer de l’argent à quelqu’un d’une autre banque. Pour les petits commerçants, accepter un paiement par QR code devient accessible même sans terminal de point de vente coûteux. Les transactions sont disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, y compris les weekends et les jours fériés.

Pour les institutions financières, l’enjeu est également stratégique. La concurrence entre banques, microfinances et opérateurs de mobile money s’intensifie désormais sur la qualité du service plutôt que sur la seule proximité géographique. Cette dynamique devrait tirer les coûts de transaction vers le bas et améliorer l’expérience client de manière générale. Le gouverneur de la BRB, Normand Bigendako, a précisé lors du lancement que BurundiPay est conçu pour connecter les acteurs existants, et non pour les remplacer.

Sur le plan de l’inclusion financière, les autorités projettent que 78 % de la population burundaise utilisera des services de paiement numérique d’ici 2040, avec une adoption quasi universelle à l’horizon 2060. Ces projections, ambitieuses, dépendent largement de la capacité du système à atteindre les populations les plus éloignées des centres urbains.

Les avantages clés du système

Banque de la République du Burundi présente BurundiPay comme une plateforme offrant plusieurs atouts majeurs. Tout d’abord, le système garantit un haut niveau de sécurité, puisqu’il est géré directement par la Banque centrale. Ensuite, BurundiPay repose sur une interopérabilité élargie fondée sur la norme ISO 20022, permettant l’intégration des banques, des institutions de microfinance et des établissements de paiement. Par ailleurs, la plateforme contribue à la réduction des coûts de transaction, tant pour les consommateurs que pour les commerçants. Elle se distingue également par sa disponibilité permanente, y compris les jours fériés et les fins de semaine, garantissant ainsi la continuité des opérations financières. En outre, BurundiPay favorise une accessibilité inclusive : la plateforme fonctionne aussi bien sur les smartphones que sur les téléphones basiques grâce aux codes USSD. Cet aspect est particulièrement important dans un contexte où le taux de pénétration d’internet au Burundi demeure inférieur à 30 %. De plus, le système encourage la réduction de l’usage du cash grâce à un routage fluide et compatible avec les systèmes de paiement internationaux. Enfin, BurundiPay contribue à l’accroissement de l’inclusion financière en élargissant l’accès aux services financiers aux populations faiblement bancarisées, notamment en milieu rural.

Les défis ne manquent pas

Le lancement d’un tel système ne résout pas tout d’un coup tous les problèmes. Plusieurs obstacles réels demeurent et méritent d’être nommés clairement. En ce qui concerne la fracture numérique, avec seulement 30 % de taux de pénétration d’internet, une large partie de la population, notamment en milieu rural, reste difficile à atteindre. Si BurundiPay fonctionne via USSD pour les téléphones basiques, encore faut-il que ces populations sachent s’en servir et fassent confiance à ces outils.

Parlant de la culture du cash, le Burundi reste une économie largement dominée par les espèces. On vous en parlait il n’ya pas longtemps. Changer des habitudes profondément ancrées prend du temps, de la pédagogie et des incitations concrètes. Le simple fait qu’un système existe ne suffit pas à convaincre les gens de l’adopter.

Il est aussi question de l’adhésion des institutions financières. Le succès de BurundiPay dépend directement de l’intégration effective de l’ensemble des banques, microfinances et opérateurs. Les retards d’intégration ou les problèmes de fiabilité du réseau pourraient freiner l’adoption et décrédibiliser le système dès ses premières années de fonctionnement.

Mais la confiance du public est la condition sine qua non. Les questions de cybersécurité et de protection des données personnelles restent une préoccupation réelle pour de nombreux utilisateurs potentiels. La BRB devra démontrer, par des actes et des résultats concrets, que le système est sûr, pas seulement le promettre dans des brochures.

 

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