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Burundi : petit dictionnaire de la campagne électorale 2020

Alors que vient de démarrer la campagne électorale pour 2020, on voit apparaître un certain nombre d’expressions qui viennent enrichir le déjà très fourni dictionnaire électoral burundais. De curieux sens ont été conférés à des mots qui pourtant faisaient partie du quotidien des citoyens lambda. Découvrons ces mots tout droit sortis de l’univers électoral.

Samuragwa

En cette période électorale, le mot « Samuragwa » fait le buzz. Il est sur toutes les lèvres, dans le camp du parti au pouvoir. On l’entend dans la rue, tous les jours, comme une chanson. Le mot dérive du verbe kuraga, léguer, qui donne kuragwa, hériter, et samuragwa, héritier. Il s’agit donc d’un « héritage » au sens le plus général, lié à la succession familiale. Sauf qu’ici, c’est lié à la succession au pouvoir présidentiel. Une petite voix en moi se demande si le pays serait une affaire familiale. Mais bon, autant ne pas se poser beaucoup de questions.

Birashoboka

L’expression est le trait d’union de deux candidats à la présidentielle. En rouge, c’est sur le logo de la campagne de M. Gaston Sindimwo, pour le compte de l’Uprona. En noir, c’est sur le logo de la campagne du Général Évariste Ndayishimiye, alias Neva, pour le compte du CNDD-FDD. L’expression est actuellement en vogue et explique que l’espoir d’un avenir meilleur est possible. Thus, wait and see. Le mot a été utilisé pour la première fois dans une campagne aux résultats remarquable, une campagne pas électorale mais économique, d’un think tank burundais qui prône le libre-entreprise avec la réduction des barrières à la création des entreprises. L’art d’imiter est très développé chez nos politiciens, hein ?

Candidat indépendant

Le terme est nouveau pour les élections présidentielles au Burundi. On va vous citer la candidature d’Audifax Ndabitoreye en 2015, sauf qu’elle a été avortée. Celle de l’ancien président Sylvestre Ntibantunganya qui s’est présenté à l’élection présidentielle de 2015 sous l’appellation d’indépendant « Gira Ijambo », mais il a juré qu’il est et qu’il mourra membre du Sahwanya Frodebu. Donc, pour les vrais candidats indépendants allant jusqu’au bout dans une élection présidentielle, c’est une première au Burundi. C’est cette nouvelle expression qui vient en tête quand on parle de Francis Rohero, fondateur du mouvement Orange, et Dieudonné Nahimana, pasteur et patron de l’ONG New Generation. Ont-ils la chance d’être élus ? Laisse-les essayer, on ne sait jamais.

« Imperekeza »

L’expression qui signifie « accompagnateur », est un terme qui est entré dans le jargon politique vers les années 2010. Il s’agissait des candidats qui se lançaient dans les élections présidentielles pour faire valoir un autre candidat. Avec 2020, le risque d’avoir la présidentielle virer à la foire aux candidats nous a été éloignée avec l’amendement de la constitution en son article 97. Plusieurs candidatures ont été refusées, voir avortées. Malgré cela, le terme est encore en vogue. Seules les règles du jeu ont changé. Avec 2020, ils sont nombreux les coalitions et partis politiques accompagnateurs, qui appellent les militants « qu’ils n’ont pas » à voter pour un autre candidat, histoire de miser sur le cheval gagnant, comme dans un casino.

Voilà, le vocabulaire politique burundais traduit les réalités locales. Désormais, assurez-vous de bien utiliser ces expressions.

 

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