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Vision Burundi 2040–2060 : si Burundais savait

Souvent invoquée dans les discours officiels, la Vision Burundi 2040–2060 ne reste connue du grand public que par son titre. Pourtant, elle est l’outils qui trace la trajectoire vers l’amélioration du bien-être de tout citoyen burundais. Si s’y engager rester le véritable défi, la connaître est tout de même un premier pas. Voici, encore pour peu, ses grandes lignes.

 « Nous sommes en train de réaliser la Vision 2040–2060. » La phrase revient souvent dans les discours officiels, sur les réseaux sociaux et même dans les discussions de bistrot. Pourtant, une question simple mérite d’être posée : combien de Burundais connaissent réellement le contenu de cette vision ? Au-delà du slogan, la Vision Burundi, pays émergent en 2040 et pays développé en 2060, est un document précis, chiffré et ambitieux.

Cette vision n’est ni un discours politique ni un vœu pieux. Il s’agit d’un document officiel de politique nationale, présenté comme une véritable feuille de route pour le développement économique et social du pays. Elle est préfacée par le président de la République, Évariste Ndayishimiye, ce qui lui confère un certain poids institutionnel.

Cette vision sert de cadre de référence à long terme. Elle oriente les politiques publiques, les stratégies sectorielles et les plans de développement successifs. En clair, elle trace la direction que le Burundi souhaite suivre sur près de quatre décennies.

Que signifie « pays émergent » dans le document ?

 Le document prend soin de définir ce qu’il entend par « pays émergent ». Il s’agit d’une catégorie bien précise dans l’économie mondiale. Un pays émergent se caractérise par de bonnes performances macroéconomiques, une stabilité politique et institutionnelle, un climat favorable aux investissements et un développement marqué du secteur secondaire, notamment industriel.

Les économies émergentes affichent généralement un produit intérieur brut plus élevé, un taux de croissance soutenu et une transformation progressive de leur structure économique. Atteindre ce statut en 2040 suppose donc des changements profonds, bien au-delà des discours.

 L’objectif ultime de la Vision 2040–2060 est clair : améliorer les conditions de vie de la population et réduire les inégalités. La croissance économique n’est pas une fin en soi, elle doit se traduire par une meilleure santé, une éducation de qualité, une sécurité alimentaire renforcée et un accès équitable aux services de base.

Cette approche rappelle que le développement ne se mesure pas uniquement en chiffres, mais aussi en bien-être humain.

Des piliers et des objectifs pour structurer l’ambition

 La vision repose sur cinq piliers majeurs et se décline en vingt-deux objectifs stratégiques. Bien que le document soit technique, il se distingue par un effort notable de chiffrage. Il compare la situation du pays au moment de l’élaboration de la vision avec les résultats attendus en 2040 et en 2060.

Ces projections permettent à chaque citoyen de comprendre concrètement ce que signifie « devenir un pays émergent, puis développé ».

Quelques chiffres qui parlent d’eux-mêmes

 En matière de santé, l’espérance de vie était de 59,7 ans en 2022. Elle devrait atteindre 64 ans en 2040 et 80 ans en 2060. L’indice synthétique de fécondité, qui était de 6 en 2017, est appelé à descendre à 3 en 2040, puis à 2,5 en 2060, signe d’une transition démographique maîtrisée. Le taux de mortalité maternelle, qui s’élevait à 334 décès pour 100 000 naissances en 2017, devrait être ramené à moins de 70 en 2040 et à moins de 50 en 2060. Sur le plan économique, le PIB par habitant, estimé à 353,7 dollars américains en 2021, devrait atteindre 2 000 dollars en 2040 et 4 500 dollars en 2060. En matière de sécurité alimentaire, la proportion de la population vivant en situation sécurisée passerait de 55,6 % en 2019 à 90 % en 2040 et à 98 % en 2060.

L’accès à l’électricité, qui concernait 22,6 % de la population en 2020, est censé atteindre 100 % dès 2040. L’utilisation du téléphone mobile passerait de 64,27 % en 2022 à 75 % en 2040, puis à 85 % en 2060. Quant à l’accès à Internet, il connaîtrait une progression spectaculaire de 9,1 % en 2022 à 90 % en 2040 et à 95 % en 2060.

Les atouts sur lesquels le Burundi veut s’appuyer

 Pour accélérer vers l’émergence, le document identifie cinq grands atouts. Il s’agit d’abord d’une population jeune, considérée comme un potentiel moteur de croissance. Viennent ensuite des sources d’énergie encore peu ou mal exploitées, des ressources minières abondantes, une production agricole majoritairement non transformée, ainsi qu’un patrimoine culturel, historique et naturel riche, mais encore sous-valorisé. La vision repose ainsi sur l’idée que le Burundi n’est pas pauvre par nature, mais insuffisamment transformé.

Qui suit et évalue la mise en œuvre ?

 Le mécanisme de suivi-évaluation est placé sous la responsabilité de la présidence de la République, à travers le Bureau chargé du développement (BESD), en collaboration avec la Primature. Un Forum national de développement est également prévu comme mécanisme d’évaluation des progrès réalisés.

Cela signifie que la vision n’est pas censée rester figée dans un document, mais doit être suivie, évaluée et ajustée au fil du temps. La Vision Burundi 2040–2060 est ambitieuse, chiffrée et structurée. Mais elle ne se réalisera pas par la simple répétition de slogans. La connaître est déjà un premier pas. La comprendre en est un deuxième. Et s’y engager, chacun à son niveau, demeure le véritable défi. Car une vision nationale ne prend véritablement vie que lorsque les citoyens se l’approprient.

 

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