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La revanche du col Mao : analyse des pouvoirs politiques à travers le « style »

Le successeur du président Nkurunziza semble pencher pour le costume à col Mao, une tenue qui fait partie du style national en Chine. Depuis qu’il a été proclamé président par la Cour constitutionnelle, le Général-Major élu président de la République impulse de jour en jour son style comme certains de ses prédécesseurs au sommet de l’État burundais l’ont fait avant. Retour sur ces différents styles. 

Première République. Ireturuso, les plus jeunes n’en ont peut-être pas entendu parler. Cela va de soi, le style qui a été tant aimé n’est plus à la mode depuis quelques années. Mais ireturuso – un mot dont les origines plongent ses racines dans la langue française qui a été utilisé dans le langage courant des Burundais- est un vêtement qui s’était propagé en général au sein de la population. Son succès, dans les milieux du pouvoir a été tel, que certains ont fini à un certain moment par croire que c’était un habillement des hommes politiques. 

La mode a été popularisée par le président Micombero. Tout commence avec l’avènement de la première République, en novembre 1966. Le nouveau pouvoir appelle les Burundais à se mettre au travail, à ne pas épargner leurs peines, en vue d’avoir un meilleur niveau de vie. Et le président a souvent utilisé l’expression « retroussons les manches » pour leur dire qu’ils doivent ramener vers le haut les manches de leurs chemises pour bien travailler. 

Depuis, la tenue de courtes manches taillé dans un tissu naquit et de ce fait, le fameux ireturuso venait de s’imposer et se propagera à travers tout le pays. Les années suivantes et sous tous les régimes, ce vêtement sera beaucoup privilégié par l’élite au pouvoir en plus des costumes.     

Promotion éphémère du costume sans cravate 

Sans toutefois éclipser définitivement l’ireturuso, un style qui s’essoufflait incontestablement à l’époque, l’élection du président Nkurunziza en 2005 va valoriser un nouveau style à la tête de l’Etat : costume sans cravate. Le jeune président de la République qu’il était apparaît en costume mais en dessous duquel, il met un t-shirt et non une chemise et une cravate. 

Innovant, le nouveau chef d’État venait d’impulser un style qui sera vite adopté par ses nombreux partisans. Certains l’auraient même imité sans être au fait de ses raisons. Il avait en fait des rapports conflictuels avec une cravate car son père a été en 1972 « étranglé dans sa cellule à l’aide d’une cravate ». Cependant, la fonction de chef d’Etat le poussera à abandonner complètement le style dont il avait pourtant renforcé la mode, pour remettre la cravate. 

Le style du Grand timonier 

15 ans plus tard, un nouveau président semble promouvoir un nouveau style au sommet de l’État burundais. Le Général-Major Evariste Ndayishimiye préfère apparemment le costume à col Mao au costume avec cravate, le style européen. Depuis la confirmation de son élection par la Cour constitutionnelle, il apparaît toujours en costume à col Mao, un style qui a été à l’origine porté par les nobles de la Chine impériale.

Quand le Général-Major Ndayishimiye a signé dans le livre des condoléances à Ntare house, ou lors de son investiture à Gitega  ou bien encore le jour de la prestation de serment du Premier ministre et du vice-président, etc. tout œil attentif n’a pas manqué de remarquer ce nouveau style vestimentaire au sommet de l’État. 

Rien ne relève du hasard en politique 

Certains pourraient croire que ce n’est qu’une banalité, mais au-delà du vêtement privilégié du désormais président burundais, il sied de garder en tête que rien de ce qui touche à la politique ne relève du hasard ! Tous les gestes sont programmés, et calculés et véhiculent des messages. 

Le pouvoir du Cndd-Fdd que le Général-Major Evariste Ndayishimiye incarne désormais, n’entretient pas de bons rapports avec les « colons », « donneurs de leçons », depuis 2015. Même s’il est tôt, semble-t-il, pour conclure qu’il ferait les yeux doux à la Chine, ce qui est sûr, ce n’est pas par hasard que l’homme fort de Gitega revête le costume à col Mao. 

Au Zaïre, à partir de 1972 jusque dans les années 1990, derrière son Abacost (À bas le costume), le Maréchal Mobutu se disait vouloir affranchir sa population de la culture coloniale. Sa doctrine vestimentaire consistait à interdire le port du costume et de la cravate au profit d’un veston d’homme, sans col, taillé dans un tissu léger et généralement à manches courtes. 

Un message pour les « colons »  

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Dès lors, il y a lieu de se demander si le costume à col Mao ne va pas  dans les faits devenir le symbole vestimentaire du pouvoir de Ndayishimiye dont l’entourage immédiat semble aussi prêt à l’adopter.  

D’autres chefs d’États africains se disant révolutionnaires avaient adopté le costume à col Mao ou préféré des tenues autres que le costume cravate : Julius Nyerere de la Tanzanie, Kenneth Kaunda de la Zambie, Laurent-Désiré Kabila de la RDC, un lumumbiste en fait. Ils étaient tous en bons termes avec l’URSS…

 

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Les commentaires récents (5)

  1. 1. Deja en 2006, un tailleur de Bujumbura m’a convaincu que ce style Mao etait « style ya perezida » (raison pour laquelle je porte avec fierte ce costume « Made in Burundi »).
    2. Les zairois aussi etaient tres chics dans leurs abacosts.
     » L’abacost, abréviation de « à bas le costume », est une doctrine vestimentaire imposée par Mobutu en vigueur au Zaïre entre 1972 et 1990. Afin d’affranchir la population de la culture coloniale, elle interdisait le port du costume et de la cravate, au profit d’un veston d’homme, lui-même appelé « abacost » sans col, taillé dans un tissu léger et généralement à manches courtes… ».
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Abacost#cite_note-2

  2. Commentaire

    Yaga, je félicite celui qui a fait tout son possible pour nous faire ce clein d’oeil que la plupart n’en ont jamais fait une idée sur le style vestimentaire de notre nouveau Président

  3. En Tanzanie dans les annees 1970, presque personne ne portait le costume occidental. C’etait le costume Kaunda/Kaunda suit qui etait a la mode.
    Il etait similaire a l’ireturuso.
     » Anyone still remembers the Kaunda suit, that masterpiece for the dapper dressed man?
    Made most popular by former Zambian president, Kenneth Kaunda, and from whom it got its street name in Africa, the Kaunda suit, fondly called the safari suit elsewhere in the world, was the ‘it’ dressing for the man of class in the decades gone by… »
    https://observer.ug/lifestyle/entertainment/31518-metrosexual-stylish-kaunda-suit-makes-a-comeback

  4. Les défis qui attendent le nouveau président sont immenses. Col Mao ou autres, je ne pense pas que le style vestimentaire va l’aider en quoi que ce soit. Mais cela n’empêchera pas certains de copier son style par mimétisme (faire comme le chef).