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Le 8 mars pris dans l’ambivalence

La journée internationale des droits des femmes est, chaque année, célébrée en grande pompe, mais elle reste tout de même ambivalente. D’un côté, quelques femmes revêtent leurs droits comme d’un bouclier et pourrissent la vie à leurs maris. D’un autre côté, dans les pays du tiers-monde comme le Burundi, des milliers de femmes croupissent dans la misère et ignorent même qu’elles ont des droits. Pourquoi alors persister à absolutiser les droits des femmes ?

Il faut être assez suspicieux pour vouloir remettre en cause l’événement fêté le 8 mars dans le monde entier, mais osons le dire : cette journée n’est pas du tout l’apanage de toutes les femmes. Ce n’est qu’une poignée d’élites instruites qui en profite. Tous les hommes n’en sont pas d’ailleurs gratifiés. Certains voient leur honneur obnubilé, et même annihilé, réduit à rien par le pouvoir de plus en plus grandissant de la femme. 

Au départ, la domination de l’homme pesait lourd sur la femme et vers les années 1977, les femmes se sont révoltées, ont grevé et manifesté jusqu’à ce que la lutte pour la libération de la femme remporte la victoire par la ratification de la journée mondiale des droits de la femme. Plus question à l’homme de jouer les maîtres et les Seigneurs, de se faire cajoler dans son foyer comme un roi. Plus de chimérique suprématie sur la femme ; elle est désormais son égale et cela est sans appel. Si la réalité se limitait à cet état de fait, la situation serait quelque peu louable. Mais il y a des femmes qui ont inversé le jeu. Elles ont sorti les griffes sous la protection de leurs droits et ont montré leurs vraies faces. Des hommes souffrent silencieusement, mais ils ne crient pas parce qu’ils ont honte.

Une femme qui bat son mari : un sujet tabou

Les violences conjugales sont la plupart commises par les hommes sur leurs épouses. Actuellement, même les hommes peuvent être bien tabassés dans leurs propres foyers. Le comble de malheur est que le mari ne peut pas partager à ses collègues ses afflictions sans se couvrir de honte et d’indignations. Il préfère souffrir en silence même quand il est battu à sang. Un homme battu par sa femme, cela serait la risée de tous. Selon la psychologue Christine Calonne, le problème des maris battus est largement sous-estimé et l’explication est simplement culturelle. Il est, en effet, difficilement concevable qu’une femme puisse frapper un homme, mais il faut tout aussi savoir que la violence conjugale n’est pas un duel que s’offrent deux boxeurs sur le ring où l’un esquive et l’autre cogne. Il y a toujours du non-compris. 

La sagesse burundaise l’a exprimé par l’adage « uwuhusha itunga ahusha umugore ». Eustache (pseudonyme), un homme entre les deux âges, livre son témoignage : « Mon ex-femme était trop colérique, elle voulait que je ne fasse rien sans la consulter et s’il arrivait qu’il y ait un malentendu, c’était des engueulades, elle me tyrannisait, me frappait, me disait que j’étais un vaurien, que je buvais trop, que ma famille était nulle et moi un pauvre type. Elle me lançait toute sorte d’objets en pleine figure. Je ne pouvais pas répliquer à cause de la faiblesse féminine. Au boulot, quand les collègues me demandaient ce qui s’était passé pour les bleus au visage, je leur disais de ne pas faire attention à moi. Elle me faisait vivre l’enfer ». Il ne pouvait pas en parler ouvertement parce que le sujet est tabou. Dans la suite de son témoignage, Eustache confie avoir tenté de se sortir de ce pétrin en répliquant aux frappes de sa femme. Il lui a flanqué un coup un peu plus durement et elle a porté plainte. Le pauvre a écopé de quelques mois derrière les barreaux avant de divorcer, sa vie en lambeaux. Actuellement, quand il entend parler des droits de la femme, un frisson lui traverse l’échine : il en éprouve un grand ressentiment.

Une médaille qui a son revers

Célébrer les droits de la femme n’est pas en soi une mauvaise idée. L’enjeu est déclenché quand les femmes abusent de leurs droits et en profitent pour stigmatiser et manipuler leurs conjoints. Ce qui est encore plus révoltant, c’est que des milliers de femmes battantes qui doivent travailler d’arrache-pied pour faire vivre toute la famille, ne savent pas ce que c’est le 8 mars. Des femmes rurales aux mains rugueuses doivent quelquefois supporter un mari ivrogne, ce sont elles les plus battues, mais ces histoires de droits des femmes pour elles ne passent qu’à la radio. On aura beau les appeler maboko igihumbi, si elles ne sont pas appuyées de quelques manières que ce soit, cela ne les avance en rien. Une femme qui vend des tomates aux abords de l’ancien marché central de Bujumbura m’a confié mélancoliquement à propos du 8 mars : « Cette affaire ne m’intéresse pas, si Dieu me bénit avec un peu d’argent pour la nourriture cela me suffit largement ». 

Comment parler des droits des femmes au moment où les plus vulnérables les ignorent ? Comment prétendre lutter pour des droits méconnus par leurs titulaires ? Avoir une journée de la femme est bien une médaille, mais une médaille qui a son revers. Ce revers peut être rendu brillant par les femmes déjà consciences de leurs droits sans en abuser.

Je m’adresse maintenant aux femmes instruites : « Vous femmes formées et informées sur vos droits, et si, au lieu de vider votre tirelire pour banqueter le 8 mars, vous descendiez voir vos consœurs marginalisées ? » Un homme, que j’ai croisé dans la rue et interrogé sur cette affaire, s’est contenté de murmurer entre ses dents : « Si c’était la journée des hommes (maris), les femmes allaient ricaner ! » et de poursuivre son chemin en fumant sa cigarette. Une journée des hommes ?, ai-je ricané. Elle viendra certainement. Mais quand ? A la Saint-Glinglin.              

 

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